lundi 25 février 2008

Origami comme tâche ménagère

Et si mon humeur du jour pouvait mettre à profit cette solution....


...du pliage japonais de vêtement comme un art....et le repassage dans tous cela....

samedi 23 février 2008

Avant de poser le pinceau sur le papier de riz

J’aime énormément la peinture sino-japonaise avec un faible pour les dessins à l’encre de chine, spontanés. Il y a à chaque fois de la force, de la sérénité, une économie de traits qui rend le sujet moins réaliste mais bien plus vivant, en mouvement.
Ce qui m’interpelle toujours, et encore plus aujourd’hui, en plus de la technique, c’est la philosophie autour. Je suis une occidentale, complètement sous l’emprise du triangle émotionnel victime/bourreau/sauveur (dont je parlerais plus tard). Je ne sais pas faire le vide en moi. C’est l’histoire de toute une vie, c’est sûr. Mais voilà, la peinture asiatique est aussi une méditation, alors avant de m’y remettre et d’en faire une "hygiène" de peintre, à moi de m’approprier les principes.

Avant de peindre, l’occidental prépare sa table, son matériel et son sujet. Pour l’artiste asiatique, le laps de temps avant de poser le pinceau sur le papier est révélateur et conditionne la qualité du résultat.
Beaucoup parle du choix du matériel, très important pour les Japonais comme pour les Chinois, les « Quatre trésors du Cabinet de Travail » (papier, pinceau, pierre à encre et bâton d’encre). L’originalité du matériel peut nous séduire, me séduit. Encore faut-il savoir le choisir, l’encre et les pinceaux japonais ne conviennent pas à la technique picturale chinoise pour laquelle de nombreux pinceaux sont quelques fois recommandés. Le plus beau reste la consigne d’utiliser du matériel authentique dès le début de la pratique…parce que le résultat compte moins que l’état d’esprit dans lequel nous sommes avant de commencer : avec un matériel de qualité, nous nous sentons de qualité. Il s’agit aussi de la disposition du matériel sur la table et de la méditation sur nos nobles pensées pendant la préparation de l’encre. De cela je reparlerais plus tard.

Je voulais, lors de ce billet, vous parler de la préparation mentale du peintre sino-japonais. Les « peintres lettrés » chinois ont en commun avec leurs homologues japonais cette réflexion sur le sujet : impressions échangés avec d’autres lettrés, contemplations, méditations, écrits et poèmes avant de prendre le pinceau pour peindre. Ils se sont imprégnés du sujet.

*source peinture de Xie He (enfin je crois)

En cela, ils répondent, volontairement ou d’une manière intuitive superbe, à la première règle de la peinture développée dans le Gu Hua Pin Lu (Catalogue des peintres anciens classés par catégories), par le peintre chinois Xie He : 1) Dans l’harmonie du souffle (K’i Yun) et le mouvement de la vie (Sheng T’ong).
Il s’agit aussi de l’exigence première de Shi Tao, dans le chapitre XV des Propos sur la peinture, intitulé « loin de la poussière » :
« Quand l’homme se laisse aveugler par les choses, il se commet avec la poussière. Quand l’homme se laisse dominer par les choses, son cœur se trouble./ Un cœur troublé ne peut produire qu’une peinture laborieuse et raide, et conduit à sa propre destruction./ Quand ténèbres et poussière contaminent le pinceau et l’encre, c’est la paralysie ; dans pareille impasse, l’homme a tout à perdre et rein à gagner, et finalement rien n’y pourra plus réjouir son cœur./ Aussi, je laisse les choses suivre les ténèbres des choses, et la poussière se commettre avec la poussière ; ainsi, mon cœur est sans trouble, et quand le cœur est sans trouble, la peinture peut naitre./ N’importe qui peut faire de la peinture, mais nul ne possède l’unique trait de Pinceau, car l’essentiel de la peinture réside dans la pensée, il faut d’abord que la pensée étreigne l’Un pour que le cœur puisse créer et se trouver dans l’allégresse ; alors dans ces conditions, la peinture pourra pénétrer l’essence des choses jusqu’à l’impondérable. » (extrait tiré du livre « L’esprit de l’encre » de Keh Ming TUAN et Chang Ming PENG)


Cet « accomplissement de l’être » et cette « saisie de l’essence du monde » est propre à cette pratique, hygiène de vie et de peintre, pour aller plus loin dans les détails de préparation mentale des peintres chinois et les trois philosophies sous-jacentes (Confucianisme, Bouddhisme hindoue et Taoïsme), n’hésitez plus à lire « L’esprit de l’encre ».

