vendredi 18 décembre 2009

"Va boire une tasse de thé!"

Après avoir été malade et très, très longtemps, garde-malade, les dégustations de thé m’ont manqué. Je les ai reprises…. Oui de celles où la mer à thé est de sortie (avant d’avoir un bateau), le couple tasse à sentir et à boire aussi, un des zhong de service aussi. Comme une occidentale, mon chemin de thé est plus cérébral.

J’ai besoin d’exercer mes papilles, mon nez et ma perception. J’ai besoin de comprendre, d’apprendre les mots qui me serviront à dire ce que je ressens. Je suis loin de la conception asiatique bien plus poétique (ou lettrée). Alors oui, j’ai sorti mes livres pour définir la couleur des feuilles, de la liqueur, je construis peu à peu ma palette aromatique dont je reparlerais, je note… et puis je laisse car mes perceptions me trahissent.

Que dire de ce Sencha de Tamayura adoré, dégusté comme une friandise, coulant et enrobant ma gorge.

Une liqueur un peu poudreuse en bouche comme de la poudre de cacao, d’épices comme la noix de muscade ou de matcha.


Que dire de ce Tung Ting Shan redécouvert, liqueur presque lactée ou grasse avec une impression de vanille.
Je n’ai pas réussi à prendre ce carnet qui n’en est pas un (page une à une écrite, libre et non attachée aux autres). Il me faudrait sûrement un vrai carnet de dégustation de thés pour cela, avec pourquoi pas ce rigorisme de la prise de note préparée par un formulaire de dégustation (dont je parlais ).
Que dire de ces sensations qui me trahissent… des courgettes paresseuses m’offrent une odeur très miellée en sortant du four avec juste leur « assaisonnement » d’olives noires, farine de riz complette, farine de blé blanche, huile d’olive et estragon (aucun sucre et aucun miel). La recette est .



Alors j’ai regardé le premier arbre de Noël de mes deux hommes. Le premier du lutin parce que nous n’étions pas prêts à lui offrir la joie de ces fêtes les années précédentes. Le premier de mon monsieur pour des raisons religieuses ou plus précisément d’éducation et de non questionnement sur le bienfondé d’une convention païenne… un sapin décoré.

Je n’ai pas argumenté pour avoir un autre arbre, enraciné ou même symbolique comme je le voulais l’année dernière. Ce fut donc un Normann de 7 ans environ, à l’odeur très discrète…

Et puis, les hommes sortis, j’ai profité du frais de l’air, de ces fenêtres ouvertes en grand, juste avant de remettre le chauffage. La main chaude, le visage au-dessus de cette vapeur odorante et le reste aux prises avec l'air vivifiant.Profité aussi de l’odeur de la neige, presque poudrée. J’ai bu mes thés plus sereinement…. Comme si je comprenais le premier acte de ce qu’est boire un thé :

« J’aime beaucoup l’histoire du maître chinois Zhaozhou (778-897, Joshu en japonais) qui demande à un bonze nouvellement arrivé au monastère : « Etes-vous déjà venu ici ? » Le bonze répondit : « Oui, maître. » Zhaozhou dit alors : « Va boire une tasse de thé ! » quelque temps après, Zhaozhou posa à un autre bonze la même question. Il répondit : « C’est la première fois. » Le maître lui dit alors : « Va boire une tasse de thé ! » Peu après, son assistant lui demande : « Pourquoi dites-vous la même chose aussi bien au bonze qui est déjà venu qu’à celui qui ne l’est pas ? » Zhaozhou regarda son assistant et l’interpella. Lorsqu’il répondit : « Qu’y a-t-il ? », le maître lui dit : « Va boire une tasse de thé ! »
L’expression Kissako est devenue célèbre dans le Zen car dans ce cas précis elle signifie que ces trois-là n’ont pas l’air très éveillés et que le mieux est qu’ils s’en retournent vite sur leur coussin de méditation. Chez nous, l'équivalent pourrait être « retourne sur ton coussin voir si j’y suis ! ». Par cet exemple, on comprend que le thé n’est pas qu’une boisson, une plante médicinale, un rituel ou un passe-temps. C’est aussi une exhortation ! »

