vendredi 26 septembre 2008

Loin du crancre, à une autre fenêtre: Totto-chan

Il y a toujours des moments où le hasard n’en est pas un. Je suis de plus en plus attentive à l’éducation, aux pédagogies. Par prise de conscience du défi sur l’avenir qu’est le respect du potentiel humain, de l’écoute de ce qu’est déjà l’individu même en mini-format et non en mini-adulte.
Parce que l’enseignement a été une de mes envies de profession avant de voir que je ne serais ce que j’avais en tête qu’en étant parent : pas de rigidité de méthode pour tenir le programme, pas d’impression d’être supérieure ou puits de savoirs, mais juste envie de prolonger leurs curiosités naturelles, d’encadrer une découverte (animer et soutenir l’éveil) et d’ouvrir d’autres possibles.

Et voilà mon homme me ramène un livre témoignage d’une école alternative, "Totto-chan, la petite fille à la fenêtre" de Tetsuko KUROYANAGI, lui précautionneux dans les chemins alternatifs, juste au début du sentier.


*source illustration de Chihiro IWASAKI (dont certaines illustraient le livre dans sa version japonaise)

Nous suivons les souvenirs autobiographiques de la jeune Totto-chan (à prononcer Tot-to-tchan), plus connue sous son nom d’adulte, Tetsuko KUROYANAGI, femme célèbre de la télévision japonaise. Elle aurait pu devenir une méchante fille, mais, renvoyée de sa première école primaire, elle se retrouve dans l’école TOMOE de Mr Sôsaku KOBAYASHI.
Les chapitres, très courts, se suivent comme dans un journal intime, le style est décousu, quelque fois un peu trop candide mais l’enthousiasme a été au rendez-vous. Entre des anecdotes d’enfant, la pédagogie de cette école pas comme les autres, des années 1940, même vue à travers le prisme des souvenirs d’une gamine de 6 ans, est tellement fraiche, vive et différente. Oui, j’aurais aimé, après ce récit, quelques prolongements, quelques éléments pédagogiques supplémentaires. De quoi relier les actes avec une vraie prise de conscience. Le travail sur la pédagogie reste entier.

*source, un Tomoé trouvé par NukeD4

A de nombreux niveaux, cette école m’a fait rêver. Au premier lieu, une géographie différente : un portail fait de deux arbres bien vivants, une pancarte avec un symbole, le Tomoe; des salles de classe dans des wagons, une salle principale sous un hall comme vrai lieu de rassemblement, d’amusement et de partage. Puis des mesures bien acrées dans une pédagogie souple, respectueuse et proche du quotidien. Dans ce cadre scolaire, les élèves apprennent autant des cours, dont le programme nous est que peu indiqué,

* l’écriture japonaise inclut trois ensembles de caractères : les kanjis, les katakanas et les hiraganas, source de katakanas a-so adulte et enfant

que du quotidien : la cuisine, la nature, les émotions de la vie, les arts. Chacun peut donc avoir un savoir à transmettre, à son niveau.

L’approche par la rythmique est la ligne directrice de cet enseignement. Le Directeur, Mr KOBAYASHI, est un fervent enthousiaste de la pédagogie JAQUES-DALCROZE. Musicien lui-aussi, il reprend alors les exercices de ce chansonnier suisse célèbre, se les approprie et en invente d’autres pour répondre à la demande des élèves de son école. Cette partie est si passionnante qu’elle fait l’objet d’un autre billet, .

De nombreux gestes dévoilent aussi une vraie démarche pour être à l’écoute des enfants. Une mise en position dans les attitudes : il ne suffit pas de se pencher mais il faut se mettre à la hauteur des enfants, yeux dans les yeux. Une écoute attentive, respectueuse et intéressée des propos de l’enfant. Une vraie démarche de responsabilisation et d’autonomie : l’enfant peut faire des erreurs, si elles ont une raison d’être pour eux, il leur était permis de la terminer, à partir du moment où ils résolvaient eux même leur problème et réparaient les dégâts causés. Une vraie prise en compte de l’investissement des enfants dans leurs actes, même maladroits ainsi Totto-chan achète une écorce de santé (vraie duperie de marchand ambulant) pour connaître avec joie la bonne santé de tous ses amis, « facticement affichée » par la non-amertume de ce bout de bois : l’amitié prime à la désillusion de la vie. Une vraie compréhension de ce qu’est un enfant : une concentration diffuse, des vêtements pour se salir, une curiosité réelle, un être de mouvements à la géographie illimitée (besoin d’espace, de choix du lieu de concentration, besoin de bouger …). Nous prenons aussi une vraie leçon de remise en place de nos priorités : la pose des limites diffère donc des autres écoles. Une autre optique pour moi aussi. Avec un superbe exemple d’"affalage" de corps sur le sol de la salle commune, pour apprendre la musique, le rythme et non les portées, une craie à la main : ils écrivent partout sur le parquet et font le ménage consciencieusement après.
L’accueil du handicap se veut aussi comme une assimilation réelle et non une pierre d’achoppement. L’attitude en cours n’est pas figée, d’autres espace de connaissance laissent aussi le corps à sa liberté : par terre, accroupis, allongés, assis, chaque enfant choisit sa position. La nudité à la piscine est utilisée pour rendre les enfants identiques dans la communauté des enfants. Des attentions sont encore plus louables : une Fête des Sports où les exercices sont créés de telle façon que le handicap d’untel le privilégie (une confiance en soi enracinée dans la prime enfance pour surmonter les obstacles de la vie d’adulte).

