mardi 2 février 2016

Caprice, colère, cri

Non ce n'est pas un caprice, je ne suis plus une enfant, je suis bien adulte n'en déplaise à certains.
Oui c'est un cri que je ne peux pas produire, que je suis obligée de déverser en ondes hurlantes.
C'est une colère mais plus encore une lassitude.


Je n'ai plus bon dos, j'ai les jambes qui flageolent.

Honteuse d'être toujours rapportée à ce que j'étais enfant: vociférante. Ils oublient que j'avais été, avant, si longtemps, trop longtemps, une enfant transparente.
Une enfant que l'on pose là, qui ne doit surtout pas gêner, une poussière à même d'être éjectée dehors. Une silhouette qui ne peut pas souffrir. Et puis je souffre, et puis je parle, et puis je me rends compte que je ne fais que mettre en lumière ce que tous savent. Et pourquoi donc me secourir quand ils n'ont pas pu le faire pour eux. Pourquoi donc se reprendre quand eux même me paralysent de douleurs. Je n'ai si peu parlé en somme.
Une adolescente laissée là aussi, avec les peurs des autres. Marre d'être celle qui subit, marre du manque de courage des témoins qui n'ont pas agi. Marre d'être celle qui pardonne même à mes agresseurs. Marre d'être compréhensive pour tous.

Hystérique de voir qu'encore, toujours, à chaque moment de ma vie, je suis le catalyseur. Marre de constater qu 'ils me regardent outrés me déguiser en harpie pour faire sortir tout le mal vécu, par moi et par les autres. Marre d'être celle qui indique les personnes toxiques et qui leurs fais obstacle, quand tous, tous autant qu'ils sont, les montrent du doigt depuis si longtemps sans rien dire.

Épuisée de m'y prendre mal, d'être vociférante parce que cela fait trop mal et que personne ne me soutient dans l'action.
J'avance pourtant pas à pas mais cela me rattrape. Un passé et puis un présent. Pourquoi toujours être celle qui se brûle, qui se consume.

Stupéfiée par ce rôle qu'ils me donnent tous: le mauvais, celui de la parole, des secrets familiaux dévoilés, de la fille de, de celle qui s'en sort mal, pas si mal, qu'importe. Le mauvais, celui de l'autorité, de la remise en question. Et dire que je prends votre défense, que je vous sauve aussi quelque fois. Dite désagréable.

Désagréable quand je fais tellement d'efforts, quand je n'arrête pas de prendre sur moi, quand ma personnalité, mon identité, ma sensibilité, sont dénigrés voire même spoliés et qu'il me faut faire face, que je ne peux pas fuir.

Putassière oui. Certaines fois je lis beaucoup, j'écris, je mange, je bois. Certaines fois je me vautre devant la télé, me remplir de tout niaiserie pour ne plus penser. Cela ne sert à rien de ressasser. Les premières flèches qu'ils m'ont envoyées se tordent en moi où ça fait mal par ma simple faute, celle d'y repenser.
Oui laisser ce sentiment écœurant partir tout seul. Oui j'aimerais tant. Mais pourquoi donc être rattrapée. J'en ai pas fait assez!
Il fallait survivre avant, maintenant il me faut juste être en société, avec certaines personnes qui me sont imposées. Pourquoi est-ce si difficile de me mettre un masque, celui de la bonne société? En fait, je le sais. Je me suis construite seule, en opposition, en réaction, combattive pour ne pas suivre le futur que certains me donnaient, fille mère, pute, droguée, suicidée, débile, sans boulot. Non je suis là, je tiens bon, je suis assez forte. Alors ils oublient ou ne savent pas. Ils oublient que je ne me(les) laisse(ent) pas injurier.

Coupable de ne pas être douce, lisse, devant mon fils. De ne pas réussir à le laisser en dehors. Pourquoi faut-il qu'ils le prennent à témoin pour marquer mes défauts, mes failles, ma ligne de folie. Pourquoi les autres laissent faire? Eux qui savent que je ne fais que réagir au non-respect, à l'agression, à l'ignominie des fois aussi. Et voilà que je leur fais plaisir, je suis la folle, je suis celle qui hurle, celle qui n'arrive pas à enjoliver les relations. Non, je suis déchirée, humiliée et il me faut avoir ce beau visage de la compréhension. Alors je dévoile les dessous sombres à cet enfant de 9 ans, je lui montre la morve, le sang, la pourriture... les miennes, celles des détracteurs.

Et puis les autres, ceux qui vivent le feu mais sur les bords, pas cramés, juste un peu roussis, quand je suis la cible. Ceux qui pourraient faire quelque chose mais restent dans le confort d'un silence... pas faire trop de bruit, pas déranger, pas tenter le changement - bah, non, ils ne changeront jamais alors à quoi bon! - préférant me voir me décomposer, me ratatiner... Quelle mauvaise foi! Je suis aussi celle qui va au feu pour vous.

Mes démons sont revenus! Que j'aimerais crier, CRIER!!!!!

(source illustration David SALA)

6 commentaires:

Anonyme a dit…

J'entends ton cri, Vanessa. K

Capsicum a dit…

Quelle souffrance ... que l'on a envie d’apaiser.
Mais comment ?

Vanessa V a dit…

K, Capsicum: merci d'avoir entendu ce cri. Produit même virtuellement, il m'a permise de ne plus trembler, c'est déjà ça. Puis peu à peu je saurais comment me préserver.

Lily a dit…

Chère Vanessa, "Ils" ne méritent même pas ta colère, "ils" n'ont à recevoir de toi que de l'indifférence, voire du mépris. Ne t'essouffle pas pour eux, garde ta force, ta générosité e et ton énergie pour Y. et E. Je t'embrasse bien fort

Holly Golightly a dit…

Je ne te comprends que trop bien.

Vanessa V a dit…

Lily, Holly Golightly: merci de votre écoute