mardi 1 septembre 2009

Il rentre en classe

La première rentrée scolaire arrive bientôt. Et oui, le lutin n’a pas encore 3 ans et pourtant il va aller à l’école. C’est vrai que la question de la déscolarisation jusqu’à ses 6 ans (ou plutôt la scolarisation à la maison) s’est posée… un peu unilatéralement toutefois, le papa n’étant pas convaincu. Et pourtant jeudi matin il va aller dans une classe de 20 bambins.



Il est prêt. Dès le début, même à la Maison Verte dont je vous parlais là , il partait à la découverte des autres dans d’autres pièces, en rampant ou en marchant, pouvant passer près d’une heure en confiance à partir du moment où il me voyait passer la tête une fois de temps en temps. Il regarde le monde et les gens, marque un arrêt devant les personnes, que nous ne fréquentons pas assez souvent (timidité simulée ou juste temps nécessaire avant de s’apprivoiser à nouveau), et puis créé sa propre relation jusqu’à vouloir partager même les moments clefs.
Comment être prêt ? Suffit-il de cette autonomie, de cette ouverture vers les autres ? « Françoise Dolto affirme que l’enfant est prêt à aller à l’école lorsqu’à la maison, il est capable de « s’occuper tout seul, jouer tout seul, parler de tous ses agissements, jouer et fabuler avec ses ours, ses poupées, avec ses petites voitures… » (extrait de « Lorsque l’enfant parait, tome 1 »). L’enfant peut être prêt à s’intégrer à une collectivité d’enfants s’il a déjà acquis une certaine autonomie, qu’il se sent sécure et qu’un élan irrépressible le pousse à aller vers autrui et à découvrir le monde. » (extrait de « Accompagner ses premiers pas à l’école », article de Angélique TRIPODI pour le magazine « Grandir Autrement » n°15)
Alors oui, il est prêt, constamment loquace, spontanément partageur de ses découvertes et très demandeur d’activités. De celles qui le recentrent, le stimulent.

Avons-nous choisi la bonne école ? Le postulat pédagogique est celle d’une école publique, la maîtresse parait très motivée et très chaleureuse (au point d’envoyer des cartes de vacances aux enfants). Il apprendra à parler en public, à attendre son tour et à écouter, à vivre en collectivité. Il n’a pas été question d’autres apprentissages mais là n’est même pas la question. J’aurais aimé le mettre en école Montessori, lui permettre jusqu’à 6 ans, de se former seul (tout en étant accompagné, guidé) aux premiers apprentissages. L’aider à comprendre que les méthodes sont individuelles et qu’il est capable d’avoir le déclic de la compréhension et de la solution sans aide d’un adulte. Mais l’école est trop chère.
Je devais aussi me former à cette pédagogie. Je comptais alors pouvoir pallier aux faiblesses de notre lutin ou simplement l’aider à faire seul. Seulement le contexte n’est pas assez favorable à cet investissement de temps et d’argent juste pour accompagner le petit d’homme dans la scolarité normale. Je continue donc mes propres recherches, lis, fouine, achète, construis… je suis toujours en retard, je manque d’organisation, de méthode (et de matériel). Je pense que cela restera longtemps un manque dans mon épanouissement personnel et de maman, mes réflexions me portant très très souvent vers ces attitudes alternatives d’éducation et d’apprentissage, mais les conditions de vie ne laissent pas toujours le choix : c’est un investissement trop important sans débouché professionnel assuré.

Alors il va rentrer à la maternelle publique. Je ne le garderais pas avec moi. Et malheureusement c’est mieux. Malheureusement parce que mes failles de maman sont nombreuses. Si persistantes, si enfouies, si larvées aussi. Je manque de temps pour me construire et rattraper mon temps de vie perdu à survivre. Deux motivations s’affrontent sans me laisser de repos : prodiguer une éducation attentive, affectueuse et estimante… et m’occuper de moi, de ces questions qui me paraissent plus essentielles que de ramener de l’argent à la maison, de « tricoter ma vie », recoudre les points manquants. La résilience de Boris Cyrulnik est encore trop fraiche.
J’ai l’impression d’avoir été maman avant d’être prête à l’être. Prête du fond du cœur oui, prête de ce temps à devenir quelqu’un. Il est arrivé au bon moment, par choix. Mais si incomplète de moi, si demandeuse d’attention, de supports.
Il va aller à l’école parce que je suis encore incapable de lui prodiguer de la vraie présence autant qu’il lui en faut. Je manque de repères, entre autre éducatifs, je manque d’organisation pour permettre la compatibilité d’un temps pour moi (même restreint mais construit) et une vraie attention à lui.
Les moments spontanés de présence, de « soutenance » sont très nombreux mais la journée totale, répétitive sur une semaine, me laisse épuisée, culpabilisante et vide.

