jeudi 4 février 2010

Imperceptibles changements, "Ton héritage" de Biolay

Je me demande souvent quel héritage je vais laisser. Je ne parle pas du matériel, de l'argent... je parle de ce qui, aussi, m'a fait continuer d'entretenir ce blog.

Je parle de cet héritage après... et avant la mort, je parle de cette modification minime de perception, cette attention nouvelle, ce frémissement beaucoup plus ressenti. Je parle de ces infimes déviations suite à notre rencontre, suite à notre relation. Ce qui fait que ce nous reste interchangeable mais imperceptiblement unique.

Et puis j'ai tellement envie de leur transmettre cette envie d'ouvrir les fenêtres pendant l'orage, de toujours aimer danser en attendant aux caisses, cette manière de toucher en contact, cette imperceptible besoin de se réveiller en musique...
un émerveillement enfantin, un regard incisif, cynique ou tendre selon les humeurs, cette envie de vivre et cette nostalgie peut-être nécessaire à la création.

Et en découvrant la chanson "Ton Héritage" de Benjamin BIOLAY, dans son dernier album "La superbe", ce sont toutes ces impressions qui me reviennent... (magnifique album en passant).



"Si tu aimes les soirs de pluie
Mon enfant, mon enfant
Les ruelles de l'Italie
Et les pas des passants
Éternelle litanie
Des feuilles mortes dans le vent
Qui poussent un dernier cri
Crie mon enfant

Si tu aimes les éclaircies
Mon enfant, mon enfant
Prendre un bain de minuit
Dans le grand océan
Si tu aimes la mauvaise vie
Ton reflet dans l'étang
Si tu veux tes amis
Près de toi tout le temps

Si tu pries quand la nuit tombe
Mon enfant, mon enfant
Si tu ne fleuris pas les tombes
Mais chéris les absents
Si tu as peur de la bombe
Et du ciel trop grand
Si tu parles à ton ombre
De temps en temps

Si tu aimes la marée basse
Mon enfant, mon enfant
Le soleil sur la terrasse
Et la lune sous le vent
Si l'on perd souvent ta trace
Dès qu'arrive le printemps
Si la vie te dépasse
Passe mon enfant

Ça n'est pas ta faute
C'est ton héritage
Et ça sera pire encore
Quand tu auras mon âge
Ça n'est pas ta faute
C'est ta chair, ton sang
Il va falloir faire avec
Ou plutôt sans

Si tu oublies les prénoms
Les adresses et les âges
Mais presque jamais le son
D'une voix, un visage
Si tu aimes ce qui est bon
Si tu vois des mirages
Si tu préfères Paris
Quand vient l'orage

Si tu aimes les goûts amers
Et les hivers tout blancs
Si tu aimes les derniers verres
Et les mystères troublants
Si tu aimes sentir la terre
Et jaillir le volcan
Si tu as peur du vide
Vide mon enfant

Ça n'est pas ta faute
C'est ton héritage
Et ça sera pire encore
Quand tu auras mon âge
Ça n'est pas ta faute
C'est ta chair, ton sang
Il va falloir faire avec
Ou plutôt sans

Si tu aimes partir avant
Mon enfant, mon enfant
Avant que l'autre s'éveille
Avant qu'il te laisse en plan
Si tu as peur du sommeil
Et que passe le temps
Si tu aimes l'automne vermeil
Merveille rouge sang

Si tu as peur de la foule
Mais supporte les gens
Si tes idéaux s'écroulent
Le soir de tes 20 ans
Et si tout se déroule
Jamais comme dans tes plans
Si tu n'es qu'une pierre qui roule
Roule mon enfant

Ça n'est pas ta faute
C'est ton héritage
Et ça sera pire encore
Quand tu auras mon âge
Ça n'est pas ta faute
C'est ta chair, ton sang
Il va falloir faire avec
Ou plutôt sans

Mon enfant...Mon enfant..."

9 commentaires:

Flo Makanai a dit…

C'est très beau...

Framboise a dit…

Très beau, très touchant...
Je crois que l'héritage que nous laisserons sera fait de mille et une choses imperceptibles, légères comme un voile, peut-être invisibles à l'oeil nu... mais qui composeront au final un bouquet immortel.
On ne sait pas, ce sont les autres, ceux qui resteront qui choisiront de retenir telle ou telle empreinte de nous.
La chanson de Biolay est superbe (comme l'album, peut-être le plus abouti de ses albums à ce jour).
Merci beaucoup, Vanessa pour ce billet...

Framboise a dit…

Je voulais juste rajouter que le mot "émerveillement" convient parfaitement... Rester "émerveillée", s'émerveiller... c'est tellement dans la vie !
Quant à la création, elle découle pour moi davantage d'une certaine mélancolie que de la nostalgie, j'ai l'impression que la nostalgie traîne quelque chose de lourd, de négatif derrière elle. En tout cas, c'est ce que je ressens.
La création n'est pas que douleur, elle est aussi fruit de douceur, d'un petit bonheur saisi alors qu'il passait "sans en avoir l'air".

Merci pour ta délicatesse, reste comme tu es !

Vanessa a dit…

Flo Makanai: il est doué le monsieur!

Framboise: ils choisiront ou découvriront plus tard ce qu'il est. Pour Biolay, je ne connaissais pas tous ces albums mais celui-ci est une pure merveille, plus "ancrée".
Et puis tu as raison c'est mélancolie et non nostalgie, une certaine "tristesse" propre aux habitants des pays nordiques, apposée à de la joie de vivre. Je n'ai pas envie de retourner en arrière.
Quand à la création faite de douceur, je n'y arrive pas... pas encore. Cela viendra. Merci de me lire.

Framboise a dit…

Mais c'est un plaisir de te lire Vanessa !

Quant à B. Biolay, il irritait profondément certains au début mais ses textes étaient beaux, décalés et c'est aussi un compositeur très doué (sans doute un des plus doué de sa génération). C'est vrai que le dernier album est très "abouti"...

Je t'envoie en bruit de fond le bruit d'une sirène de bateau qui passe pas très loin et qui vient de résonner...

Lily a dit…

Je viens de découvrir ton billet, si tu savais comme il me touche, ainsi que cette chanson de Biolay, que je découvre ici... J'en ai les larmes aux yeux (et même sur les joues --- )
Je t'embrasse très chère Vanessa, à bientôt !

Vanessa a dit…

Framboise: j'ai encore la chance d'être dans Paris mais d'ouvrir ma fenêtre et d'entendre les oiseaux et la cloche du village (euh enfin du quartier)... je prends ta sirène en rêvant être dans le pays qui t'accueille (pays des origines de mes deux grands-pères).

Lily: très douces pensées

Anonyme a dit…

Après notre rencontre d'hier, je fais un petit tour chez toi.
J'adore cet album, et tout spécialement cette chanson.
Comme quoi… 
Marie

Vanessa a dit…

Marie: bienvenue entre mes billets. Merci pour la rencontre, un peu passionnelle à certains moments mais j'espère agréable.
Oui très bel album (et dire que je n'écoute que le CD1 pour l'instant). C'est une drôle d'impression de savoir que tu viens ici après m'avoir vraiment rencontrée... une part de réalité!