jeudi 20 mars 2008

Vos animaux féroces "imaginaires"

Le thème des animaux féroces des Passeurs d'imaginaires vous a laissé, pour certains, dans le silence. Je me suis demandée si cette envie de partage autour de l’imaginaire, ou plus concrètement autour d’un thème précis imposé par moi(s)? vous lassait ou si cela dépendait de ce que les animaux féroces impliquaient comme symbole en chacun de nous.
Est-ce aussi parce qu’il n’y en a plus ? La férocité est relative : de la méconnaissance, de la nuisance, de l’imaginaire enfantin, de la nature humaine…sûrement de tout. Voici donc pour vous une porte ouverte sur l’animalité et la férocité :

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Les Animaux féroces car sauvages
Au fil des siècles et des découvertes géographiques, zoologiques, biologiques, en suivant les théories de l’évolution, les animaux du bout du monde nous ont été présentés, leurs mœurs expliquées. Des gravures, des zoos, des cirques, nous ont amené les animaux féroces sur un plateau. La férocité était là une méconnaissance de cette faune extraordinaire. Les zoos sont alors un espace d'appréhension de l'animalité et de la nature … Il s’agit aussi de faune tellement ancrée dans certains pays, certains continents, que ne serait-ce que les voir nous amène dans une atmosphère particulière de voyage. Sa Marraine la fée nous invite au dépaysement entre photos et carnets de voyages, avec des mots inventés d’animaux et partagés par KIPLING.

*source Douanier ROUSSEAU (à lire)

« elle ne s’adressait plus à King : sa chanson était la voix de son accord avec le monde. Un monde qui ne connaissait ni barrières ni cloisons. Et ce monde par l’intermédiaire, par l’intercession de Patricia, il devenait aussi le mien. Je découvrais, avec un bonheur où le sentiment de sécurité n’avait plus de place, que j’étais exorcisé d’une incompréhension et d’une terreur immémoriales. Et que l’échange, la familiarité qui s’établissaient entre le grand lion et l’homme montraient qu’ils ne relevaient pas chacun d’un règne interdit à l’autre, mais qu’ils se trouvaient placés, côte à côte, sur l’échelle unique et infinie des créatures » (extrait de « Le lion » de Joseph KESSEL)

La férocité est aussi un instinct. La proximité des habitats avec des espaces encore sauvages montrent encore des attaques. La férocité n’est pas dirigée vers l’homme mais bien vers ce qui l’entoure et qui répond aux besoins vitaux des animaux. Des ours polaires dans les villages, des lions attrapant les poules etc… ou encore plus féroces car sans objectif de survie, une attaque d’hippopotames. Les animaux féroces de Rose sont inoffensifs, entrés dans la ville, ils sont maintenant de compagnie.

*source des hommes montrés par des animaux


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Les Animaux féroces, parce que nuisibles

Les animaux peuvent ne pas être féroces de nature. Très longtemps, les hommes ont eu le même sentiment de rejet pour les animaux féroces (qui pouvaient atteindre à leur vie) et d’autres juste nuisibles à leur quotidien. Les animaux sont soit des alliés, soit des adversaires et en ce sens les sentiments humains sont contradictoires. Une vache peut devenir féroce quand elle est source d’inquiétude pour la vie (maladie de l’encéphalopathie spongiforme bovine). Le caractère « féroce » peut aussi venir d’une légende : les chauve-souries aggrippent les cheveux mais ne nous mordent que rârement. Dracula est loin et pourtant notre rejet est là, Batman n’a rien pu faire pour nous réconcilier avec elles.


*source Dracula à lire avec la fonction de vampire



*source dessin de Chip Kidd

La férocité vient aussi de ce changement hors norme, d’une certaine mutation ou comportement trouble. Lily nous montre bien comment de simples oiseaux peuvent nous faire peur avec HITCHCOCK. Elle nous confirme ce rapport effrayé de l’homme pris au dépourvu d’une nature qui ne se laisse pas attraper : une férocité dans le contexte. Les attaques d’animaux ne sont pas uniquement dûes aux plus féroces, la férocité vient de l’à-propos ou de la quantité (au vu des attaques animales dans les scénarii cinématographiques). Le côté inattendu l’emporte aussi, des monstres marins proposés par Sa Marraine peuvent faire peur comme peuvent aussi le faire d’autres bestioles moins grosses situées entre deux eaux ou au fond de l'océan. Merci Jules VERNE et ses enfants qui époussêtent son univers, site dont est tirée la prochaine image.