Le principe du Ki (Chi, Qi) est très important. Rappelez-vous, j’en parlais avec les maîtres MASUNAGA et TOHEI. Le Qi concerne plusieurs domaines, la peinture fait appel à trois essentiellement : la Peinture (quelle perspicacité !) mais aussi la Nature et le Corps humain. Le caractère chinois du qi signifie « vapeur » ou « air ».
Pour certains Chinois, le qi est comme le premier souffle à la naissance d’un enfant, il remplit le corps et les organes. Ce vecteur de vie circule et se concentre dans certains « nœuds », pour optimiser le qi, certains mouvements servent à dénouer. Shizuto MASUNAGA propose six mouvements pour cela, les makko-ho. Le Taï Chi Chuan propose aussi des mouvements qui permettent de mieux comprendre la gestuelle de la peinture chinoise : amorce, développement, suspension et relaxation.
La Nature est dotée aussi d’un qi, énergie supérieure. Les Chinois ne jouissent ainsi pas seulement du panorama lors de leurs escapades mais essayent de capter la vitalité de la nature, sa force.


*source peinture Gu Kaizhi

Cette métaphysique de la nature reste ainsi un des sujets premiers de la peinture. « Gu Kaizhi (345-406), l’un des théoriciens de la peinture chinoise, déclarait que « la forme existe pour exprimer l’esprit ». Si le trait du pinceau en est le squelette, l’encre et la couleur la chair, le qi est bien la force vitale, souffle et sang, de la peinture chinoise." Le qi est dans l’acte de peindre mais aussi dans le tableau et le ressenti du spectateur. « Tout comme on doit être capable de suivre les mouvements tai chi, de leur amorce à leur terminaison, d’en admirer le développement, d’en voir l’apogée et de sentir qu’ils reviennent à une position de repos avant de débuter un autre mouvement dans une autre direction, on doit être capable devant un tableau chinois de suivre la course du qi, même lorsque celle-ci entraîne hors du tableau et y ramène : il est à peine perceptible, mais il est là. Il doit être maîtrisé et non dispersé.

En peinture chinoise, on utilise également le qi en association avec l’idée du yun. Ce mot signifie « charme » et « bon goût et raffinement dans les recherches littéraires » et renvoie au style et à l’atmosphère du tableau. Quand ils sont associés, l’énergie du tableau génère une certaine excitation qui fait vibrer l’atmosphère bien au-delà des frontières du papier ». (extrait du livre « Peinture chinoise, Tradition Qi » de Wang Jia Nan, Cai Xiaoli et Dawn Young).



Pour vous faire une idée encore plus précise des apports de ce livre, n’hésitez pas à lire ce billet sur le site de La porte du Ki (surtout si vous vous intéressez au qi sous toutes ses formes !) Ici vous avez aussi une belle mise en avant du qi, plus accessible pour les occidentaux et démystifiant.


*source peinture de Qi Bai Shi pris ici où vous verrez d’autres superbes œuvres de ce peintre

Le Sumi-e, peinture chinoise et exportée au Japon, fait aussi appel au Zen. Après la position de seiza (posture traditionnelle assise au Japon, dans laquelle on est assis bien droit, les jambes repliées sous les fesses), il est nécessaire de se relaxer et de méditer sur le modèle jusqu’à ce que seule la feuille de papier soit encore présente à l’esprit. Alors le modèle prendrait vie par la sensation de bruissement des feuilles de l’arbre par exemple. En libérant son esprit de toute ambition ou envie de réussir, en faisant le vide en soi, la peinture sera le reflet de la vie et de la nature. Là, les croquis faits en voyage, sans autre forme de procédé, peuvent servir de sujets au sumi-e. Et à force de pratique, « (…) vous constaterez que vous vous tenez plus droit et que votre état de santé s’est amélioré. Ce sera la preuve manifeste que vous serez devenu un véritable artiste de Sumi-e, car vous aurez compris que sa technique et sa pratique, et même sa philosophie, vont bien au-delà de la simple peinture ». (Extrait du livre « Comment peindre à l’orientale, sumi-e » de Hakuho Hirayama).






