vendredi 14 mars 2008

Du charnel en peinture

Que ce soit les livres voyageurs, les swaps ou les rencontres (en vrai), les échanges sont nombreux. Flo, lors de son passage sur Paris et notre rencontre en vrai en coup de vent (de tiramisu !), m’a laissé des livres voyageurs. « Radeau » d’Antoine CHOPLIN en fait partie.


Je ne savais pas encore que je lirais ce livre qui, dans les mots d’un(e) autre, m’avait touché… impossible de me rappeler qui en parlait. Mais c’était une belle histoire de tableaux !

Nous suivons Louis, en mission pour le Musée du Louvre pendant la seconde guerre mondiale. Il emmène en camion les originaux des tableaux pour les mettre à l’abri des Allemands. Il ne doit pas s’arrêter en chemin, éviter tous les distractions. Mais une jeune femme, pieds nus, Sarah, marche sur le bas côté de la route…elle ne demande rien, aucune aide et ils se trouvent.

L’un se veut dans une dimension collective, de la fuite, des directions de vie, l’autre ne souhaite être nulle part puis juste regarder devant elle. La vie et l’amour sont comme des peintures : le couple comme un « caillou », seul objet délimité, dans ce monde insaisissable et cette vie en mouvement, l’amour comme tableau de vie. « Bien mordre dans leur histoire. Sa façon à lui de le faire, tous les soirs. En y ajoutant les épisodes de la journée. Les autres couleurs advenues. En s’efforçant de tenir en respect l’offensive des gris (…) »
Et la peinture garde une place principale dans toute l’œuvre de cet auteur. Le conflit entre peinture et réalité fut le premier sujet de discussion des personnages. L’art est-il une pâle copie de la réalité ? Sans émerveillement possible malgré une œuvre magnifique ? A l’inertie possible, l’auteur (par son héros) impose le charnel. Superbe notion qui voudrait que même les artistes occidentaux (à rapprocher de mon billet sur la peinture asiatique et du prochain sur la cosa mentale) peuvent se dessaisir de cette envie de rendre compte du réel de manière minutieuse, d’oublier les perspectives, lumières, couleurs, est de digérer le sujet, de le peindre en ressenti en nous invitant dans leur souffle créatif (à ne pas confondre avec le Qi….). « Et si ce n’est à le faire avec de la couleur et des pinceaux, du moins à se représenter les choses à notre manière. A refuser le contour des apparences, à en bousculer le dessin avec l’unicité de notre regard à nous. A nous tous. Vous voyez comme les portes s’ouvrent. »
Quelle belle idée aussi que cette sortie de tableaux de maîtres sur le champ d’à côté : une histoire de restauration d’art, de conservation dans les meilleurs conditions climatiques, alliée à une fête du ressenti par rapport à l’art.
Le "Radeau de la méduse" de Théodore GERICAULT en devient un tableau-phare : quelle est la meilleure représentation de ce drame ? Quelle serait la notre si nos mains répondaient à notre cerveau avec génie ? du politique avec cet abandon d’hommes, le cannibalisme et la mort, le sauvetage….



Un personnage reprend les propos de Dante « Alors la faim l’emporta sur les moyens » pour conclure la vision du tableau…

J’ai aimé ce livre, d’une lecture très rapide, pour tous ces moments dans le temps, hors de lui mais si emprunt de vie. Il n’y a pas beaucoup d’actions, le rythme est comme la lecture d’un tableau. Il ne faut pas vouloir y regarder une analyse de mœurs ou une vue de la guerre…il s’agit bien là d’une contemplation faite par deux êtres sur le radeau de la vie. Il s'agit aussi beaucoup de ressenti par rapport à l'art (lire ici)…. Merci Flo pour cette lecture venue bien à point.

5 commentaires:

lily a dit…

Quel beau billet !
Je note cent fois ce livre bien sûr...

Flo a dit…

Ravie que ce livre t'ait plu ! Il m'avait enchanté à l'époque et avait connu un beau succès grâce aux libraires (La Fosse aux ours est une petite maison de Lyon).
Comme toujours tu nous offres un beau billet...
Je repasse plus longtemps dès que ma tête n'a plus le gabarit d'une pastèque :S

Vanessa a dit…

Lily: oui belle lecture...

Flo: merci encore pour cette belle découverte.

sylvie a dit…

oui, c'est un beau billet pour ce qui doit être une bien belle lecture... figure toi que dans mes projets de billets (l'eau dans l'art, suite...)devrait arriver dans longtemps , parce qu'il y en a pleins à faire et que je ne sais pas quand je vais m'y mettre, mais bon... il y a ... le radeau de la méduse..un très gros morceau!!! tu me donnes là peut-être une piste...alors, je note, pas pour tout de suite, mais je note!

Vanessa a dit…

Sylvie: oh oui, je serais ravie de lire la suite "... dans l'art". Et ravie de t'avoir laissé une piste.