mardi 11 février 2014

Mythologie pour éveiller les enfants

Je suis une adepte de la lecture à voix haute. J'ai adoré celles de ma grand-mère paternelle et mon tonton, et ses petits livres restés de ce père disparu trop tôt. Dans les mots lus, dans les voix chaudes, dans les pages illustrées, je me sentais en contact avec ce jeune homme inconnu et pourtant si proche par la filiation.

*"Le petit Nicolas" par Sempé

Après il y eu ces professeur qui offraient du temps au temps.
Un premier professeur de Français, exigeant, sec, dur et cassant, qui pourtant se ravisait selon les modes d'opposition que nous avions (et le désespoir non simulé). Des pages de copie de règles de grammaire, des coups de règle... et pourtant chaque semaine pendant deux ans (6ième et 5ième) un chapitre du "Petit Nicolas" de René Goscinny et illustré par Jean-Jacques Sempé, offert, comme cela, pour rien. Pas de question de compréhension, pas de leçons, juste sa voix, sa juste théâtralisation. Et ne me parler pas des réadaptations animées et filmées: je n'ai plus de plaisir, plus la joie de recevoir... il me manque l'homme qui nous le racontait même.
Un professeur d'Allemand, qui avant chaque vacances offrait de l'allemand écrit, lu dans le texte, offert comme cela... lui aussi juste pour le plaisir. Et merci encore à lui, pour avoir oser me pousser sur scène. Merci d'avoir vu le premier à quel point j'avais besoin d'aide et besoin que quelqu'un me donne confiance en moi.
Un autre professeur de Français, durant mes deux 2nde, qui nous a parlé si bien de mythologie. Sans forcément lire dans un texte mais en offrant ainsi plus qu'une matière à travail.

Les raconteurs d'histoires, ceux qui avaient mis de côté leur fonction pour nous offrir une pause, un temps loin d'être oisif pourtant.

***
Et la mythologie arrive pour des raisons personnelles que j'évoquais là. Alors les livres continuent d'affluer à la maison, souvent en fonction de leur réédition en format plus petit, moins onéreux aussi.
Et il y a une autre raison.

Si vous me connaissiez, vous sauriez peut-être à quel point je veux avoir tout mis en branle dans l'éducation du lutin. J'ai toujours l'impression d'être en retard... (comme le regard des autres me trouve trop en avance).  Je souhaite proposer le plus tôt possible des voies de réflexions, des arrêts sur image, des listes de ressources, des chemins critiques, indépendants et alternatifs.
Le chenapan est considéré comme un grand quand il est encore petit. Pas grave! J'ai une urgence en tête, je ne peux pas compter sur le temps, sur une pérennité. J'ai trop l'impression que la folie ou la mort font partie de la vie qu'il me faut à tous prix les devancer. Alors je commence beaucoup de choses, je commence pour que, si j'arrête, l'ami de tout au monde sache où chercher quand il en aura besoin. Il n'en aura pas l'utilité! Pas grave! Je sais tout au moins que j'aurais offert le potentiel créatif du référent, une certaine acuité dans l'esprit. Il ne perdra pas autant de temps que moi, il se trouvera peut-être, il aura peut-être la chance de n'être floué que par les autres.


Alors oui je mets tout en œuvre pour délier sa pensée, pour l'aider à formuler ses émotions, à exprimer son vécu, le préparer à être critique, à tenir un propos argumenté. Je lui montre aussi ce qui fait la vie: les parts belles et les moins nettes, les moins glorieuses, les plus mesquines. Mais il est petit. Fallait-il encore trouver un système pour aborder le chemin. C'est Serge BOIMARE qui me l'offre (aidé brillamment par Murielle SZAC et Bruce DEMAUGE-BOST).
Serge BOIMARE est un psychopédagogue qui s'est tourné vers les difficultés des enfants dans l'apprentissage. Il ne parle pas de certains cas, qui pris à part, en petit comité, vont être soutenus dans leurs difficultés mais bien de ceux qui vont se créer leur propre processus de refus de l'apprentissage ou même de la pensée. Ceux qui s'échappent pour ne pas se perdre, trop en prise avec les émotions pour accepter les quelques autres un peu déstabilisantes d'un apprenant.
Ce pédagogue va alors tout baser sur la médiation culturelle et plus particulièrement littéraire. Lire à voix haute des contes (GRIMM ou PERRAULT) mais aussi de la mythologie (plus particulièrement grecque), des livres de Jules VERNE ou pourquoi pas de la littérature jeunesse. Amener la curiosité sur les travers, les vices, les émotions dures et crues mais tenues à distance de soi. Puis formuler, reformuler, appréhender différemment et se tenir prêt à... apprendre. N'hésitez pas à lire ici la théorie de Serge BOIMARE, avant que je vous en reparle après avoir lu ses livres.