"Zen : poèmes" de André SOLLIER et Manu BAZZANO

Voici pour finir et avant de démarrer la peinture un conseil pour reconnaitre et peindre le qi, proposé par le livre « Peinture chinoise, Tradition Qi » de Wang Jia Nan, Cai Xiaoli et Dawn Young :
- 40% de lectures
- 30% de calligraphie (pour exercer le coup de pinceau et sentir le cheminement de l’énergie lors de l’exécution des mouvements)
- 30% de peinture

Edit du 09/03/08: le qi expliqué aux enfants et points de la voute plantaire

J'aime les gens qui doutent...

....parce que je ne suis qu'une daltonienne de l'âme...



... et cette interprétation de Vincent Delerm, Jeanne Cherahl et Albin de la Simone me parle jusqu'au fond des trippes...

Rajout du 25/02/08: Merci Caroline...oui avec les paroles, c'est tellement mieux:

"J'aime les gens qui doutent
Les gens qui trop écoutent
Leur coeur se balancer
J'aime les gens qui disent
Et qui se contredisent
Et sans se dénoncer

J'aime les gens qui tremblent
Que parfois ils ne semblent
Capables de juger
J'aime les gens qui passent
Moitié dans leurs godasses
Et moitié à côté

J'aime leur petite chanson
Même s'ils passent pour des cons...

J'aime ceux qui paniquent
Ceux qui sont pas logiques
Enfin, pas comme il faut,

Ceux qui avec leurs chaînes
Pour pas que ça nous gêne
Font un bruit de grelot

Ceux qui n'auront pas honte
De n'être au bout du compte
Que des ratés du coeur
Pour n'avoir pas su dire
Délivrez-nous du pire
Et gardez le meilleur

J'aime leur petite chanson
Même s'ils passent pour des cons...

J'aime les gens qui n'osent
S'approprier les choses
Encore moins les gens
Ceux qui veulent bien n'être
Qu'une simple fenêtre
Pour les yeux des enfants

Ceux qui sans oriflamme
Les daltoniens de l'âme
Ignorent les couleurs
Ceux qui sont assez poires
Pour que jamais l'Histoire
Leur rende les honneurs

J'aime leur petite chanson
Même s'ils passent pour des cons...

J'aime les gens qui doutent
Et voudraient qu'on leur foute
La paix de temps en temps
Et qu'on ne les malmène
Jamais quand ils promènent
Leurs automnes aux printemps

Qu'on leur dise que l'âme
Fait de plus belles flammes
Que tous ces tristes culs
Et qu'on les remercient
Qu'on leur dise, on leur crie
Merci d'avoir vécu

Merci pour la tendresse
Et tant pis pour vos fesses
Qui ont fait ce qu'elles ont pu..."

ANNE SYLVESTRE - 1977

vendredi 22 février 2008

Kombucha mère et "fille"

Juste une petite photo pour vous montrer à quoi ressemble une souche de Kombucha mère et un "bébé".Sur beaucoup de liens internet, la souche est très épaisse et très brune. Pour ma part, je n'opère pas de la même manière. A chaque fermentation (plus d'une semaine), une nouvelle couche, très très fine, gélatineuse et transparente apparait (un peu comme une feuille de gélatine ramolie) quasiment séparable de la première. Au bout de la seconde utilisation, cette fine couche est un tout petit peu plus épaisse et se détache, avec précaution mais facilement. Vous pouvez ainsi utiliser les deux, dans des préparations différentes.
La souche la plus brune, opaque, est amenée à mourir après un certain nombre d'utilisation: quand elle ne remonte plus à la surface...il faut alors n'utiliser que les bébés. Dès que j'ai un peu plus de souches, je peux vous envoyer la souche mère pour activer votre propre nouvelle souche (une ou eux utilisations après!).

Attention, attendez plutôt une ou deux fermentation avant de prendre la souche fille, j'ai malheureusement déchirée la mère et maintenant elle est très fragilisée et ne donne plus de fille !
Mais j'ai la solution:
Rajout du 07/03/2011: Et voici comment faire une souche maison

jeudi 21 février 2008

De l'encre oui mais sans le reste

Parce que je prépare un billet sur la peinture sino-japonaise...et plus particulièrement le sumi-e et parce que je ne maîtrise pas du tout l'art du pinceau, de l'encre, de l'eau, du vide et du plein...mais que je compte bien m'améliorer, voici deux essais qui datent où j'essayais de peindre le plus rapidement possible (avec sûrement trop d'agitation et pas assez de sérénité).

Comme quoi les magazines féminins ont quelques fois du bon, Demoiselles en tenue d'Eve:

mardi 19 février 2008

Je croque encore et encore la pomme

Je me suis laissée aller à une énième lecture de ce déploiement amoureux, « La pomme rouge » de Francis GARNUNG.