Il va rentrer à l’école et je vais revenir au travail. Encore, pas forcément à contrecœur, mais insatisfaite de ne pas avoir choisi ma voie avec confort. Allez, normalement ce seront de très bons moments, épanouissants et nouveaux. Je me prépare et je prépare le lutin à sa première rentrée, cela passe aussi par se laver les mains et s'essuyer le derrière (et le devant).

13 commentaires:

Francine a dit…

Encore un superbe message, tout en nuances et en sensibilité; je suis touchée par la délicatesse de tes propos et un peu peinée de l'image que tu as de toi... mais on en a déjà parlé...
Pour toi aussi c'est bientôt la rentrée, si j'ai bien lu. Bon vent à vous deux!

mirontaine a dit…

Ce message, j'aurais pu l'écrire l'an dernier. Mon petit korrigan a passé une très belle année scolaire dans une petite école publique tandis que maman rêvait d'une école Montessori et aidait les enfants déscos...mais maman mirontaine est comme la maman de Yaël,une maman tout simplement.On fait de notre mieux ;)Par la force des choses,je ne peux accompagner la rentrée de mon fils cette année,il n'en sortira que plus fort grâce à l'amour qu'il reçoit de ma maman et son papa actuellement.Bonne rentrée

Flo Makanai a dit…

Ton billet est très beau, très profond, et il résonne beaucoup en moi. Tes questionnements sont de ceux que je rencontre depuis 10 ans, naissance de ma première fille.
Tu es très courageuse (et exigeante) dans cette quête, ton souci du mot juste le montre.
C'est bon pour un enfant qu'il ne soit pas noyé dans le "ce qu'on voudrait être comme mère pour lui"...
Bonne rentrée, pour toi et pour lui!

Delphine R2M a dit…

Bonne rentrée au petit bonhomme!
Bises

Anonyme a dit…

message plein de sensibilité comme un gao shan cha!subtil,touchant,enivrant,...
on sent comme une culpabilité qui t empoisonne, t emprisonne...
ALORS QUE TOUT SEMBLE POURTANT ALLER DANS LA BONNE VOIE...
Continues d écrire.
PHILIPPE.

Hélène (Cannes) a dit…

Pas facile en effet de les laisser filer ... sans avoir un oeil sur eux ... Car en fait, pour moi, je le sens bien 16 longues années plus tard, je voulais le mieux pour eux -leur donner une autonomie intelligente- ... et le mieux pour moi -difficile de se détacher d'un morceau de soi-même-, les deux n'allant pas forcément parfaitement ensemble ... Résultat des courses, seize années plus tard, donc ... mes garçons ont été tous les deux dans une crèche de 12 enfants où des femmes adorables et patientes ont prolongé l'éducation que je leur donnais à la maison, les entourant avec amour, oui, avec vraiment beaucoup d'amour (cette petite crèche associative était une vraie merveille ...), leur apprenant la gentillesse, la tolérance (cette crèche accueillait quelques enfants handicapés), la politesse ... De vraies valeurs auxquelles je tiens par dessus-tout ... Ils font maintenant leur scolarité dans le Public (je ne pouvais l'imaginer autrement !) et ce sont deux garçons adorables, toujours prêts à aider les autres, bien dans leur peau ... sans que leur maman ne leur ait trop collé aux basques ! ;o)) Dur à faire comme constat mais réel ! ;o)))
Devenir mère, ou père, d'ailleurs, ce n'est pas un truc facile, ça oblige à fouiller dans un bagage que l'on aimerait parfois laisser derrière soi mais quelle belle mission !
Je suis sûre que tout ira bien pour ton petit bonhomme ...
Grosses bises
hélène

Béatrix a dit…

Je me posais les mêmes questions que toi il n'y a pas si longtemps et tu vois elle va faire sa rentrée à la fac de médecine tout juste pour ses 18 ans...il suffit juste d'être la et de les entourer de tout notre amour mais c'est vrai c'est parfois un chemin semé d'embuches surtout quand on pas eu soi-même derrière car on a peur de tout rater et surtout de reproduire...mais tu verras, tu y arriveras...de gros bisous à tous les deux.

