mardi 1 décembre 2015

Médisance enfantine

Non, je ne crois pas que l'enfant soit exempt de défaut. Il peut être mal élevé ou pire juste bête ou méchant.

*source Florence Studio

Ce n'est pas la première fois que des petits copains du lutin me traitent. Ce ne sera pas la dernière. Ces fois-ci, il s'agit de mon physique hors norme, plus tard ils trouveront d'autres prétextes. Et encore une fois, le petit d'homme est atteint. Moi non!

Je n'ai pas la taille mannequin, je suis obèse et ce n'est pas une vue de l'esprit. Alors le loupiot a eu "Ta mère est grosse". Ici ils ont été plus inventifs (il faut leur reconnaitre cela) mais ils se sont mis à deux pour le trouver: "énorme comme un bazooka!" Il y a du style, c'est sûr.
Alors plusieurs réactions.
Un parent m'a dit qu'il faudrait peut-être que je perde du poids pour ne pas mettre mal mon fils. A laquelle (de réaction) j'ai répliqué que non, je préparerais plutôt ce dernier à recevoir les "bons" mots. Des remarques désobligeantes adressées à moi, même passant par lui, ne doivent déstabiliser que moi.
Un autre parent m'a dit que ce ne sont que des enfants "ma bonne dame". Oui, et le traitement que j'en fais est exclusivement réservé à cette catégorie, voir plus bas.
Ne pas prendre pour lui. Oui (ou peut-être pas). Savoir que n'importe qui peut être médisant avec une facilité déconcertante, sur un aspect avéré ou non. S'ils veulent trouver quelque chose, ils trouvent. Ne pas être atteint mais devenir critique. Et puis reconsidérer les-dits amis, simple bêtise, méchanceté le visant... Et puis se faire son opinion, ses propres émotions vis-à-vis des préjugés ou insultes.

Comme les autres fois, j'explique au petit d'homme que oui: grosse est un adjectif qui me définit. Oui, c'est un fait. Bon je pourrais lui faire la tirade de Cyrano de Bergerac en invitant à plus de créativité. Oh oui d'ailleurs, je vais revoir le passage avec lui "c'est un roc!... c'est un pic!... c'est un cap! Que dis-je un cap, c'est une péninsule!"... mais justement que ce n'est qu'un adjectif et que bien d'autres me correspondent... brune, grande, joyeuse ou triste, colérique etc...
Je lui explique aussi qu'avoir le droit de médire est un acte à double tranchant: même si traiter par le nom de tous les oiseaux du monde une autre personne est assez salvateur quelque fois, il ne faut garder cette soupape que si nous n'avons pas d'autres moyens, que si la présence de l'autre est récurrente et que le cacaotés en question est toxique. Si possible envoyer les surnoms après son passage, seul, comme un giclée de pue pour reprendre de l'énergie. Puis sinon recourir à la confrontation, si l'offense est trop grande. Poule d'eau, pintade, perdrix de l'année, pigeon... P... ara, dodo, kiwi, manchot. Autruche, dinde, kapako, moucherolle. Oui mais de notre côté, la salve nous laisse un peu bécasse...



J'invite ainsi, à chaque fois, les petits expressifs à venir m'en parler. "Oui, tu as raison mais que pouvons-nous trouver d'autre comme adjectif ?" Jusque là ils restent bouche bée!
Plus tard je m'attend à plus de réactivité, à des propos plus aboutis sur ce que je suis vraiment. Bah tant pis pour eux...

Pas touchée, ni coulée!
Ankylosée toujours, pesante quelque fois, active et vive souvent, arrondi(ssant)e des angles sûrement aussi. 
Oui je cours après le bus, oui je gravis mes dénivelés. Et oui je n'arrive pas à danser comme je le voudrais. Mais pas touchée tout de même.
Touchée peut-être si l'on me parlait d'autre chose que de mon physique. Et encore je ne peux être atteinte que par des personnes qui me connaissent vraiment: c'est leur privilège!

13 commentaires:

lily a dit…

Chère Vanessa,
Les personnes différentes dérangent, différentes par leur taille ("trop" grand, petit maigre, gros), par leur handicap physique ou mental, il faut pour plaire aux idiots entrer dans le moule standard et ne surtout pas dépasser.
Sans les "différents", tout un pan de la littérature, musique, peinture... disparait.
Moi, je ne veux pas vivre dans un monde de "normés", ces "gens" qui se confondent et peuvent se substituer les uns aux autres.
Les enfants sont parfois cruels, parfois méchants aussi, l'âge d'or de l'enfance est un mythe (et les cours de récréation peuvent être terribles...).
Mieux vaut, je crois, éviter les idiots plutôt que de se confronter à eux et entrer dans la bagarre.
Je pense à Audiard, "Moi, les cons, je ne leur parle pas, ça les instruit".