*source Nicolas VIAL


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Les Animaux féroces comme interprétation du monde ou de l’homme

Les animaux féroces sont aussi ceux que nous créont pour des raisons théologiques ou comme un second langage. Fables de l’Antiquités, bestiaire du Moyen-Age, dialogues de bêtes des temps modernes, animaux naturalisés et emprunts de légendes indigènes de l’époque coloniale, les animaux ont toujours été fantasmés aussi par notre conscience humaine. Béatrix nous montre combien le bestiaire du Moyen-Age révèle plus de l’humain et de nos fantasmes que du reste. Miroirs des aspects les plus souterrains du monde, ils sont nos côtés sombres ou nos illuminations cosmogoniques.

Les animaux fabulés sont aussi là pour marquer le mal, représenter un adversaire pour un duel, un combat. Le dragon, tellement multiple, né sûrement d’une représentation encore plus féroce du dragon de Komodo, est l’animal féroce par excellence.

*source dragon de Komodo (à lire)

Il y a aussi une part de mystère, de crainte mêlée de curiosité par rapport à ces animaux féroces : il nous arrive de vouloir en créer. Chrixcel nous présente des hybrides plus ou moins malchanceux qui n’ont pas forcément choisi les plus efficaces parties animales. MAP, elle, les voit partout, nous les imagine féroces et pourtant si gentils, féroces par obligation, monstres étonnés de l’être…Son bébé monstre

et son monstre étonné d’être un monstre


sont des "gentils monstres, un peu perdus dans ce drôle de monde quelquefois plus monstrueux qu'eux-mêmes". Les ménageries impossibles sont nombreuses, férocité de l'inconnu ou encore de la technicité et du monde moderne, via le blog des cryptozoologues.


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Les Animaux féroces humains

La férocité est aussi alimentée, créée par l’homme, ici avec nous


*source BYEL

seuls


*source Rémy COGGHE

ou sous des aspects de jeux pour nos enfants avec le domptage.

Nous pourrions dire aussi que la férocité est animale, l’homme en est un : « Le langage semble bien signaler cette volonté de rapprochement : on parle aujourd’hui d’animaux, et non plus de bêtes. La différence est importante. Car bestia, qui signifie « bête féroce » en latin (bestial désignait au départ, en tant que nom commun, le gladiateur qui combattait les fauves), exclut de cette catégorie les hommes. Il a peu à peu été remplacé par le mot savant « animal » (à partir du 16ème siècle), qui a progressivement inclut l’espèce humaine, peut-être à partir de Darwin. » (Valérie PEAN extrait tiré d'ici). Les rapports entre humanité et animalité sont de proximité dans la chaine de vie et de rupture par les limites. Mais ou sont-elles ces limites ? Rose, par ses ogres, extrapolés en contes, nous montre aussi cette part d’animalité, de férocité en l’homme sans même jouer sur nos parts d’ombre évidentes que l’on découvre en dehors des moments de paix (et pas seulement).
Il est aussi indéniable que les colonisateurs aient trouvé les indigènes découverts similaires à des animaux, féroces aussi. Cette volonté d’inférioriser les autres est un élément essentiel de notre humanité, la littérature coloniale nous le montre.

Est-ce que la férocité ne serait pas qu’humaine alors ? Est-ce que la culture aurait permis de dissimuler la nature ? La Fontaine marque que les travers que nous voyons animals sont en fait bien bien humains, et pour aller plus loin que seul l’homme serait avec autant de défauts, les caricatures zoologiques reprennent des aspects innés de la nature mais marquent une agravation humaine d’un penchant naturel.

*source des Fables de Florian

L’utilisation des animaux dans la littérature française provoque assurêment une lecture de nous-même. Notre violence, notre férocité, est aussi historique : la violence est un rapport à autrui, de la barbarie initiale (anéantir l’autre) en passant par les gardefous religieux qui justifient les actes de férocité aux psychologies comportementales.

Les Algonquins, eux, gardent en mémoire que les animaux, aussi féroces soient-t’ils, sont là pour nous aider à conduire notre vie avec réciprocité.


