samedi 24 novembre 2007

De l'imaginaire dans la vie

Une bonne petite lecture d’un Eric-Emmanuel SCHMITT me fait toujours du bien !
J’ai donc pris beaucoup de plaisir à lire les cinq petites nouvelles de « La rêveuse d’Ostende ».



La femme au bouquet : une vieille dame patiente sur le quai d’une gare depuis 20 ou 30 ans et personne ne sait pourquoi, elle passe inaperçue jusqu’à ce qu’elle devienne omniprésente dans les esprits. « Elle n’a jamais répondu à quiconque lui demandant ce qu’elle attendait. – Elle a raison, conclus-je. D’ailleurs qui peut répondre à une question pareille ? » Tout le monde a son opinion : « En vérité, chacun se racontait en donnant sa réponse. » Une petite nouvelle très courte, très tentante qui se lit comme un murmure…
« D’ordinaire, la vie est une tueuse d’histoires : certains matins, on sent que quelque chose va commencer, de plein, de pur, d’exclusif puis le téléphone sonne, c’est fini. La vie nous hache, nous disperse, nous atomise, elle nous refuse la pureté du trait. Ce qu’il y avait de singulier avec la femme au bouquet, c’est que la vie reprenait une forme, son destin avait la pureté de la littérature, l’économie d’une œuvre d’art. »

Les mauvaises lectures : ou comment un homme sectaire dont seuls les livres dits érudits comptent passe par l’autre bord.

La guérison : une infirmière aux petits soins d’un homme aux yeux bandés, immobilisé après un accident. Un jeu de charme, une odeur de séduction et une guérison de soi… A mettre entre toutes les mains des femmes qui ne se sentent pas désirables !
« - Quel bonheur d’être soigné par une si jolie femme…
- Vous exagérez, je ne suis pas une fille de rêve, loin de là !
- Une fille de rêve, ce n’est pas celle que la fille rêve d’être, mais celle que le garçon voit. »

Crime parfait : ou comment un quiproquo se met en œuvre, lentement, insidieusement. Le regard des autres sur un couple, les non-dits mais aussi les soupçons et une belle note sur le mensonge : « Car Gabrielle savait parfaitement comment bien mentir : il suffisait de dire la vérité. Elle l’avait appris de son père, Paul CHAPELIER, qu’elle accompagnait, enfant, dans ses déplacements professionnels (…) il choisissait de ne formuler que ce qu’il avait apprécié ; virant les critiques négatives, il n’échangeait que sur les points positifs et, s’il n’y avait q u’un seul misérable détail digne de louange, il s’en emparait, l’amplifiait, le développait. Il ne mentait donc jamais, sinon par omission. »


*source photo de la jetée d'Ostende: Patrice DERAMAIX

La rêveuse d’Ostende : lors d’un séjour à Ostende en Belgique pour réparer un cœur de la rupture, le narrateur/écrivain rencontre sa logeuse, une vieille femme sur son fauteuil roulant. Solitaire, elle reste tout le long de sa journée dans sa bibliothèque de livres recouverts cuir face à la fenêtre à relire ses livres, rêveuse : « J’avais l’impression qu’il y avait deux navires qui cheminaient, séparés, le navire de ses pensées et le navire du livre ; de temps en temps, lorsqu’elle baissait les paupières, leurs sillages se mêlaient un moment, mariant leurs vagues, puis son navire à elle continuait sa route. Elle lisait dans le but de ne pas dériver seule, elle lisait non pour remplir un vide spirituel mais pour accompagner une créativité trop puissante. De la littérature comme une saignée afin d’éviter la fièvre… » Le réel serait-il plus intense que l’imaginaire pour cette vieille femme ?
Rajout: Ce livre souhaite voler en Belgique ou ailleurs, il se prend pour un cerf-volant !

9 commentaires:

caroline_8 a dit…

Contente que tu sois de retour... ici, c'était plutôt calme. Tu reviens avec une bien belle lecture et j'espère pleine de bonnes idées!
Lundi, sous mes fenêtres: je suis passeur avec "Avoir dans une cabane, des rêves d'humanité"

Virginie a dit…

Merci pour ces bonnes idées de lecture, j'ai craqué tout à l'heure à la librairie de Paris...j'en parlerai un autre jour!
Ressourcée?

Vanessa a dit…

Caroline: j'attend lundi avec impatience alors...je reviens vannée de mon enfance, mais reposée.

Virginie: revenue aux sources oui, pour la tête aérée cela reste à voir!

Katell a dit…

je l'ai vu la semaine dernière à l'émission "le bateau-livre" et ce qu'il en dit m'a beaucoup plu ;-)
Comme en plus je suis une frevente lectrice de nouvelles....

Vanessa a dit…

Katell: livre cerf-volant qui partira dès que tu me l'indiques!!!

Coumarine a dit…

Il est intéressant ce commentaire du livre de nouvelles de E.E Smitt
Des nouvelles? je ne connaissais pas...

cathulu a dit…

jamais lu cet auteur,il va falloir que je me lance !Contente de te retrouver !

Katell a dit…

merci Vanessa....mais je dois lire avant "Je suis un chat" qui est arrivé à bon port :-D
Bonne journée ;-)

Vanessa a dit…

Coumarine: merci, à tenter

Cathulu: oui, tu veux qu'il parte chez toi pour un petit vol?

Katell: pour plus tard alors...