lundi 5 septembre 2011

Il n'est pas parti pendant un orage... la mort pour un enfant

Il était malade, nous le savions.
Cela faisait quelques temps que son départ était annoncé, pour dans quelques années, 1 an, quelques mois. Il me disait qu'il tenait pour sa famille, qu'il voulait tout faire pour eux, être le meilleur père, grand-père. Je lui espérais de partir dans un orage, apaisé. L'orage ne fut pas au rendez-vous, l'apaisement je crois que si. Il était entouré de ses proches.

Ce fut la seconde mort annoncée au lutin, à part le chat dont il n'a pas de souvenir.
L'année dernière, une toute petite, sa presque cousine, partie si tôt. Nous venions tout juste de lui choisir ensemble un doudou qui l'a accompagnée jusqu'à son nouvel ailleurs.
J'avais expliqué le plus possible. La cause, le devenir du corps, la douleur de ceux qui restent. J'avais expliqué la tristesse parentale d'un enfant qui ne grandira pas.

Et puis voilà une autre mort, pas la même, la mort d'après une vie. Son grand-père. Le petit d'homme le connaissait depuis sa naissance. Alors oui la mort comme un départ "- Il n'est pas parti maman, il est mort et ne reviendra pas!". Oui, nous ne le reverrons pas. D'ailleurs ne pas lui dire au revoir l'a marqué, un cercueil, une boite fermée et pas son grand-père, son corps.
Et puis les questions étaient très directes: "- Mamie, qu'as-tu choisi: qu'il devienne flamme ou os?" Bah oui, il fallait si attendre. Fan de biologie, le corps humain, les os de dinosaures, les fossiles... et puis ce discours sur la première petite disparue. Ce choix du décédé ou de la famille.
Les questions ont fusées, franches, sans ambages. Elles ont aussi choquées, parce que certains adultes ne pensaient pas parler à un chenapan de moins de 5 ans dans ces termes... et aussi sans tristesse. Parce que oui, il n'était pas si triste que ça. Sa vie au présent, sans beaucoup de passé, ne laisse pas encore la place à ce sentiment.

Cela fait plus d'un an que nous parlons de la mort au même titre que de la vie. La mort des dinosaures, des animaux, des insectes, c'était facile. La mort aussi comme fin de vie. Le propos n'a jamais été triste et je n'ai jamais eu l'impression d'avoir commencé à en parler trop tôt. La vie nous a malheureusement donné l'occasion d'en reparler, pour de vrai.
J'avais besoin de lui signaler cet aspect de la vie, la fin. La douleur des parents de la petite, parce que je voulais en parler vrai. La volonté était de ne pas cacher, de ne pas en faire un secret de famille, d'adultes, voire un discours tabou ou pire une honte pour les parents. Je voulais qu'il comprenne que nous pouvions être tristes, qu'il y avait des raisons.
Nous avions parlé des différentes morts. L'accident, la maladie, la fin de vie... depuis cette semaine il nous a demandé ce qu'était un meurtre et un suicide. Là j'ai été un peu déboussolée, je n'avais pas l'intention d'aller si loin, d'aller vers les failles de l'homme. Mais c'est bien, ses questions marquaient une envie de comprendre.

Alors oui la mort comme un sujet de vie, la mort au cœur des histoires lues. J'en ai lues quelques unes, au même titre que d'autres histoires et pas forcément à des fins utiles. Il n'empêche en fonction de ses demandes, de son vécu, nous en reprendrons peut-être une ou deux. J'aime par-dessus tout créer la réflexion par les lectures. Souvent, à travers l'histoire, la poésie, la philosophie de vie que proposent certains auteurs ou illustrateurs jeunesse fabuleux, il se positionne, interroge, reprend le fil d'une émotion de la journée qu'il n'avait pas réussi à nommer.
La mort comme une destinée avec ces insectes qui ne vivent qu'un jour, "L'éphémère" de Stéphane SENEGAS, la mort comme une chose qui nous attend, prend son temps mais qui est aussi une rencontre "La visite de la petite mort" de Kitty CROWTHER ou "Le canard, la mort et la tulipe" de Wolf ERLBRUCH. La mort comme une usure du corps, "Le kimono blanc" de Dominique KOPP, illustré par Pierre MORNET, presque libératrice "Trois jours en plus" de Rémi COURGEON. La mort comme une ombre mais aussi une pensée qui accompagne avec chaleur, "Ma petite sœur étoile" de Alain MABANCKOU et illustré Judith GUEYFIER. La mort aussi dans sa trivialité, sa brutalité, avec "Petit lapin Hoplà" de Elzbieta et "Petit lapin stupide" de Edward VAN DE VENDEL et illustré par Gerda DENDOOVEN. Nous avions aussi repris le sens de la vie avec "Öko, un thé en hiver" de Mélanie RUTTEN.


