mardi 20 avril 2010

Il y avait des béliers, des chouettes, du pourpre au-dessus des têtes... et une ville bleue dans les nuages


"- Cette nuit... tu sais... ne vient pas.
- Je ne te quitterai pas.
- J'aurais l'air d'avoir mal... j'aurais un peu l'air de mourir. C'est comme ça. Ne viens pas voir ça, ce n'est pas la peine.
- Je ne te quitterai pas.
Mais il est soucieux.
- Je te dis ça... c'est à cause du serpent. Il ne faut pas qu'il te morde... Les serpents, c'est méchant. Ça peut mordre pour le plaisir...
- Je ne te quitterai pas.
Mais quelque chose le rassura:
- C'est vrai qu'ils n'ont plus de venin pour la seconde morsure...
Cette nuit-là je ne le vis pas se mettre en route. Il s'était évadé sans bruit. Quand je réussis à le rejoindre il marchait décidé, d'un pas rapide. Il me dit seulement:
- Ah! tu es là...
Et il me prit par la main. Mais il se tourmenta encore:
- Tu as eu tort. Tu auras de la peine. J'aurais l'air d'être mort et ce ne sera pas vrai...
Moi je me taisais.
- Tu comprends. C'est trop loin. Je ne peux pas emporter ce corps-là. C'est trop lourd.
Moi je me taisais.
- Mais ce sera comme une vieille écorce abandonnée: ce n'est pas triste les vieilles écorces...
Moi je me taisais.
Il se découragea un peu. Mais il fit encore un effort:
- Ce sera gentil, tu sais. Moi aussi je regarderai les étoiles. Toutes les étoiles seront des puits avec une poulie rouillée. Toutes les étoiles me verseront à boire...
Moi je me taisais.
- Ce sera tellement amusant! Tu auras cinq cents millions de grelots, j'aurais cint cents millions de fontaines...
Et il se tut aussi, parce qu'il pleurait...
- C'est là. Laisse-moi faire un pas tout seul.
Et il s'assit parce qu'il avait peur.
Il dit encore:
- Tu sais... ma fleur... j'en suis responsable! Et elle est tellement faible! Et elle est tellement naïve. Elle a quatre épines de rien du tout pour la protéger contre le monde...
Moi je m'assis parce que je ne pouvais plus me tenir debout. Il dit:
- Voilà... C'est tout...
Il hésita encore un peu, puis il se releva. Il fit un pas. Moi je ne pouvais pas bouger.
Il n'y eut rien qu'un éclair jaune près de sa cheville. Il demeura un instant immobile. Il ne cria pas. Il tomba doucement comme tombe un arbre. Çà ne fit même pas de bruit, à cause du sable."
(extrait "Le petit prince" d'Antoine SAINT-EXUPERY)


"Voici l'heure de nous en aller
moi pour mourir vous pour vivre
qui de nous a le meilleur partage"

3 commentaires:

colibri a dit…

C'est incroyable, le pouvoir du Petit Prince, de me faire venir, encore aujourd'hui, les larmes aux yeux... Je vais bien trouver à te mettre quelque chose en rapport avec lui, en dédicace sur le bandeau de mon blog ! Elle est aussi très belle, la chanson de Norah Jones...

CitronVert a dit…

Oui , tout à fait d'accord; j'ai un mug "petit prince" depuis plus de 10 ans, cadeau d'une amie qui est rentrée dans son Allemagne natale, chaque jour je veille à ne pas le casser et personne n'a le droit de l'utiliser sauf moi, c'est pas enfantin ça?

Vanessa a dit…

Colibri: merci infiniment... ce petit prince (le passage) est arrivé par hasard, accompagné par un autre petit prince http://1pageluechaquesoir.blogspot.com/2010/04/ma-soeur-etoile.html et pour aider une princesse à partir.

CitronVert: et moi, adolescente, un homme m'a fait la court en chantant BREL et en allant à pas de petit prince face à la renarde que j'étais. Ce livre me suit depuis toujours mais je n'ai que la version poche et celle BD de SFAR... (et puis en tête certains passages).
euh au fait, je vais arrêter de te parler des hommes de ma vie, non?! Allez je me reprends pour les 20 prochaines réponses à tes commentaires ou commentaires sur ton blog!