*source où l’histoire des Algonquins après 1500 est rappelée (en anglais)


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Animaux féroces, entre imaginaire et psychologie de l’enfant

La littérature pour enfants autour des animaux découverts pendant les colonies apporte un exotisme et une frayeur de l’inconnu. La férocité est alors juste une extrapolation humaine, les animaux ayant une seule mission, survivre. KIPLING, KESSEL et les autres gardent bien un méchant mais c’est dans l’ordre des choses. Je vous conviais moi aussi à aller regarder ses animaux féroces/sauvages de plus près .
De plus, à travers les comportements animals, l’enfant est en prise à la vie humaine, la férocité rend compte des travers de l’homme. Le fait de créer un méchant animal permet aussi de détourner les peurs enfantines et de ne pas signaler les parts d’ombre humaines.

Une faim de loup est alors d’une méchanceté plus acceptable.


*source du dragon en glace

Parce que dans certains hybrides, ce n’est pas le caractère animal qui choque le plus mais bien les attributs humains comme nous le montre La Trolette. Le dernier rapport anéanti toute forme de « férocité » par l’apprivoisement. L’attachement est une forme de réinterprétation en tant que maître et dominé : le dominant sait ce qu’il faut faire pour le plus faible. Le surinvestissement affectif est aussi fluctuant, l’animal est sacrifié à la « férocité » enfantine ou adulte.


Mais les animaux féroces sont là pour faire peur. Alors pour minimiser certaines peurs enfantines, il suffit alors de leur dire qu’Orphée, lui, enchante les animaux sauvages



*source mosaïque

et comme le Joueur de flûte de Hamelin, les animaux féroces partiront en le suivant…il reste les humains, aussi voire plus féroces. Chut, ils le seront bien assez tôt…à moins qu’ils décident de suivre le son de la flûte et choisissent le joueur et les animaux dits « féroces » à nous : jouer à être chasseur imaginaire et proie mais amis.


*source Carl PLINKE

Merci de vos participations. Cette initiative ne vaut que par vos envies de partage et je vous en remercie : Sa Marraine, La Trolette, Béatrix, MAP (que nous pouvons retrouver comme scénariste pour les fanes de carottes et poétesse ici et là), Rose, Lily et Chrixcel.

mercredi 19 mars 2008

Frugalité par le Gunpowder et le Da Hong Pao

Je débute les dégustations de thés. Mes termes sont mauvais, mes impressions confuses. En tous cas, ces moments de thé sont des instants de vraie sérénité. Je dirais même de frugalité. Par ennui, il m’arrive de manger. Oh non pas des mets de gourmet mais bien des produits trop riches, trop raffinés, trop artificiels. Depuis peu, je me prépare un thé…et le déguste. Le petit loup d’un an et demi vient respirer avec moi : les feuilles de thé sèches (le thé), puis le couvercle, le liquide et enfin les feuilles mouillées (l’infusion). Je lui offre aussi la possibilité de s’humecter les lèvres pour faire comme moi. Pas d’excitant si ce n’est l’excitation du partage.

Je regarde les sites et blogs dédiés au thé, je lis les amateurs éclairés, les apprentis maîtres de thé, et je regarde tout le chemin à parcourir. J’ai l’impression d’entrainer mon odorat et mon goût mais ne sais pas si mes sensations sont les bonnes. Un long travail d’apprentissage. Alors entre deux lectures, pendant une pause, je prépare un thé, je fouille chaque fois un peu dans les documents sur la manière de procéder pour savourer…et me laisse aller. Ma théOthèque risque de se remplir de thés plus précieux encore.

Voici donc deux dégustations de novice : un thé vert Gunpowder et un oolong Da hon Pao, à chaque fois, je prends le formulaire de dégustation proposé par Tea Master pour noter…à l’inverse de ma première dégustation de Lapsang , je l’extrapole maintenant dans le compte-rendu par méconnaissance (trop de blancs dans le formulaire).


Voici une photo de la troisième infusion de ce Gunpowder, thé vert de Chine. Je n’ai pas d’indice sur mon achat. Je l’ai fait infuser au zhong (un vrai plaisir, merci encore Flo). J’ai utilisé environ 2g de thé (soit une poignée qui remplit la surface du fond du zhong). J’ai mis de l’eau froide sur les feuilles sèches et le reste en eau chaude et ai vidé cette première infusion le plus vite possible. Après, j’ai remis 1/3 d’eau froide et 2/3 d’eau bouillante.

