mardi 16 juin 2009

Sous les allées de tilleuls et le nez par terre

Il a fait chaud, avant que l’orage éclate. Nous étions partis en forêt. Avec les ballons (de baudruche et de plage) et l’écureuil pour le loupiot, et les sacs en toile, les gants, le couteau de poche et deux livres pour moi : « La cuisine de Robin des bois » de Lionel HIGNARD et Alain PONTOPPIDAN, illustré par Aurélie GUILLEREY et « Quelle est donc cette fleur ? » de Dietmar AICHELE.
L’écureuil n’a pas eu de succès, je vous narrerais son histoire un autre jour… juste un indice : le scotch double face n’a pas été utilisé.


Les ballons ont fait courir les hommes pendant que sous une allée de tilleuls, je m’enivrais. J’étais partie pour faire une cueillette sauvage « hors des sentiers battus », enfin « hors de mes sentiers battus », loin des plantes que je connais. En fait, je suis revenue avec des échantillons que je connaissais bien mais l’utilisation en est différente. Dans la forêt, mon regard encore tout inexpérimenté n’a pas trouvé ce qu’il cherchait : pas de mauve, ni de bardane, ni de pulmonaire, des fougères trop développées pour en prendre les crosses. J’ai cueilli de jeunes feuilles de tilleul (de printemps), presque translucides, au niveau des rejets sur les troncs, des jeunes feuilles moins translucides au niveau du feuillage et des bractées et cymes fleuries bien sûr.
Les jeunes pousses d’ortie ont aussi été coupées à l’ongle ganté ou au couteau et une ou deux fraises des bois savourées sur place.


Lors de la promenade, des jeux de piste et des parcours sportifs détournés, et de nombreuses têtes et mandibules de lucanes cerf-volant mâle. Une quinzaine sur 100 mètres… les prédateurs ont l’air d’être nombreux : rapaces nocturnes, pies, geais, étourneaux, merles ou encore carabes ou mulots. Les mandibules restent, arme qui ne leur a servi à rien, minuscule ramage d’un cerf(volant) comme trophée de chasse : seul l’abdomen est bon à manger. D’ailleurs si vous habitez les Deux-Sèvres, l’étude sur les mandibules trouvées à même la forêt est peut-être encore d’actualité, vous pouvez vous renseigner là.
De quoi faire un petit point sur les insectivores, mammifères insectivora ou insectivores exclusifs.


*source insectivora (source qui peut donner des idées de cartes pédagogiques sur les chaines alimentaires par animal)


Encore heureux, les abeilles, bourdons étaient nombreux ainsi que les géotrupes (bousiers) d’un très beau noir de jais (bleuté) avec le ventre encore plus beau

et des gloméris qui à la moindre pression se mettent en boule.


Au retour, après une vérification d'usage dans mon "Herbier à croquer" de François COUPLAN, un gâteau de chou-fleur nous attendait accompagné par un nituké de pousses d’épinards aux feuilles d’ortie :



Gâteau de chou-fleur :
1 beau chou-fleur
200g de fromage blanc
100g Conté ou emmental râpé
3 œufs
Noix de muscade
Persil
Sel, poivre
Mélange digestibilité/blancheur du chou-fleur : 1 cuillérée à café de farine, 1 cuillérée à café de sucre, un soupçon d’huile d’olive, 1 soupçon de jus de citron


Rincez le chou-fleur, séparé en bouquet, à l’eau vinaigrée. Pendant ce temps là portez à ébullition de l’eau en quantité suffisante pour mettre toutes les florettes (petits arbres blancs). A ébullition, mettez le chou-fleur jusqu’à la reprise de l’ébullition. Rincez rapidement à l’eau froide. Changez l’eau de cuisson du chou-fleur et incorporez-y le mélange digestibilité/blancheur puis le chou-fleur et attendez une cuisson « al dente », limite moelleuse.
Préchauffez le four à 200°C. Egouttez et écrasez les florettes à la fourchette dans une grande jarre. Rajoutez le fromage râpé, le persil, la noix de muscade, le sel et le poivre. Dans un grand bol fouettez les œufs et mélangez au fromage blanc. Incorporez ce mélange au chou-fleur. Répartissez la base dans un moule à manquer beurré ou antiadhésif et enfournez entre 30 minutes et 45 minutes, le dessus doit avoir pris une belle couleur brune.