Ce livre m’est important, trouvé sur un étalage de bibliothèque avec une petite phrase d’accroche laissée là par un bibliothécaire éclairé, je l’ai lu, fébrile, troublée et impatiente. Je l’ai acheté aussitôt et il m’a suivie depuis dix ans. A la seconde lecture, j’ai été impressionnée par les exercices de style et cet effeuillage du sentiment amoureux ou mieux des attirances pour l’autre sexe comme dévoilement de la sexualité. Je l’ai relu pour y lire entre les lignes des demandes, de l’ « irrespect » comme vraie démarche amoureuse…être en deçà de la morale ! Comme je vous le disais, je l’ai offert, acheté et prêté…et je continuerais.
Je l’ai relu aussi parce que la première lettre de ce roman épistolaire que je dévoilais en attendant un billet plus construit à provoquer des lectures et de magnifiques billets, d’Holly golightly tout d’abord, et de Lily après (il fallait bien que je lui propose cette lecture). J’ai eu envie de vous laisser mon ressenti, ou du moins celui de cette lecture, différente de celles des anciennes ou des prochaines, tellement ce livre est riche de niveaux.

Il s’agit là des lettres écrites par François, la trentaine, à sa voisine de 13 ans, Guillemette. Il s’éprend de cette enfant, en la regardant par la fenêtre, en suivant ses activités de gamine. Il lui écrit pour donner plus de contenance à ses avances, les lettres arrivent par la poste, il faut qu’elle aille les chercher en cachette, cela rajoute au consentement mutuel : « Car il faut que les mots d’affection se promènent, prennent l’air, et roulent comme les pierres qui n’amassent pas mousse, cette horrible moisissure des choses mortes. N’est-il pas ? comme disent les Anglais. » L’effeuillage du sentiment amoureux est aussi l’effeuillage sensuelle de cette enfant, aux débuts de sa puberté, de cette biche aux aboies et si consentante en fait. Ce « satyre » est en fait beaucoup plus irrespectueux que l’amoureux de « Lolita » de Vladimir Nabokov. Mais de cet irrespect de l’amour : ce n’est pas un comportement vicieux, profiteur mais plutôt un révélateur, un amoureux du passage de l’enfance à l’âge adulte.

Ne vous méprenez tout de même pas, les intentions sont là, les termes sont justes sans être outranciers ni trop crus. Les gestes amoureux prennent corps mais là aussi l’amour est à concevoir dans sa totalité. François est un « ruminant » de l’amour : il décortique avec poésie, fébrile, tous ses émois, les détails sensuels, visuels, les aléas d’absence et de présence qui rythment et donnent de l’élan dans la relation. « Le loup est un poète. Il aime ce qui est beau. Il aime ce qui est bon. Et n’est-ce pas la même chose ? Ce qu’on lui reproche, c’est de ne pas faire semblant. Sa poésie, il l’a dans la peau, et il la nourrit. » Guillemette devient une muse, comme celle d’un peintre, curieux de révéler au grand jour (ici à son cœur attentif et détruit de trop d’attente) les plus belles beautés : ses postures de danseuse en tutu et ballerines, sa bouche sanguine comme mordue et ses poses alanguies pleines de suggestion que son auteur n’assume peut-être pas encore.
Nous suivons grâce aux lettres de cet homme (sans jamais lire les réponses de la demoiselle, ni vivre réellement leurs rencontres) les étapes pour apprivoiser une enfant. « Une amitié ne peut germer qu’à l’ombre, dans une serre chaude, au creux d’une main. Il faut un secret entre nous, même un secret de polichinelle, pour nous unir. » Les lettres doivent être brûlées ! C’est surtout un retour à cet émerveillement de l’enfance : des taquineries, des inventions fantasques (comme de voyager à l’insu de tous en prenant un train tellement long que quand la locomotive arrive à la gare d’arrivée, le dernier compartiment est à la gare de départ), des jeux de mots juste pour rire, des effets de style pour le plaisir, des activités enfantines et des défis de vie spontanée (un duel aux billes ou un jeu de marelle comme baromètre des audaces). Pas de mauvaise retenue, du sérieux dans tout et aussi de la rigueur dans la démarche…créer son propre conte, en savourer tous les instants (comme de goûter les pâtes lors de la cuisson par bouchée entière et ne garder presque plus rien pour le moment « légal » de dégustation !).