Il n'y a pas eu beaucoup de discours. J'en ai parlé et l'ai laissé "digérer" l'information. Son ressenti je ne le connais pas encore bien, il semblait serein et juste déstabilisé par l'attitude des survivants. Il était même détaché : "-Mamie est triste - Alors il faut que papa aille vivre avec elle pour qu'elle ne reste pas seule!" tout en restant un enfant sans conscience de la pérennité ou permanence de la chose: "- Papa a perdu son papa mais il y en aura un autre de remplacement". Je reprendrais aussi peut-être quelques autres livres, plus directs, plus documentaires si des questions précises arrivent et que je reste un peu interdite, j'en reparlerais.
"Le petit livre de la mort et de la vie" de Delphine SAULIERE et Rémi SAILLARD aide entre autre à poser des repères sur ce qui se fait dans différentes confessions religieuses: Que fait-on du corps? Où va-t-on quand on est mort? et aussi des images de cette absence.

"Quand je ne serais plus là?" d'Anette BLEY offre lui ce qui fait de la mort aussi un accompagnement des vivants: ces partages,
ces moments, cette relation d'avant, qui porte la vie des survivants. Magnifique petit livre qui permet aussi de voir derrière les conventions les sentiments des enfants, leurs émotions et pourquoi pas leurs réactions à des normes qu'ils ne comprennent pas.

"La vie, c'est quoi?" d'Oscar BRENIFIER et illustré par Jérôme RUILLIER feuilleté sur juste une page pour ce côté de la mort, de l'ennui etc...

Une semaineest passée, l'orage a eu lieu juste à la fin de chivéâ (shiva). Le ressenti du lutin est encore impalpable, celle de son papa si. Le respect, le soutien, l'accompagnement et beaucoup d'amour se doivent d'être au rendez-vous.

12 commentaires:

Lady Jo a dit…

très important de parler de l'après vie aux enfants !
c'est très bien expliqué , merci pour eux !

amitié

Vanessa a dit…

Lady Jo: merci

Francine a dit…

Magnifique billet, chère Vanessa, une fois encore tout en nuances et en sensibilité. En pensée avec vous 3.

Marie a dit…

très joli post, et je partage tout ce que tu dis : ca choque souvent, mais je pense qu'il est primordial de parler et de "montrer" la mort dès qu'ils sont tout petits, parce que c'est naturel, et que c'est partie intégrante de la vie. Sans mort, pas de vie.
"Montrer" évidemment, ce n'est pas montrer les corps, chacun son expérience perso, moi j'en ai été traumatisé, par le côté "factice" (et j'étais ado...)

Nous sommes en ce moment dans les questions "Maman tu meurs quand ?" "maman tu mourras avant papa parce que tu es + vieille"
... bp de parents refusent d'entendre cela, et c'est très destabilisant pour l'enfant.

merci pour ces idées de lectures, et bon courage à vous pour ces jours difficiles.
(et pour la varicelle en prime !)

Capsicum a dit…

La mort expliquée à ... et digérée par ... un enfant de cet âge est particulièrement intéressant.

Tu peux être fière de la façon dont tu prépares ton Loulou à la vie. :)

Courage et Merci

Abeille papillon a dit…

Un billet beau et vrai!
Le "parler vrai" me paraît important. L'approche de la mort par le biais des albums est nécessaire car elle permet comme tu le dis si bien de mettre des mots simples sur des sentiments compliqués.

Je pense fort à vous trois.

Lily a dit…

Très très beau billet, chère Vanessa.
Je pense à vous bien fort

Daisy a dit…

je suis touchée... merci de ce partage! merci pour ces liens de livre!

Vanessa a dit…

Francine: je le sentais depuis quelques semaines, l'orage, l'orage. Merci

Marie: oui la fin de vie des parents, et puis "quand tu seras morte tu te rappelleras de moi"...
Pour ce qui est du corps, moi j'ai vu un de mes grand-pères, je l'ai touché, les autres je n'ai pas eu le droit, c'est comme si je ne leur avais pas dit au revoir...

Capsicum: merci

Vanessa a dit…

Abeille papillon: merci et oui il y a en plus de très belles propositions de lectures sur la mort, tellement différentes, qu'il ne faut pas se priver, si je puis dire.

Lily: merci

Daisy: de rien

Lyjazz a dit…

Ici aussi la mort a touché près. Et mes enfants ont été associés à cet aspect de la vie. Cette fois c'est la maman d'un de leurs copains et ils se sont projetés.
J'ai pu aussi observer :
- que leur force de vie les fait repartir bien vite dans leurs activités
- qu'ils font confiance à leur intuition (je le savais m'a dit mon grand quand j'ai annoncé la nouvelle)
- qu'ils savent se protéger et dire quand ils n'ont pas envie de voir, savoir, compatir encore

Vanessa a dit…

Lyjazz: c'est vrai qu'ils savent assez bien se protéger... la douleur de sa grand-mère a été un des axes d'attention et de distanciation du lutin.
Très bien vu! Et oui la mort aussi dans la vie. Je suis tout de même contente de ne lui faire subir pour l'instant que les morts indépendantes des cruautés humaines.