samedi 2 janvier 2010

Thé, lait et terre: tibétain et Pu'er

Nous avons pris trois jours de vacances, le petit d’homme et moi. Nous sommes partis chez une de mes amies, la plus ancienne, cela fait 15 ans que nous le sommes. Une de ces amies que je ne vois que peu (voir une fois tous les 5 ans) mais avec qui je garde une relation privilégiée, comme si nous étions encore au téléphone la veille.

Nous étions près de leur ferme, à elle et son amoureux, près d’Ancenis. Alors en revenant, j’ai bu, juste pour le plaisir de me rappeler le séjour, un thé aux allures tibétaines…


J’ai pris du lait cru et entier de leurs belles vaches, du beurre demi-sel et un thé noir comme il faut (ici un Pu’er compressé de 2006 Shu cha de « Terre de chine »).

J’ai sorti un bol de bois pour que le gras du beurre et du lait se colle à la matière. Pour que l’huile devienne elle aussi une part de l’acte de dégustation. J’ai bu en laissant déborder le liquide sur mes lèvres. Et j’aime.


Autant avec le temps, ma propension a aimé le lait s’est réduite à presque néant, autant ce lait là est savouré. Est-ce les papilles plus en éveil, cette impression aussi d’une offrande de la part de mon amie ? Ce lait d’hiver entier est délicieux. Est-ce aussi parce que maintenant je sais y lire le geste derrière le liquide blanc et opaque. Geste de la machine pour les traites de 7h et 18h, mais aussi les miens, doucement amenés près d’une vache au très bon tempérament et aux pies faciles. Est-ce aussi cette impression de découvrir de manière fugace ces foins secs, séchés par leurs soins, dans les arômes du lait ? J’ai ressorti pour l’occasion mon contenant à crème venant de suisse dont je n’ai jamais su quoi faire et pourtant si beau avec sa marmotte et son edelweiss… et les vache, veau et bœuf du lutin.


Oui, le thé ainsi n’a plus le même goût. Oui j’ai pris un très bon Pu’er pour ce côté étable, terreux. Il a sûrement été un peu malmené par le crémeux, le beurré. Mais quel plaisir au palais ! Un plaisir d’hiver, un plaisir avec le vent sur le visage, les mains froides toutes rapprochées, se réchauffant doucement au bois du bol, une chaleur plus souple, moins agressive, une chaleur plus progressive. Oui le thé n’est que derrière, presque en retour de goût mais quel plaisir d’avoir un très bon lait et un très bon thé.

Bien sûr, depuis notre retour, c’est mon petit-déjeuner ! Un thé « tibétain » et quelque fois c’est un thé noir cingalais qui accompagne le lait et le beurre…:
soit pour deux bols en bois : 1/4 litre d'eau, 1/8 litre de lait entier, 10 grammes de beurre demi-sel, 7 à 8 grammes de thé noir en brique. Faites infuser le thé dans l'eau jusqu'à frémissement, rajoutez le lait et laissez frémir 3 ou 4 minutes. En sortant du feu, incorporez le beurre et fouettez le mélange. Passez le et servez chaud!
C’est impressionnant que ce séjour sans thé m’appelle de dégustations de thé. La terre, riche et grasse, et l’air plein, presque palpable, avaient une odeur de Pu’er. L’étable au loin, quelques bouses sèches au sol (paradoxal avec l'humidité ambiante), de la pluie et de la bruine. Ce n’était pas une odeur animale mais bien de terre.
Mon Pu’er impérial 4 ans d’âge de « La route du thé » fut de sortie. L’odeur du thé est différente, en fait : plus de sellerie et d’écurie. Mais le goût me ramène à la terre, bien riche.

Des voeux pour suivre votre étoile


Une nouvelle année démarre. C’est le moment des vœux, je ne sais pas en faire, je n’ai d’ailleurs jamais su. Je rentre même dans une mini-panique : de ce que certains attendent de moi, de ce que je pourrais dire, euh, en le pensant vraiment.
Je n’ai jamais su les offrir car ils demandent une attention réelle, du moment de vie de l’autre, de ses envies, de ses doutes, du chemin parcouru. Dès le début d’année, j’ai l’impression de me louper, j’ai l’impression de montrer à tous mes proches que je ne serais pas là, pas présente, pas digne de la relation. Parce que oui, je vivrais ma vie pendant qu’eux vivront la leur, et pourtant j’ai tellement envie de les soutenir, de les encourager, de leur dire que, avec tout ou malgré tout, je serais là. Il y a aussi de ces relations biaisées, où je me cache derrière un masque depuis quelques temps déjà, pour que tout aille bien (ou mieux), pour que ce faux-semblant soit satisfaisant pour moi et eux.