J’ai redécouvert le terme nituké dans un billet de monotarcie. J’étais alors persuadée qu’il faisait référence à cette conception de la cueillette sauvage, cette glane des prairies, surtout en revoyant le terme dans un livre de François COUPLAN et pourtant.
Pourtant oui il s’agit d’un terme de cuisson japonaise, utilisée dans la cuisine macrobiotique. Cela me rappelle que je vous devais depuis longtemps les autres types de cuisson macrobiotes après la salade ébouillantée. Le nituké est une cuisson sautée de légumes. De l’huile d’olive ou de sésame (encore mieux) en sautant les légumes aux odeurs fortes avant les autres, en remuant et rajoutant ½ tasse d’eau si besoin pour l’attendrissement. La cuisson permet aux légumes (et herbes) de perdre leur eau… et peut garder toute la fraicheur du produit.

Des orties juste dorées mais oui, cela me change de ma recette de pâte maison très rustique par manque d’astuce, de tactique et peut-être d’une nouvelle recette plus légère.

Nituké de pousses d’épinards et d’orties :
Une belle brassée d’orties
Une belle brassée de pousses d’épinards
1 échalote
De l’huile d’olive


Dans une poêle chaude, faites suer l’échalote émincée. Rajoutez la brassée d’herbes et mélangez bien tout en conservant des herbes qui se tiennent (une cuisson extrêmement rapide).

lundi 8 juin 2009

Cela coule entre les mains

Si je m’étais arrêtée au feuillet « La diable au corps », je pense que j’aurais été un peu frileuse à la lecture. Ce désir adulte pour le corps enfantin est un sujet un peu scabreux, qui peut, quelque fois volontairement, d’autres fois par frilosité des lecteurs, être une obscénité. Mais cette lecture "Les mains nues" de Simonetta GREGGIO m'a offerte une vision beaucoup plus subtile.

Il est bien question d’Emma, 47 ans, dans les bras de laquelle un jeune homme de moins de 15 ans se love. Mais justement ce ne fut pas ce désir le thème principal. Heureusement, j’aurais sûrement été déçue sachant que mon maître en la matière est bien Francis GARNUNG dans sa « Pomme rouge ». Ce qui semble être la ligne directrice est bien ce rapport à la vie, à nos choix et cette désolidarisation au monde. Elle a tenté de se trouver dans cette nature, en cherchant son authenticité, accompagnée uniquement de deux êtres proches, son vieux patron, reclus, solitaire et sage, et cette amie silencieuse venue se perdre en campagne et au travail de la terre.
En fait, pas de désolidarisation mais une entraide ciblée. Emma est vétérinaire de campagne et ne ménage pas sa peine de jour comme de nuit. Ce sont les êtres humains qu’elle laisse aux bords de son intimité. Les hommes mais aussi les convenances.
La venue de Gio, ce jeune adolescent, lui permet de se confronter à nouveau au monde, à la jeunesse, sa jeunesse et les choix de vie. Bien sûr il y a de la sensualité entre ses lignes, énormément, moins physique ou sexuelle (jamais un acte « pédophile » n’est explicité) que naturelle, une femme éprise de vie, en proie à la vie et à la mort.
Une sagesse s’infiltre entre les pages, sagesse d’un métier tout d’abord. « […]- non pas la connaissance elle-même, mais la mise en perspective de cette connaissance. Il m’a appris à me méfier de ce qu’on croit acquis, à remettre en jeu chaque fois mes certitudes. [..] J’ai compris à travers lui que tout change, que tout évolue. Il suffit d’attendre.
La base de notre travail tenait selon lui en quatre points : Savoir, Faire, Savoir faire et Faire savoir. »

*source vétérinaire en milieu rural : Hélène dans Nice-Matin

Sagesse de vie aussi, la vieillesse comme allant de soi, pas encensée mais juste étape de vie, « Etre jeune à nouveau ? Pour quoi faire ? ». Un retour aussi aux sens. Au toucher : Emma ne mets pas de gants, elle touche, enfourne ses mains sans bague, ressens ainsi le sang, les humeurs, la vie. A l’ouïe en prenant acte des bruits de la nature : du lever, du coucher, des bruits émis de douleur. La vie humaine est revenue dans un schéma plus saisonnier. La douleur animale, psychologique et la mort sont aussi très présents dans ce livre. Le manque des êtres chers, les moments de partages filiaux où la mort n’est pas si loin. Cette rumeur, cette accusation et ce jugement sont des étapes, des moments douloureux qui reprennent une place dans les choix de vie. Est-ce bon de vouloir « mourir au premier signe de déclin », de ne pas attendre la mort, de la choisir ?
Nous aurions pu aussi avoir la propagation de la rumeur ou une remise en perspective du passage à l’acte. Cela aurait pu n’être qu’une femme éprise d’un adolescent. Justement ce livre est pudique. La tourmente est là, le passé non cicatrisé aussi mais il n’y a aucune « banalité du mal ». Le tabou sexuel est repris ici avec la lecture d’un choix de vie féminin, sans entrave oui, mais aussi loin de toutes nos attaches conventionnelles ou normes de consommation et de quotidien. C’est peut-être là le plus grand vice du livre… une superbe approche du retour à la campagne (euh non) à la vie !