colibri a dit…

"Ma mère ? Un vrai Renoir !", "... à faire pâlir de jalousie une statue de Botello !". Voilà que ce pourra dire ton lutin, un jour, si tu gardes tes rondeurs "felliniennes", hein ?! Au moins, les rondeurs ont plus inspiré les artistes, à ma connaissance, que les sacs d'os !!! En ce moment, plus que jamais, on devrait apprendre les nuances aux enfants, mais s'il faut déjà commencer par leurs parents, y a du pain sur la planche, hou la la...

aurore a dit…

Je suis d'accord cette phrase du commentaire de "colibri" : "On devrait apprendre les nuances aux enfants"... Tout n'est pas tout noir ou tout blanc, et ce qui fait notre Monde, c'est la multiplicité (des Hommes, des animaux, des plantes, des couleurs, des formes, des paysages...).
Mais si on doit apprendre aux enfants qu'il n'y a rien de plus enrichissant que la "différence", c'est parce qu'ils seront les adultes de demain. Je ne crois pas non plus qu'un enfant est toujours "bon" (pour preuve les quelques moqueries que mon fils a subi à cause de son accent français ou de ses fautes quand il parle allemand). En revanche, je crois fermement que les enfants tendent à reproduire ce qu'ils observent dans le monde des adultes, et quand je vois les réponses que t'ont faites certains parents, je suis vraiment choquée ! Comment un adulte peut répondre ça ?! Comment ?! Du coup, je ne m'étonne malheureusement pas du comportement et des médisances de certains enfants, si tels sont les modèles.
Je n'excuse évidemment pas leurs mots et la dérision et le recul sont, je pense, les meilleurs réponses, même si ce n'est pas toujours facile...!

aurore a dit…

Colibri, par contre, tu vois, des expressions comme "sacs d'os" peuvent être très blessantes aussi...! On a tendance à se moquer plus facilement des "gros" que des "maigres" car il y a une forte dictature de la minceur, mais il ne faut pas croire que les filles minces, ou maigres, voir très maigres, l'ont toujours choisi et le vivent bien...Pour preuve l'anorexie mentale.
Pour ma part, j'ai toujours fait partie des "minces" et même si ça n'a jamais été trop pesant car je m'en suis vite détachée, j'ai souvent eu droit à des remarques -même et surtout de proches- sur le fait que je n'étais pas bien grosse, comme si c'était un choix, comme si je ne mangeais pas assez, comme si je me laissais aller au dictat des magazines (que je ne lis pas), comme si j'étais à surveiller. C'est fatiguant (et forcément parfois blessant) d'entendre régulièrement ce genre de remarques.
"Sacs d'os" est donc pour moi une expression un peu brutale pour qualifier des personnes maigres qui ne le sont peut-être pas intentionnellement ; et si elles font tout pour, ce n'est probablement pas un vrai choix, tant la dictature "du corps parfait" (qui n'existe pas) est présente...

Lulu a dit…

Bonjour ma belle, car il ne faut pas être standard pour être belle.
J'ai toujours considéré les cours de récré comme super violentes, et j'ai toujours eu 'peur' pour mes enfants. Sans doute à cause des surnoms sac d'os ou autre fil de fer que j'y ai gagné.
Chez nous on a des insultes en langue arabe pour que seuls certains puissent comprendre => j'ai appris aux gars une réponse en japonais (bakaiaru, vieil imbécile) et une en allemand (du bist ein esel, tu es un âne) : l'idée est la même, leur donner des armes plus intelligentes que celle de l'adversaire !

