samedi 18 février 2017

Sindbad (portefaix, marin ou terrien), Alladin et autres aventuriers des mers

Une porte ouverte, ici une exposition à aller voir, et nous voici découvrant plus avant le monde arabo-musulman au IXème siècle.


Bien-sûr nous avons démarré par une lecture, ici "Les aventures de Sindbad le marin". Je le connaissais vaguement pour son apparition dans les contes offerts à l'aube par Shéhérazade dans "Les Mille et une nuits". Ce recueil est constitué de 3 séries de 160 à 200 contes: des histoires d'origine indienne et persane, pleines de magie et de métamorphose, puis des récits s'inspirant de la vie quotidienne à Bagdad et à Bassora sous le règne du calife Haroun al-rachid et enfin des histoires égyptiennes du XXIème siècle marquées par la magie et le surnaturel et délivrant une vision de la vie au Caire.
Mais Sindbad est l’œuvre d'un marchand, une histoire plus longue que celle reprise et modifiée des Mille et une nuits, nous avons ainsi lu la traduction de René R.KHAWAM, la version originale (présente aux éditions Libretto). Pfiou, ce fut effectivement long à cause d'un style très ampoulé, d'un appel à la religion incessant, le Dieu très haut, mais aussi des redites ramenant cette lenteur, d'île en île etc... Les sept voyages ont tout de même apporté leur lot d'aventures.

Ce navigateur fictif est un des symboles des navigateurs omanais au IXème siècle. Son récit mêle vraie géographie, richesses des lieux et mythologie d'un bestiaire de l'inconnu.
Pour reprendre ce conte avec ce qu'il faut de chaleur, nous avons écouté Jihad DARWICHE, connu pour "Sagesses et malices de Nasreddine, le fou qui était sage". Sa version des "Mille et une nuits: Hassan Al Basri et Sindbad le marin" est un délice d'intonations et de merveilles. Cela nous a permis, aussi, de découvrir Hindbad le portefaix (de la version de R.KHAWAN) sous un autre jour et un autre nom, Sindbad le portefaix, qui n'est autre que Hassan Al Basri devenu Sindbad le terrien et revenu à la pauvreté.

*illustration de Joan Negrescolor

En prenant la carte contenue dans notre édition Casterman de Sindbad version originale (dont je vous parlais plus haut), nous avons suivi les pas du navigateur.
Nous avons déambulé autour de l'Océan Indien, dans la Mer d'Arabie, le Golfe du Bengale, la Mer de Chine... en sillonnant la vallée de Ferghana (Ouzbékistan, Tadjikistan, Kirghizistan), la Mongolie et la province du Xinjiang (Chine)... accostant sur l'île de Socotra à côté du Yémen, le cap Comorin au sud de l'Inde, Serendip (Sri lanka), la vallée des diamants à Masilupatam sur la côté est de l'Inde, l’île des singes à Sumatra, Java, Bornéo, Chine, Formose (Taïwan), le Japon.


Vous trouverez aussi ici des fiches pédagogiques sur une autre version de Sindbad le marin. Et puis Sindbad a été inventé mais ne serait-il pas l'image fabulée d'un autre vrai navigateur?

Voir ici des fouilles archéologiques en Indonésie là où nous ne pensions pas que les musulmans étaient arrivés à cette époque.


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Pour prolonger la découverte de la vie dans ce monde arabo-musulman sous le califat de Haroun Al Rachid, nous avons profité pour découvrir l’original d'un autre conte décrit dans "Les Mille et une nuits": "Sur les traces d'Alladin" adapté par Thierry APRILE et illustré par François PLACE.


Fabuleux livre qui redonne une texture au conte édulcoré par Walt Disney. Premier choc, Aladdin est bien musulman mais il vit en Chine, dans la région au nord de l'Indus. Et puis il n'est pas orphelin, ne séduit pas sa belle avec un tapis volant (d'ailleurs il lui fait plutôt peur lors de cette envolée de literie) et n'est pas réduit à trois vœux. Je vous laisse découvrir cette version des mille et une nuits.