Par la mythologie, l'enfant découvre un texte riche de sentiments ambigus et de situations rocambolesques. Le pire, le meilleur, le fabuleux, le terrifiant sont mis en forme et l'on découvre les dérives des dieux, les oracles proclamant de noirs destins, les trahisons, les monstres, les vices, les crimes, les dépravations et les absurdités créées par le désir et le sexe. Tout cela dans une histoire, une fiction pure.

"Le feuilleton d'Hermès" de Murielle SZAC est un livre à lire à voix haute. La mythologie et toutes ses anecdotes (quoique il y a aussi "Le feuilleton de Thésée") sont ainsi accessibles.
Mais là le texte tire en longueur, il n'y a pas forcément d'action dans chaque chapitre. Par la vie d'Hermès ce sont aussi les sentiments plus infimes que l'on découvre, chaque nuance de l'humain/dieu. Ce livre n'est pas tant une lecture du soir qu'un vrai manuel d'apprentissage par la médiation culturelle.
Ainsi un professeur, Bruce  DEMAUGE-BOST, a créée les fiches par épisode, permettant de marquer une plus-value éducative mais aussi d'ancrer la curiosité et de stimuler le dialogue. Voici son magnifique travail.

Nous avons démarré mes lectures et nos arrêts sur chaque moment de vie du jeune dieu. Des questions de français, très courtes pour l'instant. Et surtout une illustration à chaque fois.


Allez je reparlerais de notre projet Hermès... nous en sommes à l'épisode 11.

4 commentaires:

aurore a dit…

Ici nous avons commencé le "Feuilleton de Thésée". Ces livres sont magiques ! Ils transportent vraiment les enfants dans un autre univers tout en posant des questions sur le Monde "réel"...Mes deux souriceaux ne s'en lassent jamais et mon grand en vient à pleurer (c'est un grand émotif) si j'arrête de lire alors qu'il en voulait encore...

Anonyme a dit…

Quelques années maintenant que je vous suis, que vous m inspirez... cette fois vos mots (à propos du rapport au temps) me touchent plus encore. comme souvent quand je suis face à qqn que je considère supérieur, je perds mes moyens, ne sait pas aligner les mots. Pourtant si nous nous connaissions, je pense que nous nous entendions ! Merci pour ce que vous faites (diffuser...)

Vanessa a dit…

Aurore: quelle chance ils ont! Pour ma part, je n'ai pas offert les livres de SZAC en lecture directe. J'avais essayé mais le lutin trouvait cela trop lent. Pour de la mythologie, il lui fallait un peu plus d'action. Nous avons par exemple le duel Méduse et Persée et il m'a demandé de lui trouver un autre livre où Persée aurait plus de difficulté avec la gorgone et aussi une illustration où l'on verrait ce combat seul à seul. Comme une plus grande théâtralisation.
Par contre, il adore le feuilleton en court épisode car je le relis plusieurs fois pour répondre aux questions, parce qu'il s'imagine aussi avec les sentiments et émotions pas à pas. Mais la lecture est différente.

Vanessa a dit…

Anonyme: bienvenue entre mes billets!
Je vous remercie d'avoir pris le temps d'écrire ce commentaire. J'ai souvent l'impression de ne remplir ce média que pour moi. Je me débats avec ma vie et n'y trouve pas tellement ma place et ce blog semble garder les traces de mon cheminement.
Je ne sais d'ailleurs pas ce que les lecteurs trouvent dans mes pages (mon blog n'est pas très fashion ou réseau). Et je suis toujours étonnée de savoir que quelques personnes suivent mois après mois quand on pourrait venir ici juste pour un élément.
Oui si vous suivez ce blog depuis quelques années vous devez effectivement (presque) me connaitre. Même si écrire comme cela est une forme de fuite, que j'y mets un masque, que je ne présente que ce que je souhaite, il y a bien de moi entre les lignes, partout et partout. Et des fois parce que je suis (un peu) cachée, j'écris encore plus ici comme si je parlais à un ami.
Merci de lire aussi mes fuites et mes dérives ici et là dans mes billets et pas seulement le constructif que j'essaye d'y mettre.
Merci, bien à vous.