Une petite étoile briochée à l’écorce d’orange d’Eric Kayser…

Mais bon, je n’y couperais pas : mes vœux virtuels !
Souvent venant des plus anciens souhaiteurs, je recevais la santé. Après plus d’un mois malade ou garde-malade et deux maladies à vie, je comprends à quel point la vie est diminuée… la disponibilité à soi réduite, les capacités à faire le minimum aussi. Alors je vous souhaiterais bien que la santé soit l’élément le moins marquant de votre année : quand nous en sommes pourvus, nous n’en parlons pas.

Je vous souhaiterez de suivre encore et encore votre étoile. De cheminer au bon vous semble et à votre allure. De faire votre possible dans cette vie pas si facile à tous niveaux. Je vous souhaite les grands bonheurs, les petits soucis, les grands partages. Je vous souhaite d’être en bonne compagnie, amoureux et aimé en retour, je vous souhaite des amitiés fortes, rassurantes, constructives. Je vous souhaite d’aller de l’avant en toutes circonstances.


Et moi, comme chaque année, je prends tout, le meilleur comme le moins bon, les grandes joies comme les peines, persuadée d’y trouver, de toute façon, un jour ou l’autre, ma voie.


Très belle année 2010!!

jeudi 24 décembre 2009

... de circonstance

*source Norman ROCKWELL

Joyeux Noël à tous,
petits et grands,
que l'esprit de chaleur humaine soit avec vous!

Et qu'en est-il de ce Père Noël ?

Je ne sais pas si un jour j’y ai cru, sûrement. Je sais, de toute façon, qu’il n’était pas un personnage calculateur, contrôlant et punissant ou récompensant ma conduite. L’image que je donnais a toujours été partagée entre la petite fille modèle et une morveuse, une enfant réservée et une capricieuse, une raison d’aimer et une empêcheuse de vivre sereinement. Comment pouvait-il donc être différent, ce Monsieur, au sein même de ma famille, paternelle et maternelle.
Je pense que pourtant quelques personnes ont du me dire que si j’étais gentille, il passerait. Peut-être est-ce pour cela que cette fête m’est très désagréable. J’ai fait du chemin depuis 2 ans, mon aigreur a disparu (ou presque). Je ne suis toujours pas disposée à vivre ce moment en famille (parent et grands-parents), je n’arrive pas à y mettre la poésie et la chaleur humaine qu’il faudrait. Ce fut difficile de faire le sapin de Noël, le premier cette année. Je n’arrive toujours pas à préparer un bon repas, à mettre tout mon amour là. Les repas, brunchs ou goûters avec ceux que je choisis et au moment où nous le choisissons, sont autrement plus chaleureux.

*source Norman ROCKWELL

Et le Père Noël ? Pour le lutin, l’école a fait sa conventionnelle présentation du personnage mythique, son histoire, les cadeaux. L’image représentée est déjà forte, le loupiot a pris Monsieur Mouche (pirate adjoint du Capitaine Crochet dans « Peter Pan ») pour une pâle copie. Une barbe blanche, un chapeau… Je n’ai pas encore fait de commentaires sur le Monsieur.
Je n’aime pas particulièrement l’utilisation du personnage. Je n’aime pas les pauvres salariés éphémères aux portes des grands magasins avec leur coton sur les joues et le costume de feutre même pas molletonné ou rembourré. Je n’aime pas le merchandising de décoration… même si le Noël scandinave me donne toujours la chair de poule d’émotions.
Ce sont le billet d'Aline et celui de Sylvie encore plus avec tous ses liens qui m’ont interpelée. Ce Père Noël supplicié de LEVI-STRAUSS.