Quelques lectures ont été plus anxieuses. L’amoureux marque un certain dégoût pour la femme, y préférant une enfant pas encore formée, à peine nubile : « le mot femelle qui rime avec mamelle est trop horrible. C’est une chaleur trop moite et enveloppante, à la fois offerte et imposée, inévitable. » La femme aurait été « encrassée », « engraissée » d’une féminité « onctueuse ». Moi si pulpeuse, si déformée par la féminité, je lisais entre les lignes une horreur à être devenue adulte. En relisant (maintenant que je suis aussi déformée par la maternité), j’ai l’impression de m’être méprise. Ce n’est pas tant le corps de la femme qui insupporte François mais bien cet « allant de soi » sexuel, cette convention, ce choc des corps inévitable. Ce serait que suivre un chemin tout tracé, déjà suivi par d’autres, non dynamique, non créatif, la femme a un jus trop sucré : « Combien je préfère l’acidité à ce jus sucré ! Il n’y a pas si longtemps, à la campagne, je considérais avec envie la première et unique cerise d’un arbrisseau. Je n’ai pas pu résister au plaisir d’y mordre ( …) il m’a semblé que j’aspirais directement toute sa sève rafraîchissante, et que je la stimulais. » L’androgynie est peut-être aussi là en rapport avec ses amours passées, cette petite fille quand il était petit garçon, cet amour non achevé, même pas entamé et pourtant si bien ébauché. Le temps, personnage à part entière du roman comme le souligne si bien Lily, l’a fait vieillir dans son corps et ses attentes quand son amour est resté le même…il recherche l’objet d’amour inchangé.


*source photo du film "Pretty baby" de Louis MALLE avec Brooke Shields

La question de la morale revient souvent. Il s’agit bien des angoisses de François par rapport aux regards des autres, mais plus dans leur méprise que dans leur compréhension. Il est admis d’une grande personne qu’elle soit le parent, l’éducateur, le « répétiteur » mais pas qu’elle reprenne le chemin de l’enfance. Son corps est devenu sexué et propre à la consommation et ses attentes ne peuvent être que charnelles en tant qu’ogre sexuel. François cherche, fouille, revient sur ses pas, ses pensées, ses gestes, il se retient. Il se dit carnassier mais aussi la proie de ses tourments.
La morale voudrait que nous ne voyions là que le satyre, poussant une enfant à la faute. Effectivement, il essaye de la rendre consentante aux gestes des grands, il cherche l’éclosion de la femme. Elle l’est, consentante, peut-être plus du jeu de séduction que des gestes, mais elle se sent en sécurité tout de même : cet homme est l’élément stable, sa mère ne la voit pas grandir, lui la voir s’épanouir. Il se délecte d’elle, oui, mais n’est pas le plus coupable. Que dire de cette mère qui encourage les entrevues, lit peut-être les lettres dès le début, profite de cette présence masculine, joue de sa séduction, utilise cet homme. Est-elle si dupe ?
Mais le temps et les insinuations ramènent au devant de la scène la réticence, la mesure. La notion de péché fait son apparition, elle est inculquée par les autres et par le temps mais est-ce vraiment de cela qu’il s’agit ou bien de l’amour d’un homme qui ne veut pas grandir, que les attitudes des adultes effraient par leurs caricatures. La victime devient alors François, victime de son amour, de la morale et du temps : « Où pourrais-je me sentir en sécurité, si chaque geste est irréparable et manque son but ? Que vais-je faire alors de mon amour, avec mes pattes d’ours ? Et quelle mascarade je nous prépare ? »
Même s’« il est impossible de faire entendre raison aux gens raisonnables et résonnants », François me parait s’être fourvoyé dès le début : à vouloir revivre son amour de jeunesse et prendre sa revanche sur le temps, il a été le loup dans la bergerie mais surtout la victime de l’utopie du pouvoir salvateur de cette enfant. Elle était jeune mais la puberté arrivant, le temps des premières initiations se finit et la sève se tarit. Le loup et le chaperon rouge ont tous les deux goûté au fruit défendu comme nous le lit si bien Holly golightly.

*source Claire Wendling (sensualité entre cette créature, qui préfère se faire mal que de toucher à elle, et cette enfant)

Mais qu’est-ce que j’aimerais que Guillemette est répondu par l’affirmatif à François quand il lui a dit : « et puisqu’il te faut des remord à tout prix, remords, à pleines dents ! »