(extrait d’un « grain de sel » de maître Taïkan JYOJI dans « Les saveurs du zen, la cuisine végétarienne au temple zen de la falaise verte » écrit avec Françoise DYE)
*source Zhaozhou

Peu éveillée, encore, je vais boire ma tasse de thé. Souvent, avant, je fais 3 minutes (voire 5) de cohérence cardiaque, de cette respiration abdominale qui permet au cœur de retrouver un rythme non-chaotique, où les émotions ont un peu moins de prises. J’en reparlerais mais vous pouvez toujours lire ici et suivre le rythme dans la pratique ici. Il me faudrait 15 jours à raison de 3 fois par jour pour faire mienne cette respiration posée mais je n’ai pas pris ce temps au temps…. 3 semaines à raison d’une à deux fois par jour. Une première approche de la respiration des yogis (et peut-être des bonzes), une première approche pratique de la méditation qui me parait pourtant si difficile dans les mots de Matthieu RICARD.

11 commentaires:

Philippe de Bordeaux . a dit…

Chére Vanessa ,

Superbe billet!

L'importance d'une respiration,le ressenti,l'ambiance comme création...etc.

Le plus "simple"c'est le technique;
le plus difficile: c'est vivre le Thé et tu le décris.

Chapeau.

PHILIPPE.

lily a dit…

Très très joli billet et jolies photos aussi... Il en ressort une impression de paix et de sérénité..ça fait du bien :)

mirontaine a dit…

Très beau billet avec de bien belles photos. J'aimerais découvrir un bon thé vert japonais, peut-être pourras-tu me guider un jour... Je te souhaite de douces journées.

colibri a dit…

On aimerait se propulser dans les plus hautes sphères de ces montagnes brumeuses si lointaines, afin de savourer à sa juste valeur ton billet comme la tasse de thé qui l'a superbement inspiré... Et n'en redescendre qu'une fois sûr que le maître Zhaozhou n'aura pas à nous dire "va boire une tasse de thé"... En attendant je déguste humblement tes mots, tes photos, quel beau sujet, bien servi par une écriture fort sensitive...

Francine a dit…

Tu me surprendras toujours, chère Vanessa, ton billet est superbe, très personnel, tout en nuances, BRAVO. J'attends les autres avec impatience!

Charlotte a dit…

quel bonheur que ce petit moment de lecture zen !

beatrice De a dit…

Tout cela sens bon le Japon, ou je ne m'abuse ?

Béatrice décoratrice à Lausanne en Suisse.

Vanessa a dit…

Philippe: merci d'y voir une manière d'appréhender le thé pleinement, ce ne sont que mes débuts, les vrais crus ne sont présents que depuis 1 an 1/2 tout au plus...

Lily: merci voilà où j'étais lors de notre conversation...

Mirontaine: bien-sûr un thé vert japonais est fabuleux, peut-être plus difficile d'approche mais à petits pas ce sera un plaisir de te voir en boire une gorgée.

Colibri: oh oui j'aimerais tellement un contexte encore plus authentique.... mais le coussin ou la tasse et sa spiritualité seraient très tentateurs si j'étais célibataire... pour 1 mois, 1 an, 10 ans.

Vanessa a dit…

Francine: merci de suivre encore et toujours mes petites impressions moi qui ne suis toujours qu'une débutante... bien hâte de boire à nouveau en ta compagnie.

Charlotte: bienvenue entre mes billets. Merci... et presque dans le même temps, je regardais tes aquarelles de petits détails de nature et tes envies de promenade...

Béatrice De: bienvenue entre mes billets. Oh que j'aimerais que cela fleure bon de ce côté là du monde. Je n'y ai jamais mis les pied, je ne fais que continuer au plus près d'une sincérité.

Ariane a dit…

Bonjour Vanessa
je suis vraiment ravie d'avoir découvert vos blogs grâce à votre commentaire sur le mien (L'Art de manger). Je salive à la lecture de vos recettes que j'ai hâte d'essayer et j'adore le Japon, la cuisine japonaise et le thé (notamment celui de Tamayura), donc je vais devenir accro à vos billets !
Belles fêtes gourmandes
Ariane

Vanessa a dit…

Ariane: bienvenue entre mes billets (des différents blogs). J'espère que vous vous y plairez souvent.