Je ne suis pas pour ce personnage, personnification de l’éducation autoritaire avec ces cadeaux pour récompenser une attitude enfantine que je ne comprends pas encore. Je suis profondément pour une éducation respectueuse, pas laxiste (loin de là) mais offrant la liberté d’être par une construction de la discipline personnelle… bon, bon, ce n’est pas très clair mais Maria MONTESSORI apporte de nombreuses réponses à cette indiscipline de surface, ce manque de recentrage de l’enfant.
Par contre, j’aime la poésie de la légende : ce Monsieur qui travaille toute l’année pour offrir de la chaleur humaine une journée sur toute la terre. Une idée de solidarité, d’accueil. Une invitation comme un être cher à toutes les tables, près de toutes les cheminées. Je suis un peu décontenancé par le manque de sincérité souvent… ce billet-ci me fait beaucoup réfléchir aussi : tuer le Père Noël.*source Jim SHORE

Et ce besoin de rêver des tous petits, ce mélange entre mythe et réalité ? Lui parler de don gratuit, de générosité, d’amour universel par ce biais-là, par cette croyance. Et bien j’ai du mal. Je trouve que nos valeurs doivent être du quotidien, nos erreurs émaillant notre bonne volonté mais aussi une envie de persévérer dans notre respect de chacun… tout au long de l’année. Je lis énormément de livres à notre lutin, nous voyons aussi beaucoup de dessins animés ou films d’animations. Les êtres merveilleux ou fictifs sont extrêmement nombreux et pourtant ce ne sont que des personnages d’une histoire. Untel existe dans celle-ci, l’autre dans celle-là. Il entre chevauche peut-être le réel et le rêve mais j’ai envie de lui dire que le Père Noël appartient à une histoire que l’on ressort à une date donnée.

« Mais alors, le vrai ?... – Le vrai, il n’est que dans notre cœur. C’est comme un lutin géant qu’on imagine. Quand on est petit, on est content de penser que des lutins, ou des géants, ça peut exister. (…) Le Père Noël, il n’est pas né, il n’a pas eu un papa, une maman. Il n’est pas vivant ; il est vivant seulement au moment de Noël, dans le cœur de tous ceux qui veulent faire une surprise pour fêter les petits enfants. »
(extrait de Françoise DOLTO, « Lorsque l’enfant parait », un bout de conversation avec son fils)

J’aime aussi l’idée que chacun peut devenir un Père Noël, il suffit de vouloir faire plaisir, de regarder autour de nous. En restant soi-même, il est tout de même possible de créer cette chaleur humaine. Un hiver plus chaleureux, comme nous avions vus un peu là ensemble avec ces jardins d’hiver ou douceurs. Alors pour ne pas vous laissez sur la fin d’un billet amer sans émerveillement, je vous laisse avec Jack Skellington, le roi d’Halloween, se prenant pour le Perce-oreilles (le Père Noël bien-sur).

Le poème original de Tim BURTON, le début du film d’animation « The Nightmare before Christmas », vous pouvez le lire en version originale là ou le regarder mis en images maintenant :


« J’ai cru si fort pouvoir jouer au Père Noël ! »…

mercredi 23 décembre 2009

Des cris et des mouvements d'animaux

Allez, après hier et ses cris, spontanés mais peu constructifs, nous avons fait une séance d’imitation animale.

Le petit d’homme a sorti quelques figurines (non, non, elles n’y sont pas toutes) et à chaque fois nous avons écouté son cri, imité si possible le dit cri et ensuite, de mémoire maternelle, imité ses mouvements ou autres caractéristiques physiques. Cela nous a changés du loto des cris d’animaux.
…
Le cheval et son hennissement (rappelez-vous le petit livre des cris ou celui-ci), son trot et sa crinière au vent. L’ours polaire, le paon léonnant avec sa queue devenue roue pour faire le beau. Le cerf. Le lion (et même s’il a sorti la lionne et le lionceau… on a fait la même chose, non mais je ne suis pas une experte, non !?). La baleine, le dauphin, le suricate.
Le chameau (à deux bosses bien-sûr, une seule et c’est un dromadaire).
Le crocodile, à plat ventre pour se trainer comme eux, le chat, le panda, le tigre (et ses petits), le zèbre, la chèvre, la hyène.

* source

L’éléphant. Pour différencier l’éléphant d’Afrique à son copain d’Asie, il suffit de regarder les grandes oreilles, le dos creux, l’absence de bosse sur le front (et les ongles), pour plus de détails lisez donc là)
Le lutin a aussi sorti la girafe, la pieuvre géante, le requin, le flamand rose et le macareux… nous sommes restés silencieux. Je suis sûr que les oiseaux chantent ou crient, les marins pas si sûr… mais la girafe n’a pas de corde vocale… nous avons donc relu « Comment les girafes disent-elles maman » de Gérard STEHR et Willi GLASAUER.
Nous avons trouvés les cris des animaux et oiseaux ici, là des autres cris d’animaux, ici et là des chants d’oiseaux. Pour les imitations des mouvements, je vous laisse imaginer nos caricatures.

