vendredi 27 avril 2012

Infidèle

Ce n'est pas ici une confidence d'adultère.
Quoique je n'appartiens à personne. Je ne peux juste pas nier les liens du sang et je suis une mère, la mère d'un petit d'homme.
Ceci est plutôt un constat, pas une confidence sexuelle.

Je me suis longtemps demandée à quoi me servait ce média, le blog. En plus d'une volonté exprimée de partage, j'avais envie de délier les mots, donner du sens, de la jouer totalement personnelle sans aucune possibilité constructive pour vous, lecteurs.
Quelque fois, juste pour écrire sans destinataire tout en la destinant, pourtant, bien-sûr, à quelques-uns. Une lettre qui ne partira pas pour cause d'être en avance, retardataire ou juste de trop pour que la vie soit assumable.

Parce que, sur ce blog, je parle bien d'émotions, d'os, de muscles, de graisses, de morves... je pourrais tout autant parler de sang, de sueur et de sperme. Oui certains billets sont à visée plutôt éducationnelle, mon fils regarde certaines vidéos reprises ici aussi. Mais quoi. Je me pavane aussi entre des lignes plus fiévreuses. Et puis les émotions que j'ai lâchées ici depuis quelques années sont aussi impudiques, voir plus.
Alors oui, je terminerais ce billet. Alors non, je n'écrirais pas comme je parle, en privé, entre amis, entre amants, les mots ne seront pas chauds, brulants d'érotisme mais bien tremblants d'émotions, encore et toujours.

*source peinture du coréen Ho Ryon LEE

Hier, une démarche d'homme, des cheveux auburn, un sourire taquin et, aussi, le regard peu sûr de lui... il est passé à côté. Un des messieurs qui a fait partie de ma vie. M'a-t-il vu? En tous cas, je l'ai laissé me dépasser sans l'aborder. Ce n'est pas le fait d'être accompagnée lors de cette balade qui m'a stoppée... avec moi, ce n'était pas l'homme de celle que je suis maintenant : l'aborder aurait peut-être été inenvisagé (inenvisageable?!). Je ne l'ai pas interpellé parce que le moment, le nôtre, est passé. Nous n'aurions plus rien à nous dire, plus rien à déjouer, rejouer, amener au bout. Mais quoi donc alors?

Et bien cette impression de m'être construite femme grâce à lui, grâce à quelques autres. Je ne parle pas des relations sexuelles, qui frisent le plus souvent la vulgarité et une superficialité sous les abords de profondeur! Je ne parle pas de tous les hommes que ma peau a touchés.
Je parle de ces quelques hommes, aimés ou, juste, presque aimés. Je parle de ceux qui ont donné leurs tripes. Ceux qui avaient peur, ce qui ont plus donner dans leur regard, leurs silences que dans leur sueur ou leur fluide. Ceux avec qui le passage évident ne l'a pas toujours été, quelques fois aurait été de trop.
Ce n'est pas la première fois que j'en recroise un. A cet autre, le seul autre que j'ai aimé avec mon homme (possessif tout relatif mais marquant le présent), nous nous sommes offert cette accolade comme si toute la vie était inscrite là, à jamais. A ce dernier croisé, rien, juste une résurgence.

Repenser à ces hommes auxquels je suis redevable, redevable de ce don de soi, d'émotions transfigurantes.
Je ne parle toujours pas d'un acte final prévisible et quelques fois absent. Je parle de cette friction, de ce frôlement de peau comme sur des peaux écailleuses... elles se chauffent, quelques écailles se cassent, toutes garderont l'empreinte d'une odeur, d'une émotion.
J'ai aimé que nos relations soient à ce point presque effrayantes... pour eux. Parce que oui, j'aimais cette authenticité du présent... Cher D croisé hier, j'ai aimé que tu pleures de laisser aller tes émotions pour une autre, pour une vie déstabilisante, et quelques fois, privée de sens. Le frôlement n'était pas que de peau et le frisson pas que sensuel.

De ces hommes, de mes anciens, je ne garde pas tant à l'esprit nos corps à corps, quoiqu'ils fassent aussi partis de moi, mais cette intensité, cette densité de présence... en fait très éloignée de la sexualité conventionnelle... et même de la sexualité d'une vie quotidienne.
Alors oui, je suis infidèle, je suis infidèle en pensée, je ne souhaite que cette intensité et dans la vie de tous les jours elle est quelque fois bien absente. Je ne souhaite que la densité de ces moments-là, de ces échanges sensuels ou non, de ces quelques amitiés qui m'apportent plus que je ne pourrais le dire. Merci aussi à elles, mes amies, qui m'ont apporté cette chaleur qui aurait pu ne venir que d'une sensualité sexuée et que nous avons, parfois, quelques fois, de manière insoupçonnable, dans nos partages.
Et pardon à toi E, qui partage ma vie, et qui n'a pas toujours droit au meilleur!

4 commentaires:

Alma a dit…

Que d'émotions à te lire ! Merci d'être aussi sincère, c'est beau. Je t'envie, moi qui n'arrive pas à desserrer les dents sur ce blog !
J'étais venue chercher quelques douceurs de thés et me voilà toute chamboulée !

Vanessa a dit…

Alma: j'ai failli le retirer ce billet... et pile une heure après ton commentaire. Merci.

Je me reprends souvent pour ne pas écrire de cette manière. Comme si en fait j'avais aussi peur d'"ancrer" de l'intime.
Cela fait du bien, surtout quand, si tu déserres les dents, un commentaire comme le tien réchauffe et mets un baume.

Alma a dit…

Alors tant mieux ! J'aime bien mettre du baume au coeur.
Moi, l'intime, sur le blog, j'y arrive vraiment pas. C'est pour ça que j'ai apprécié. J'ai essayé, mais non. Ne serait-ce que de simples réflexions, des idées, des envies, des opinions, non, j'y arrive pas. Non, pour les échanges, rien de tel que le live ! Ou l'écrit, comme ça, là, tu vois, j'y arrive...!
bises

Vanessa a dit…

Alma: je crois que je n'ai commencé le blog que pour déverser de l'intime. Je me suis même vraiment retenue.
Par la suite, j'ai slalomé par peur de n'être qu'un journal intime.
Mais écrire comme cela apporte aussi le danger. Les commentaires peuvent être doux, comme beaucoup plus âpres.
C'est aussi souvent là que j'ai le plus de commentaires... c'est peut-être plus facile quand l'auteur se dévoile.