Lyjazz a dit…

La différence dérange. C'est sûr.
J'ai travaillé avec des handicapés. J'ai donc gardé l'oeil vigilant sur cette différence de la personne en fauteuil, qui claudique, qui penche, qui bave, qui a du mal à s'exprimer, qui est à hauteur d'enfant sur sa chaise, ou qui a un faciès particulier. J'ai gardé une tendresse pour ces mal aimés. Et d'ordinaire je suis toujours du côté du faible, du persécuté.
Il m'est arrivé de rencontrer des handicapés et de leur parler, de les aider, de repérer le regard de peur avant le passage d'un escalier en fauteuil. Mes enfants m'ont vue le faire de façon naturelle, normale. On en a parlé ensuite.
J'ai toujours expliqué qu'il s'agissait de se mettre à la place de l'autre. le copain qui est dyspraxique et a du mal à parler, mais qui comprend tout comme eux. Par exemple.
Et puis un jour dans un camping mon cadet m'a amené un petit parce qu'il n'avait pas envie de lui prêter son ballon, et pas non plus envie de le blesser en paroles, et surtout parce que cet enfant était différent. Un petit trisomique qui s'exprimait peu, farouche et à la parole embrouillée. j'ai parlé, j'ai prêté le ballon.
J'ai ensuite demandé à mon fils "tu as eu peur de ce petit ?" oui. Et expliqué que l'autre avait été blessé de ce rejet.
Ah, oui, mon fils est en surpoids. Souvent les autres le traitent de gros, se moquent de lui.
Et donc, même lui, qui sait ce que c'est d'être blessé, peut ressentir ce même sentiment : avoir peur de la différence. Jusqu'à blesser l'autre par des paroles malheureuses.
Alors j'explique ici qu'on ne doit pas utiliser les caractéristiques physiques pour blesser les autres en parole. Parce qu'on est tous pareils à l'intérieur. On a tous des émotions, des peines et des joies, envie de rire ou de pleurer.
Au contraire il faut montrer l'empathie. Se mettre à la place de l'autre pour imaginer ce que l'on fait subir.
Travail de longue haleine que de voir l'intérieur des personnes et pas leur enveloppe seulement!
Et en parler, de nos différences, de nos faiblesses, vulnérabilités et différences !
Merci de le faire !

cindy a dit…

Mes enfants, quand ils étaient petits 4/5 ans , avaient le chic pour montrer et dire souvent à haute voix, les différences des gens . Je te jure que parfois je me serrai enfouie sous terre tellement j'avais honte ...

Bon, ils étaient jeunes et sans méchanceté , mais c'est tout petit qu'il faut apprendre a se taire et accepter l'autre .

C'est une des dures réalités de notre époque, il n'y a plus de respect . Si un gamin de traite de grosse, tu va voir sa mère et tu lui dis . Il y a quelques années , la mère, se serait répandue en excuses et aurait passé une bonne soufflante au gamin .
Aujourd'hui, elle te dira de maigrir !!!!!

Je dis souvent à mes enfants que parfois on ne peut rien faire contre la bêtise des gens, juste passer son chemin et essayer d'être meilleur

Vanessa V a dit…

Lily: je devrais t'écouter plus souvent mais tu me connais, il me faut des fois des années. J'ai parlé, je suis rentrée en contact. Le ferais-je encore? pas si sûr.
Oui tellement de richesse dans la différence, tellement de voies pour l'art et la littérature... merci

Vanessa V a dit…

Colibri: oui j'adore "Ma mère ? Un vrai Renoir !", "... à faire pâlir de jalousie une statue de Botello !"
Oui oui oui
merci

Vanessa V a dit…

Aurore: oui la nuance. La maman d'un des enfants "frondeurs" de cet épisode-ci était très marquée parce que je lui ai dit. Son fils est lui-même victime de discrimination, de violence de la part des copains... comme quoi ce n'est toujours pas aussi évident que cela...

Vanessa V a dit…

Lulu: comme quoi oui les cours de récréation sont d'une violence inouïe. Et une sacrée idée ces termes en une autre langue pour aussi leur signifier que les petits agresseurs ne sont pas les seuls détenteurs d'une parole pas simple à comprendre.
Et merci pour le "belle"

Vanessa V a dit…

Lyjazz: merci du partage. Effectivement se mettre à la place de l'autre et oui, c'est souvent une question de peur. Ce qui est frappant avec deux des enfants qui se sont exprimés à mon égard, un cette année et un autre au CP, c'est qu'eux aussi avait une différence. Le garçon du CP était lui aussi en surcharge pondérale et était moqué, même un peu épinglé par sa famille et, celui de cette année, chahuté pour ses difficultés scolaires ou sportives.
Avoir côtoyer la différence donne vraiment des armes de communication pour ce genre de violence gratuite.

Vanessa V a dit…

Cindy: mon fils n'est pas non plus à l'abri de mauvaises paroles. Les noms d'oiseaux je les dit, pas aux enfants, pas aux inconnus, à ceux qui me font vraiment mal, me traitent à long terme de manière irrespectueuse, des membres de ma famille. Mais je les dit. Je n'en suis pas si fière. Je m'en veux toujours après, ou souvent. Mon coté ordurier m'insupporte et pourtant l'offense que je reçois est toujours effective à chaque rencontre, je ne peux pas me taire... dès que la(es) personne(s) a(ont) passé le perron je me lâche... pas en face d'elle(s) parce qu'il faut un semblant d'équilibre. Mais je ne suis pas tellement un bon exemple. Par contre j’atteins l'intérieur et pas l'enveloppe charnelle.
La mère d'un de ceux qui ont trouvé le bon mot s'est excusée et a été très sensible au fait que je lui parle. Comme quoi tout est affaire de personne.