Les feuilles sèches sont très roulées, en toutes petites boules brillantes (une vraie “poudre à canon”), de couleur vert de girs comme argenté. Elles ont une odeur comme sucré.
Novice, pour moi, la fin de l’infusion, après avoir remué de temps en temps mes feuilles dans le liquide avec le couvercle, se situe quand le liquide a pris de la couleur et le couvercle une odeur. L’odeur de rhubarbe m’est venue à sentir le couvercle…peut-être parce que le matin même j’avais tronçonné quelques tiges…un souvenir olfactif similaire. Le liquide a une couleur jaune/vert clair et il sent les herbes, le vert. Son goût aussi rappelle les herbes fraiches, il est moelleux, pas acide mais a eu une once d’amertume en arrière bouche à la première infusion. Les autres infusions ont conservé son goût sans l’amertume. L’infusion (feuilles mouillées) était faite de feuilles larges mais coupées, d’un beau vert. J’ai fait 3 infusions avec ce thé que j'aime pour sa fraîcheur.

Pour le Da Hong Pao, Oolong de Chine, d’aujourd’hui même technique que pour le Gunpowder… Le thé a une odeur très sucré, de fruits rouges, ses feuilles vont d’un vert à un brun rouge et sont légèrement flétries et torsadées avec quelques présences de brindilles. L’odeur du couvercle après l’infusion était boisée et marine. Le liquide, avec une odeur un peu muscadée et de fruit pas mûr, d”une couleur jaune légèrement orangé, très moelleux et comme boisé, pins ou épices. Les feuilles mouillées gardaient une odeur de fruits rouges et étaient vertes et brunes. J’ai fait quatre infusions d'un thé que je découvre avec grand plaisir, de curiosité et de goût.

mardi 18 mars 2008

Livres aimés, livres partagés...de Bretagne

Maijo a eu la superbe idée de ce livre voyageur. J’aime ses livres qui partent pour des lectures diverses, si subjectives, et qui donnent au livre une vie supplémentaire. Mes cerfs-volants ont cette volonté, vivre au-delà de ma bibliothèque, pour être aimé, dépréciés mais connus. Ce recueil de nouvelles bretonnes, Nouvelles de Bretagne, Danevelloù Breizh, sur la librairie ou les libraires donne un beau panel de différences littéraires avec tout de même quelques points communs : bien sûr les livres mais plus encore l’amour de leur contenu. Loin d’être le portrait de lecteurs compulsifs, il s’agit bien de passion, de lectures de vie : une certaine sagesse ou transgression.


Sol invictus de Fabien Lécuyer
Un café Librairie L’air du Temps est le théâtre d’un héritage par les mots, les livres et des photos…entre un thé, un café ou un grog. Un vieil homme livre sa vie par bribes, sans émettre un mot. Cette nouvelle, par le sentiment, la justesse, est un vrai petit bijou : la première lecture est « sentimentale », la seconde peut être politique.

Libre stance ! de Bernard Trébaol
Un monde où les mots, les livres, la personne est cloisonnée. L’homme est alors pris dans une ivresse vers un monde meilleur, où la lecture n’est pas qu’un médicament, pour le trouver il passe la frontière du convenu et trouve dans les mots, les livres et les cahiers de brouillon toute la genèse d’une révolte : « nous sommes en mal de lecture idéale. » qu’elle soit romans, essais ou autres…

Tír na nóg de Sylvie Rouch
Correspondance entre deux « minorités », un breton et un allemand homosexuel pendant la seconde guerre mondiale et la montée du nazisme. Où la vie est aussi décevante que la vraie se veut en lecture, ouvrir une librairie comme un refuge, comme une évasion et une voie pour vivre : « L’île de l’éternel printemps » de son vivant.

Sous le sable de Jacques Thomassaint
Un survivant, déserteur ?, part à la recherche de la dernière librairie, un trésor sous le sable. Une quête d’un monde en soi.