Puis bien-sûr entre chaque chapitre une double page documentaire, pas trop lourde et marquant l'essentiel.
Le monde arabo-musulman, les femmes, la science de l'irrigation, l'architecture, la religion, souk et ville... Ce qui est troublant est bien cette civilisation arabo-musulmane, associée aussi à Aladdin, même dans une partie de l'actuelle Chine.


Puis nous avons repris "Le Grand livre des sciences et inventions arabes" dont je vous parlais ici pour Bagdad la magnifique.


Pour vous faire une idée de Bagdad, c'est ici:


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L'exposition "Aventuriers des mers, de Sindbad à Marco Polo", proposée par l'Institut du monde arabe, remet en contexte ces voyages. Véritables routes des épices et des richesses, elles dépendent de la connaissance du moment.
Certains navigateurs prenaient vie par jeux d'acteurs avec leur carte de route en dessous:  Ibn Jubayr pour aller à La Mecque, Sindbad le Marin (récit de voyage imaginaire et fantastique), Ibn Majid partant avec Vasco de Gama, Ibn Battûtâ, Zheng He eunuque chinois musulman parti en navigation pour le prince de Yan et enfin Marco Polo .

En partant de Bagdad, les cartes sont centrées sur elle. L'Europe n'existe pas encore à leur connaissance, juste l'Océan indien; une partie de la Mer de Chine et le tout début de la Mer méditerranéenne.


La carte des empires, au fur et à mesure du temps, était extrêmement intéressante, malheureusement je ne l'ai pas retrouvée par la suite en document à acheter. Les relations commerciales, les confrontations... à retrouver.

Pour vous faire une idée de l'expo avant qu'elle ne ferme FIN FEVRIER 2017, lisez donc ici  ou admirer les dessins .

Je m'attendais à revenir avec une version de Sindbad le marin à rougir de plaisir et puis non... pas d'illustrations de Léon CARRE (le serpent, 3ème voyage), ni de Gustave DORE (le puits des morts, 4ème voyage), ni d'Arthur RACKHAM (Sindbad grimaçant sous le vieillard de la mer, 5ème voyage), ni d'Henry Justice FORD (le cimetière des éléphants, 6ème voyage), ni d'Edmond DULAC (Sindbad traversant la rivière avec le vieillard de la mer, 5ème voyage), ni d'Anton PIECK (Sindbad attaqué par le poisson géant, ), ni d'Alain LE FOLL (les poissons dragon même si le livre était présent, 1er voyage), ni de René BULL (le vieillard de la mer sous le pommier et sur Sindbad, 5ème voyage), ni d'Arnaud ANSALDI, ni de William STRANG (le roi de Serendip, Sri Lanka, 6ème voyage)




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Mais nous sommes revenus avec un Rukhkh (l'oiseau Rokh). De quoi apercevoir une autre vision de ce volatile géant. Cet oiseau mythologique revient dans de nombreux contes perses par exemple et dans Sindbad le marin, Hassan Al Basri et Aladdin.


C'est d'autant plus intéressant que cette invention pourrait venir d'un volatile existant ou ayant existé. Le Rokh pourrait être un ratite géant de Madagascar, le Aepyornis, une sorte d'autruche, ou un Stephanoaetus mahery disparu, plus proche d'un aigle géant.
De quoi me rappeler de terminer mes cartes de nomenclatures sur le monde vivant.

Et juste de quoi sourire devant l'oeuf du gros poulet, version de Sindbad le marin et version Aladdin, c'est ici.
 

2 commentaires:

Zelie a dit…

Je ne commente presque plus mais vraiment je dois vous remercier pour la grande qualité de vos posts. C'est délicieux de découvrir tous ces ouvrages. Merci beaucoup :)

Vanessa V a dit…

Zelie: merci infiniment d'avoir pris le temps d'écrire ce commentaire, il me va droit au coeur.