La place des arts est primordiale, placée comme une expression de soi et non un exercice de cours : prise de parole à l’oral sans jugement possible (pas de présentation d’un devoir mais bien une oralité sur ses propres intérêts), poésie au quotidien, chant tous les midis. La bibliothèque est elle-aussi un espace différent : ouverte à tous, où toute lecture est bienvenue (pas de cloisonnement), où le silence n’est pas de rigueur et où le partage peut être direct.
Les balades et activités collectives sont importantes : campings, pique-niques, vacances et pèlerinages. Une manière de privilégier les rapports aux autres, les amitiés, la solidarité par l’exemple et la prise de confiance par les actes.

Sans compter que les parents de Totto-chan avaient cette ouverture d’esprit propre à laisser s’épanouir leur fille : compréhension de l’attention fluctuante d’un enfant, prise en compte de ses envies selon son investissement, sensibilité aux attitudes des enfants…
Une vraie ouverture sur une école qui met en branle tous les repères de ses consœurs au Japon (et en France) : « Ne transformez pas les enfants pour qu’ils entrent dans un moule, avait-il [Mr KOBAYASHI] précisé à son équipe d’enseignants. Laissez-les s’épanouir naturellement. Leurs rêves dépassent les limites de vos projets éducatifs. » Ou comment reprendre une des institutrices dans sa cuisine et non en salle des professeurs devant ses collègues. Ou considérer le cycle primaire comme le plus important pour les bases de l’adulte… hum j’y ai vu des soupçons de concordance avec Maria MONTESSORI, dont je parlerais plus avant.

*source Chihiro IWASAKI (je ne m’en lasse pas)

Pour en revenir au « roman », voici quelques avis, un très complet en pédagogie, entre hyperactivité, programmes et remise en cause d’un enseignement conformiste ici, les attentes d’une débutante en enseignement ou encore un "cercle des poètes disparus en primaire", un avertissement à la course à la performance ici. Puis d’autres avis ici, et .
Allez une petite illustration et un extrait , une poupée Totto-chan ici et une comparaison entre notre « Petit Prince » et leur « Totto-chan » proposée ici, deux lectures essentielles à leur niveau, où reviennent le héros, un enfant, où les adultes sont compréhensifs, où les thèmes sont aussi similaires même si l’auteur de cette comparaison en oublie encore avec des différences aussi. Cet exercice de style a une vraie valeur en ce sens qu’un livre comme celui-ci est une vraie ode à relecture, à pédagogie nouvelle…et dire qu’il y eu un film, dirigé par Kazuki OMORI, « Totto Channel »…

18 commentaires:

Albert a dit…

>>Il y a toujours des moments
>>où le hasard n’en est pas un.

sourire... et est-ce un hasard si je tombe ce soir sur ce blog ?
alors que je faisais une petite recherche sur les sites qui parlaient de nos livres, je tombe sur ce blog qui, au delà du blog d'une simple lectrice, m'apporte des pistes, des liens qui me parlent.

peut-être aurons-nous l'occasion de nous croiser lors d'un prochain salon et de parler de tout cela de vive voix.

en attendant, si vous ne l'avez pas déjà lu, je vous conseille la lecture de l'élégance du hérisson de Muriel Barbery.

les chéchés a dit…

j'aimerai tellement prendre plus de temps pour te lire, surtout en ce moment... ces illustrations, j'en avais des livres, petite, elles sont d'une douceur... merci pour ces souvenirs, je me replonge dans tes précieux billets très vite, il y a tant à apprendre dans tes pages...