Mort à Denise de Patrick Pommier
Un passionné de polars, qui fait rentrer ces tomes ici et là, dans sa librairie mais aussi ses bibliothèques, escaliers etc…, veut se libérer de sa femme qui n’aime pas ses livres ni son obsession pour les polars. Il cogite, reprends les crimes de ses œuvres préférés, le mobile est trouvé mais il lui reste à choisir l’arme et le contexte. Il est possible de faire un crime parfait, si parfait qu’il est inattendu.

Le stagiaire de Sylvie Le Bras
Un stagiaire dans une librairie comme un éléphant dans une boutique de verre : pas à sa place et si brut. Une vraie ode à la lecture comme acte de foi, une mise à la portée de tous et non un symbole de cloisonnement intellectuel.




*source bibiothèque: photo de Galiléo

Vous éloignant, de René Péron
Un libraire, spécialiste des cultures orientalistes, nous donne envie, nous fait découvrir des tomes, des langues quasi-mortes, nous appelle aux archives. Il superbe illustration des expertises littéraires, des amoureux des auteurs, pas simplement pour noter que tel livre est lu mais bien qu’il a été transmis. La mort d’une librairie comme la mort d’une sagesse, très loin des livres médiatiques...plus dans l'esprit d'une bibliothèque que d'une librairie en fait...passeur...

An treizher-levrioù de Jean Le Clerc de la Herverie
J’ai su en lisant les avis bloguistique que le titre était le Passeur de livres…pour une apprentie passeuse d’imaginaire, j’aurais aimé lire le breton…un beau résume du receuil que ce titre!


Les avis sont nombreux : normal, ce livre est un livre voyageur aux amarres diverses. Les voicis : celui de Maijo bien sûr avec un extrait des travaux d’aide libraire du Stagiaire, une expertise bretonne d'Yvon, Yueyin, Sylire avec des extraits de Mort à Denise et Le stagiaire, La bibiothèque du dolmen, Katell à l'avis pertinent bien sûr, Bellesahi et les polars, Bladelire, Lucy et Majanissa. Merci encore Maijo!

lundi 17 mars 2008

Halava et être bleu

Pas encore prête à vous laisser le message sur les animaux féroces (enfin un qui vaille la peine d'être soit plus qu'un résumé des participations), je vous laisse avec une douceur du week-end. Elle me vient d'un livre de cuisine indienne traditionnelle aux origines douteuses. Il s'agit en effet d'une édition donnée par une connaissance qui voulait se délester d'une oeuvre de Bhaktis.

J'y prends de superbes recettes et y laisse les préceptes...voici ma version de cette recette avec une illustration similaire à celles présentes dans le livre:



Halava bleu (version pistache avec juste une allusion à Krishna):
250g de semoule
150g de sucre
100g de beurre
7 ou 8 abricots secs
70g de pistaches
3/4 de litre d'eau

Mettez à bouillir l'eau et le sucre. Rajoutez les abricots secs, en tous petits cubes, dès le début, s'ils sont vraiment secs, dès que l'eau bout autrement. Réservez sur feu éteint.

Dans une casserole à fond épais, faites dorer la semoule, les pistaches concassées et le beurre pendant 15 minutes environ à feu doux en torunant régulièrement et en faisant attention à ce que la semoule ne brunisse pas. Incorporez le mélange avec l'eau doucement en réduisant le feu au maximum et tournez rapidement pour éliminer toute apparition de grumeaux.

Quand la semoule a absorbé toute l'eau et se détache des paroies, éteignez et répartissez la pâte dans un plat à gratin pour le manger chaud ou froid (froid il devient facile de le couper!).

samedi 15 mars 2008

Soupe à l'oseille, printemps et amour

Pour le potage à l'oseille de l'amour de Rose, je propose une recette, assez savoureuse, de soupe...à l'oseille, mais pas seulement.


Soupe à l'oseille des amoureux:
pour 2 personnes:
1 grande poignée d'oseille ou environ 60g
1 petit poireau
1 topinambour
1 courgette
de la noix de muscade
2 cuillérées à soupe d'amarante
près d'1 litre d'eau
1 cuillérée à soupe d'huile de sésame
du sel

Faites revenir le poireau et le topinambour, avec sa peau si elle est fine, coupés en très fines rondelles dans l'huile. Une fois dorés, recouvrez avec l'eau. Laissez cuire 10 minutes.