Pour aller plus loin, plus tard, nous ferons aussi le yoga des animaux… mais plus tard. Plus tard aussi, nous ferons la faune marine, avec pourquoi pas ce très beau jeu à faire soi-même, un crabe de gages ou la chasse à l’ouïe avec le jeu Brouhaha.
De notre côté, nous avons fini par une chorégraphie (ou presque) en musique. Le loupiot avait sorti aussi Oogi Boggie Man, le méchant de « L’étrange Noël de Monsieur Jack » de Tim BURTON… un début de caricature d’insectes. Ben oui c’est tout de même un sac de pommes de terre rempli d’insectes...



De quoi se défouler, coordonner ses mouvements, émettre des sons plus ou moins forts mais contrôlés et rire, rire...

mardi 22 décembre 2009

Thé au goût de manqué... et pourtant un Butterfly

J’ai ressorti le Butterfly de Taïwan. Ce fut un de mes premiers wulongs et je l’avais choisi au magasin à l’odeur. Est-ce qu’il a passé ? Est-ce qu’il ne répond plus à mes attentes ? Je ne sais pas. Il est devenu presque fade.


L’odeur du thé est, en effet, très fruité. C’est peut-être cela, cela rappelait mes anciens thés aromatisés… de plus en plus rares dans mes placards depuis 5 ans, sinon inexistants sauf pour la cuisine. Une odeur, donc, de fruits cuits, comme compotés, pommes caramélisées. L’odeur est très sucrée. Le thé a de beaux morceaux de feuilles vert/brun.
Les feuilles infusées, elles, ont une bonne odeur de forêt, de feuilles mortes juste tombées, de mousse. Comme d’automne.
L’odeur de la liqueur est presque chocolatée.
Ma balade olfactive me suffisait presque.

Le goût lui est ample, un peu comme de la nèfle ou du champignon, comme du miel de châtaignier sans le côté sucré.

Ce thé, partageant agréablement mon après-midi et mon début de soirée, ne me reste pourtant pas en tête. La liqueur était aussi plus « neutre ». Le lutin en a pris une tasse en trempant son pain d’épice dedans.

Mais ce fut une journée de colère, de précipitations, de manque d’attention… peut-être même de manque de respect. Le loupiot étant encore malade, nous ne sommes pas sortis. Le manque d’air (même si notre chez-nous est aéré à fenêtres grandes ouvertes) et de mouvement y font. Nous nous marchons dessus. Il ne reste pas en place, court, fait des roulades, crie. Et moi je trépigne, vocifère, hurle.
Ma page d’écriture toute bariolée.
Mon thé renversé.
Mon infuseur en acier inoxydable abimé (rincé pour ne pas être patiné par les différentes thés et couleurs) - devenu poitrine façon corset aux seins coniques de Jean-Paul GAUTHIER et puis compactage de bonnet de soutien-gorge -.
Des boogies de petit d’homme sur place avant d’aller aux toilettes (au point de louper une fois sur deux) : « Non, non, je ne veux pas » jusqu’à la dernière minute et en une seconde mettre l’adaptateur de la cuvette avant la coulée….
Des escalades de canapé et séances de trampoline dangereuses.
Des claquettes improvisées.
Son escabeau nomade en fonction de toutes les friandises au point de tout sortir pour n’en manger que deux, si maman était d'accord.
…

… le Butterfly de Taïwan nous a apporté un peu d’air. Cela sentait bon. Et puis il a fallu trouver de quoi se recentrer aussi différemment. Une ligne à suivre en marchant dans le couloir pour se focaliser sur ses pieds, des barres rouges et bleues Montessori pour appréhender les grandeurs, des puzzles, des mouvements de gymnastique… et beaucoup, beaucoup de câlins.
Ce Butterfly était pile au diapason de cette journée : énormément de bonnes pistes et de promesses, de la sincérité et pourtant un goût d’être passée à côté en fin de bouche. Le papillon s'est envolé sans nous. Demain, nous le rattraperons.