Cécile a dit…

Désolée je spam un peu là...Mais je t'ai conviée à une petit jeu ma chère Vanessa : http://wordssounds.free.fr/index.php/2008/09/28/une-nouvelle-page/

A ++

rose a dit…

Merci pour cet article fort intéressant ; j'attends ton billet suivant sur l'approche musicale !

Lysalys a dit…

Très intéressant...

Vanessa a dit…

Albert: bienvenue entre mes billets. Je suis ravie de vous savoir passé par là. J'aime énormément le parti-pris de votre maison d'édition pour enfants. Je serais ravie de partager plus avant nos centres d'intérêts. Je n'ai pas encore lu ce BARBERY (en ma possession pourtant) mais sa lecture ne serait tarder.
En allant plus avant à votre rencontre, j'ai été sur le blog du collectif dont vous êtes membre... un "balayeur des cimes" serait peut-être tenté de vous rejoindre : http://iam-like-iam.blogspot.com/2007/02/le-balayeur-des-cimes-mdiatis.html

Les chéchés: (je rougis) prends tout ton temps, mes pages ne se ferment pas. Merci d'y trouver de l'intérêt.
Et dire que tu connaissais déjà Chihiro IWASAKI... veinarde!

Cécile: avec plaisir

Rose: de rien, oh va falloir que je le prépare alors... de ce pas.

Lysalys: oui, tu peux y trouver des merveilles, c'est dommage qu'il n'y ai que si peu de pages.

les chéchés a dit…

merci...

éricM a dit…

élo Vanessa,

Votre article est très bon.

Je suis en train de lire Totto-chan deTetsuko Kuroyanagi. Et j'aimerai beaucoup trouver des photos d'époque de l'École Tomoe. J'aimerai moi aussi voir ce portail d'entrée, ces wagons de train, etc.

Je recherche sur le net mais pour l'instant je n'ai pas encore trouvé. Et j'arrive sur votre blog qui date de septembre 2008.

Cordialement.

éricM.

Vanessa a dit…

EricM: bienvenue entre mes billets! C'est avec plaisir que ce billet de septembre 2008 trouve un écho. J'ai été très touchée par cette pédagogie au point de vérifier ce critère de rythme. Je n'ai malheureusement pas trouvé de photos d'époque, sinon bien sûr je les aurais évoquées... j'ai continué tout de même mes recherches en déviant un peu du côté MONTESSORI qui offre quelques points communs... du moins sur la responsabilisation de l'enfant, son autonomie, l'apprentissage par la vie et l'environnement et le respect de ce qu'il est. J'espère que si vous trouvez d'autres informations vous repasserez par là pour me l'indiquer.

lily a dit…

Passionnant ! (je vais tout de suite acheter ce livre.)
Ton billet est d'une telle richesse que je vais devoir y revenir plusieurs fois :)
Ce que je retiens à l'occasion de cette première lecture, c'est la place du corps dans cet enseignement... alala, cela me semble tout à fait essentiel et malheureusement pas du tout pratiqué en France ou alors seulement à titre individuel et à l'initiative de l'enseignant.
On ne peut pas écrire harmonieusement si le poignet est noué (Thomas fait de la calligraphie avec sa psychomotricienne), apprendre à connaître les tensions de son cors à les surmonter, savoir comment le corps réagit, comment l'assouplir. Alors oui, il faut pouvoir se vautrer par terre, ou dans n'importe quelle autre position, si elle convient...
Pour la musique et le rythme, je vais suivre ton lien, les enfants comme Matthieu y sont très sensibles. Cela me parait encore une fois une approche très intéressante.
L'idée de pouvoir se tromper et d'aller jusqu'au bout de son erreur, me paraît très judicieuse aussi (je pense que cela permet d'éviter la fameuse "Peur de l'échec", qui pour certains enfants est totalement paralysante. Oui on peut se tromper et apprendre à partir de cette erreur, ce que tu écris est primordial.
J'adore moi aussi les illustrations !!

Sağlık haberleri a dit…

Très bon site. Merci aux contributeurs....

Vanessa a dit…

Saglik haberleri: bienvenue entre mes billets! Je suis touchée.

lilou a dit…

j'arrive du monde des enfants...passionnant vraiment, merci.

Vanessa a dit…

Lilou: bienvenue entre mes billets! De rien.

Martine a dit…

Bonjour, au hasard des routes bloguesques, je suis arrivée chez vous et me régale à vous lire.Je file acheter ce livre. Merci

Vanessa a dit…

Martine: bienvenue entre mes billets!

algevis a dit…

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algevis a dit…

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