Rajoutez la courgette en dés avec sa peau. Laissez cuire jusqu'à ce que le topinambour soit bien fondant. Mixez la préparation.
Remettez au feu en ajoutant l'amarante et faites cuire encore 10 minutes. Incorporez l'oseille finement ciselée (je le fais comme le persil: aux ciseaux dans un verre) pour terminez la cuisson en 5 minutes. Râpez de la muscade et salez selon vos gôuts.

Cette soupe légère, acidulée, avec une pointe de noisette (le topinambour) et un petit côté croquant par l'amarante, nous fait croire que le printemps est arrivé. Dans la bouche, il y était!

vendredi 14 mars 2008

Du charnel en peinture

Que ce soit les livres voyageurs, les swaps ou les rencontres (en vrai), les échanges sont nombreux. Flo, lors de son passage sur Paris et notre rencontre en vrai en coup de vent (de tiramisu !), m’a laissé des livres voyageurs. « Radeau » d’Antoine CHOPLIN en fait partie.


Je ne savais pas encore que je lirais ce livre qui, dans les mots d’un(e) autre, m’avait touché… impossible de me rappeler qui en parlait. Mais c’était une belle histoire de tableaux !

Nous suivons Louis, en mission pour le Musée du Louvre pendant la seconde guerre mondiale. Il emmène en camion les originaux des tableaux pour les mettre à l’abri des Allemands. Il ne doit pas s’arrêter en chemin, éviter tous les distractions. Mais une jeune femme, pieds nus, Sarah, marche sur le bas côté de la route…elle ne demande rien, aucune aide et ils se trouvent.

L’un se veut dans une dimension collective, de la fuite, des directions de vie, l’autre ne souhaite être nulle part puis juste regarder devant elle. La vie et l’amour sont comme des peintures : le couple comme un « caillou », seul objet délimité, dans ce monde insaisissable et cette vie en mouvement, l’amour comme tableau de vie. « Bien mordre dans leur histoire. Sa façon à lui de le faire, tous les soirs. En y ajoutant les épisodes de la journée. Les autres couleurs advenues. En s’efforçant de tenir en respect l’offensive des gris (…) »
Et la peinture garde une place principale dans toute l’œuvre de cet auteur. Le conflit entre peinture et réalité fut le premier sujet de discussion des personnages. L’art est-il une pâle copie de la réalité ? Sans émerveillement possible malgré une œuvre magnifique ? A l’inertie possible, l’auteur (par son héros) impose le charnel. Superbe notion qui voudrait que même les artistes occidentaux (à rapprocher de mon billet sur la peinture asiatique et du prochain sur la cosa mentale) peuvent se dessaisir de cette envie de rendre compte du réel de manière minutieuse, d’oublier les perspectives, lumières, couleurs, est de digérer le sujet, de le peindre en ressenti en nous invitant dans leur souffle créatif (à ne pas confondre avec le Qi….). « Et si ce n’est à le faire avec de la couleur et des pinceaux, du moins à se représenter les choses à notre manière. A refuser le contour des apparences, à en bousculer le dessin avec l’unicité de notre regard à nous. A nous tous. Vous voyez comme les portes s’ouvrent. »
Quelle belle idée aussi que cette sortie de tableaux de maîtres sur le champ d’à côté : une histoire de restauration d’art, de conservation dans les meilleurs conditions climatiques, alliée à une fête du ressenti par rapport à l’art.
Le "Radeau de la méduse" de Théodore GERICAULT en devient un tableau-phare : quelle est la meilleure représentation de ce drame ? Quelle serait la notre si nos mains répondaient à notre cerveau avec génie ? du politique avec cet abandon d’hommes, le cannibalisme et la mort, le sauvetage….



Un personnage reprend les propos de Dante « Alors la faim l’emporta sur les moyens » pour conclure la vision du tableau…

J’ai aimé ce livre, d’une lecture très rapide, pour tous ces moments dans le temps, hors de lui mais si emprunt de vie. Il n’y a pas beaucoup d’actions, le rythme est comme la lecture d’un tableau. Il ne faut pas vouloir y regarder une analyse de mœurs ou une vue de la guerre…il s’agit bien là d’une contemplation faite par deux êtres sur le radeau de la vie. Il s'agit aussi beaucoup de ressenti par rapport à l'art (lire ici)…. Merci Flo pour cette lecture venue bien à point.