Lily vous propose sa lecture et des points marquants sur les mains, la mère absente, Malice remet une couche là. Katell nous livre cet amour sans âge. Ce livre a été lu dans le cadre du prix Landerneau 2009. Les avis des autres bloggeurs participants: Le bibliomane (plus tard), Caro(line), Fashion, Papillon, Michel, Cathulu, Anne, Liza (plus tard), Lou, Sylire


Clarabel pour le prix de la révélation ici , Emma là

mardi 2 juin 2009

Quand les films m'entrainent...

Parce que je sais que vous ne venez pas pour mes billets musicaux... trop sporadiques, trop subjectifs sans être argumentés. Parce qu'aussi d'autre blog en parle si bien (même si je ne suis pas toujours Cécile si indiepoprock et en avance sur moi). Parce que ma culture musicale est assez limitée... trop! Je voulais savoir, vous qui venez d'arriver, pour la première fois, occassionnellement, régulièrement, tous les jours (là, je ne vous crois plus!), quelles sont vos attentes, vos lectures sur ce blog qui est mien et pourtant ouvert à tous, de partages, d'échanges, d'envies... le sondage est sur la colonne de droite...

En attendant, parce que oui, je n'écoute pas que de la chanson française à texte... The Clash "London calling". Toutes ces références musicales venues des bandes originales de film bien sur! Ici le superbe "Billy Elliot" ... avec un extrait très sociologique...

Billy Elliot - London Calling
envoyé par Consommateur_74537. - Regardez des web séries et des films.

vendredi 29 mai 2009

Le souffle, un jeu, un apprentissage, une connaissance

Nos jeux autour du souffle ne nous étaient pas apparus comme étant un apprentissage. Faire la différence entre le nez et la bouche oui, apprendre à se moucher.
En suivant ici ou là les blogs et les apprentissages des enfants Montessoriens ou autistes (entre autres), j’ai découvert qu’il était en fait un vrai défi, du langage par exemple.
Alors les jeux spontanés ont été suivis par des répétitions dans les activités et d’autres variations.

Dès ces 1 an, notre loupiot soufflait dans son harmonica et le laissait pour faire résonner ces œufs maracas. C’était important pour nous : lui donner cette sensation de produire lui-même un son avant même l’élocution de mots complets et l’aider dans sa découverte sonore et interactive de la musique.
Après, la vie a fait le reste : souffler sur la bougie d’anniversaire, souffler sur les plumes perdues par les canards (j’ai du mal avec celles des pigeons que je soupçonne de toutes les malformations dégénératives et d’insalubrité publique : germes de plein de maladies), souffler sur les moulins à vent en plastique…
Et il est bien question de tous ces supports ludiques pour le langage, pour se servir du voile du palais important pour la prononciation, la respiration, la mastication etc… Des exercices sont proposés pour rééduquer, palier à certains handicaps, ou tout simplement permettre une meilleure connaissance de notre capacité au souffle, certains sont dans « Orthophonie et oralité, La sphère oro-facial de l’enfant troubles et thérapeutiques » de Catherine THIBAULT (dont certains extraits ici), d’autres sont proposés par matériel ludique interposés, souffle et respiration, motricité bucco-maxillaire. Encore plus, la Méthode PADOVAN l'utilise avec le système manducateur pour les troubles neurologiques (du langage, autisme, handicap) : "Cette méthode est basée sur l'idée que notre système nerveux conserve sa plasticité jusqu'à la fin de notre existence, et que grâce à cette neuroplasticité, des « apprentissages » sont toujours possibles. "

En cherchant à distinguer la durée, l’orientation, la force, les jeux autour du souffle sont de tous les instants et nous en profitons, du spontané et du raisonné :
Un souffle léger et mobile pour faire rouler un coton ou un pompon… Regardez donc la course des pompons de Kikilo et les exercices de musculation de la langue
Un souffle léger ou fort sur une bougie (pour la faire vaciller ou l’éteindre), flûte ou flip flap ball de Kikilo
Un souffle continu, discontinu, fort ou faible dans la paille (pour évacuer le papier autour ou faire des bulles dans l’eau)
Un souffle dirigé pour faire des bulles de savons : pas cracher ni souffler fort mais bien souffler doucement en continu, tenu et poussé en dernier élan pour faire les très grosses bulles
Un souffle chaud : pour faire de la buée sur les vitres ou pour réchauffer les mains (ou les pieds)

