lundi 12 octobre 2009

Une tulipe comme offrande de la mort

J’aime ces livres « pour enfants » qui parlent de thème fort et offrent une autre perspective, un regard si ce n’est neuf tout du moins poétique et stimulant. La mort est un sujet qui m’interpelle et que j’aime retrouver.
Quand j’avais parlé du « Kimono blanc » et de « La visite de la petite mort », je savais déjà que le livre dont j’ai envie de vous parler était une merveille.


« Le canard, la mort et la tulipe » de Wolf ERLBRUCH est de ces livres qui vous poussent à suivre un auteur. Envoutant !


Il est question de ce canard qui un jour découvre que la mort le suit. Mais depuis quand ? Est-ce son tour de mourir ? La mort apparait comme un personnage squelettique mais pas désagréable. Le canard et la mort deviennent amis, ils se baignent ensemble ou grimpent à l’arbre. Ils sont l’un pour l’autre attentifs, à la surprise de cette mort peu habituée à être réchauffée.



J’aime beaucoup cet album pour cette vision de la mort, pas glauque, pas mièvre, un peu taquine, qui remet les choses en place : elle sait parler de l’acte de mourir « Elle parlait si facilement du sujet » et rappelle les lois de la vie. C’est la vie qui se charge des accidents, la mort, elle, annonce juste le déclic. Aux questions du canard, elle ne répond presque pas par des mots, lui laisse ses illusions, paradis, enfer, solitude. Oui bien-sur l’étang sera seul ou plutôt ils n’existeront plus l’un pour l’autre. En fait, son attitude moqueuse en dit plus.
Le graphisme est magnifique, ERLBRUCH donne vie à sa mort : un crâne, presque mutique si ce n’était la ligne du sourire et du contentement. Mais est-ce que la mort peut parcourir autant de temps avec chaque préposé. Pas si sûr, elle est presque triste quand le moment est venu. Le canard par son attitude corporelle marque nos différentes appréhensions de l’acte de mourir : un étonnement, un dégoût ou une réticence, une reconnaissance, un partage, un laisser-aller.


Cette histoire amène le sujet, délicat mais si fondateur d’une sagesse de vie : celle d’appréhender la mort comme une autre forme de vie, comme toujours là comme notre ombre, avec son présent: une tulipe. Sylvie nous offrait une très belle approche de cet apprivoisement là .

4 commentaires:

colibri a dit…

J'aime beaucoup cette approche de l'idée que la mort est une forme de vie. Finalement, on n'est jamais mort que lorsque plus personne n'est là pour se rappeler notre existence... C'est pourquoi on devrait toujours cultiver notre mémoire dans ce sens pour que jamais ceux qui ont partagé un moment de notre vie ne disparaissent dans la nuit des temps... Il y a un moment pour tout, passé celui de l'innocence, vient celui des confidences, puis, au soir de notre âge, celui du souvenir... Celui-là, j'aimerais bien pouvoir le cueillir du bout de sa tige, sans regrets, avec le même amour pour les êtres que j'ai aimés, avec ou sans eux à mes côtés...

mirontaine a dit…

...ça me rappelle ma leçon de méditation vipassana où l'on nous rappelle que tout est cyclique dans la pensée bouddhiste et qu'il ne faut pas avoir peur de la mort ni chercher absolument l'anesthésie complète des douleurs par exemple...Tu as lu Le livre tibétain de la vie et de la mort de Sogyal Rimpoché ?
Cet album semble très judicieux et poétique.

sylvie a dit…

Quel beau billet Vanessa, pour un livre touchant sur un sujet qui fait peur souvent. Je suis très sincèrement heureuse de me retrouver à l'initiative de ce choix de lecture pas si évident:)

Vanessa a dit…

Colibri: j'aimerais aussi le cueillir tout doucement, en attendant je tente d'accompagner mes réflexions, de les partager avec des supports pour aider à s'en forger... pourquoi pas.

Mirontaine: mais non je ne l'ai pas lu. Un ami m'en avait parlé mais c'était encore trop... tôt! Je le renote.

Sylvie: quel plaisir de m'être jetée desssus en librairie, merci encore!