Anonyme a dit…

Oh, comme tout cela me parle. Je suis instit en maternelle et rêve d'une formation montessori et d'avoir du temps pour me réaliser en tant que moi et non pas seulement en tant que maman. Très dur, trop dur et voilà insatisfaction et frustation. Dommage

lily a dit…

Que dire, que je ne t'ai pas déjà dit ? que je suis tout simplement admirative devant tout ce que tu as appris, ressenti, les questions que tu t'ais posées et réponses que tu as trouvées et celles que tu cherches encore et encore... C'est précieux, inestimable pour Yael, mais aussi pour tous ceux qui te lisent.
"Deviens ce que tu es", c'est la phrase que le prêtre a prononcé en baptisant Matthieu et qui en dehors de toute "religiosité" ne cesse de me hanter. Lui permettre d'être ce qu'il est au fond de lui. C'est sûrement l'un des rôles clefs des parents et le plus difficile à réaliser... (cela correspond bien à la démarche Montessori, tu ne trouves pas ?)

Vanessa a dit…

Francine: Eh oui toujours un manque de confiance mais je crois que je ne suis aps cynique sur moi-même. La rentrée s'est bien passée, pour un seul... pour l'instant. Merci

Mirontaine: juste des mamans, conscientes et présentes même si éloignée de la porte de l'école ;)...
Bon réconfort.

Flo Makanai: merci de comprendre cette exigence... et je sais que tu as eu la même.

Delphine: merci pour lui, le passage se fait, les adaptations aussi :-)

Vanessa a dit…

Philippe: tout est en chemin donc rien n'est perdu, mais c'est par conscience et non lacher-prise. Quelle belle image que ce Gao shan cha... je ne le boirais pas de la même manière (mais au fait, est-ce que j'en ai un dans mes placards... à voir). En tout cas merci pour cette lecture et cette envie soutenue de revenir au thé.

Hélène: bienvenue entre mes billets! Oui pas évident de laisser une autre approche éducative se mêler à la notre. La crèche reprenait tes valeurs(le droit à la différence m'est aussi très cher), là je ne sais pas encore quelles sont les leurs. La séparation n'a pas été douloureuse, elle demande beaucoup d'attention, de chaleur humaine, de présence mais je sais qu'il grandit, que certaines étapes sont nécessaires, formatrices. J'aurais juste aimé proposer des apprentissages, une écoute autres. Cela n'empêchera pas cette manière d'être (ou cette volonté, soyons réaliste) d'être notre quotidien en famille. Merci

Béatrix: mince alors que cela va vite. Oui être là, toujours, même si nous n'avions personne. Merci de t'être posée ici pour ce message.

Anonyme: bienvenue entre mes billets! Oui le temps est précieux, c'est malheureux, j'ai dû offrir moins de temps à notre enfant pour lui en offrir de meilleure qualité. Et je rêverais je crois très longtemps de cette formation, les livres ne me suffisent pas.

Lily: oui qu'il devienne ce qu'il est, sans mes attentes, mes fantasmes et mes manques... et pourtant avec. Merci aussi de consolider mes réflexions, de me dire que je ne suis pas la seule, que je ne suis pas si "à côté".

Dafodil a dit…

Je suis épatée par tes billets, que je lis de temps en temps. Je trouve cela très fort d'arriver à mettre des mots si juste sur les interrogations de mère. J'en ai aussi, bien proches des tiennes, et tu m'incites/m'invites encore à les approfondir.
Merci et bonne suite sur ce chemin

(pour moi: 2 filles de 7 ans et 14 mois et la dernière s'appelle... Yaël)

Vanessa a dit…

Dafodil: bienvenue entre mes billets! C'est avec plaisir que je vois ne pas être si originale. Que les questionnements fusent, je trouve cela fabuleux. Merci de suivre mes réflexions, au plaisir du partage!