Le souffle apporterait aussi dans sa maitrise : sa chaleur pour des notes de musique mais aussi, et surtout, dans une maîtrise de la respiration, en passant par une bonne posture (le chant aidant).
Ainsi nous pourrions retrouver nos sensations corporelles perdues : la « boule de souffle » passée du ventre au cou en apprenant la position debout et retrouver la bonne position de cette boule, celle qui devrait être la sienne (onglet souffle). Un travail respiratoire, comme toucher intérieur à la Qi Gong, serait une des meilleurs manières pour se recentrer, trouver le Qi, la force vitale. Alors comme pour notre loupiot, je joue et m’exerce, moi aussi, avec des pratiques un peu différentes cependant : une respiration plus abdominale, en ballon aussi à la MASUNAGA et tentant de neutraliser mon masque pour retrouver mon ochitsuki (équilibre).

jeudi 28 mai 2009

Deux fois oui!

Oui, encore oui, Debout sur le zinc: "2xoui"... de quoi me mettre de bonne humeur dès le matin. Avec les paroles, cette chanson est plus triste, sans elle me laisse divaguer à mon aise.

mercredi 27 mai 2009

Autour des fleurs de robinier

Allez, un petit tour chez mon petit frère (qui me dépasse d’une tête) pour prendre des forces et se réconforter, un passage par le bois d’à côté pour la récolte, puis zhou pour des beignets d’acacia. Bon oui d’accord, d’acacia, d’acacia, des beignets de robinier bien sûr !
Alors par les chemins, en prenant garde aux orties (qu’il faudra revenir chercher pour d’autres recettes) et aux chardons, nous avons cueillis les belles grappes blanches odorantes.



Puis nous nous sommes arrêtés pour regarder le suc jaune sortant des tiges et des feuilles de la chélidoine aux boutons d’or que je mettais enfant sur mes verrues.




*source chélidoine (lien avec son nom en toutes les langues)

Et parce que, pas assez attentive et que aoutch j’ai touchée les orties, je me suis précipitée pour frotter ma main de plantain (au moins c’est sympa il ne faut pas chercher le plantain très loin, juste à côté de la piqueuse).


*source plantain

Après, secouage léger des grappes ou tout petit jet d’eau (qui les abime) et confection de la pâte à beignet. Prenez donc la recette de Lilo de Cuisine Campagne, elle est tout simplement parfaite, en plus les explications et l’historique de la plante valent le coup. Nous, parce que toutes les grappes n’étaient pas aussi fraiches (une grappe de fleurs fraiches est celle qui reste intacte quand elle est secouée, les fleurs se tiennent à la tige), nous avons cueillis fleurs par fleurs pour les insérer à la pâte.

Beignets de fleurs d’acacia, de fleurs de robinier (à suivre chez Lilo ici):
180g de farine
1 œuf
50g de sucre en poudre
100 ml de lait
150ml de bière blonde
1 sachet de sucre vanillé
1 pincée de sel


A déguster chauds avec du sucre glace en facutltatif. Miam ce petit goût végétal avec une infime parcelle de miel d'acacia.

Et là, c’est vrai que nous avons pu découvrir les hôtes du robinier et compter le nombre d’ocelles et de fausses pattes… et bien oui, les chenilles ont suivi les grappes jusque dans la maison : alors vraie chenille de lépidoptère (papillons) ou fausse chenille d’hyménoptère (guêpes, frelons, bourdons ou abeilles) ? Alors plusieurs ocelles (stemmates ou yeux) de chaque côté de la tête et un maximum de 10 fausses pattes… une vraie, un seul ocelle par côté et de 12 à 18 pattes… une fausse.



*source tête de chenille (lien à lire pour connaître leur morphologie, leur alimentation, leur défense)


Déjà une vraie chenille, magnifique à houppette, colorée et poilue. Une chenille d’Orgya antiqua, chenille de l’étoilée ou orgye, très caractéristique. Comme je le soupçonnais, elle est trop belle avec ses poils et ses plumeaux (enfin ses soies et ses pinceaux) pour être toute douce et inoffensive. Alors petite chenille urticante, c’est sur la grappe et la feuille de châtaigner que tu as été transportée dehors (pas tout à fait à côté des arbres caduques mais bon elle en aime d’autres).
Cette chenille du Bombyx étoilé deviendra mâle, un sort plus envieux que celui de la femelle qui ne volera jamais. A moins que cela soit une chenille d’Orgya thyellina dans ce cas là pas de destin si pitoyable.


Et puis une autre, fausse ou vraie, indéterminée par précipitation et méconnaissance lors de la rencontre, beaucoup plus petite, non poilue et mince… remise elle-aussi dans la nature.