lundi 21 septembre 2009

C'est quoi un jour sans ?

Etre sous le charme d’un livre jeunesse. Oh oui, cela m’arrive. Pas pour tous, pas à chaque fois, je ne sais pas ce qu’il lui faut : une dose d’imaginaire, une réflexion en dessous, des mots d’adulte… peut-être un soupçon de ceci et de cela. Dans mes fantasmes d’un jour écrire un livre jeunesse (voire plusieurs), j’aurais aimé avoir écrit celui-là.

*source image

« Mitsu un jour parfait » de Mélanie RUTTEN est d’une sensibilité extrême. Il revient souvent dans les « classiques » du répertoire du soir. Mitsu est cette crocodile bohème qui travaille chez elle et qui aime les petits plaisirs. Mais ce matin, rien ne va, elle s’est levée du mauvais pied.
Au cours de la journée ses amis essayent de lui changer les idées : une petite gourmandise, une porte ouverte vers une autre réalité (la vie vue d’en haut), un certain fatalisme (ou philosophie). Mais rien n’y fait, seule l’idée de l’aventure lui donne encore envie : au moins ailleurs elle ne sera pas aux prises avec son quotidien. Quelle déception de voir que personne ne se rend compte qu’elle part, là où les herbes ne sont plus aplaties par les pas répétés.
L’aventure est bien là, avec sa dose d’angoisse, de découvertes et de réconfort. L’aventure est aussi cette nouvelle rencontre à l’autre, ici Hervé l’écureuil.


J’y retrouve du Kitty CROWTHER*, à qui elle dédicace ce livre. Des crayonnés pastels, des héros animaux, des décors presque inexistants si ce n’est un ou deux détails : une cafetière, un fauteuil, une chaise… des objets de rituels journaliers.

Aussi dans ces menus détails qui marquent une vraie philosophie de vie : des petits bonheurs, des moments de partage, des collections de choses inutiles, des plaisirs gustatifs. Mais il ne faut pas s’arrêter-là.


Ce livre propose une vraie aventure, éprouvante et fondatrice. Au-delà des apparences, au-delà des peurs, aux delà même des conventions. Une réflexion sur nos valeurs, l’amitié et la joie de vivre au jour le jour.
« Oui, mais, Öko, c’est quoi un jour sans ? Un jour sans quoi ? »… de quoi créer avec son enfant des jours avec… et des jours sans pour retrouver le goût.

Mélanie RUTTEN a un site, n'hésitez pas à aller le voir, surtout que ses participation au "Jounal de Votre Enfant" méritent le détour (entre autres). N'hésitez pas à lire ici, ou aussi pour d'autres avis enthousiastes.

(*dont j'aime énormément le travail, voir dans la recherche sur ce média, colonne de droite encart jaune)

mardi 15 septembre 2009

Bretagne et Asie dans un breuvage... un thé bien-sûr

Cela fait longtemps que je n’ai pas ressorti mes ustensiles de thé. J’ai continué à en boire, au zhong nomade pendant les vacances. J’ai d’ailleurs une pensée pour ce Zhong nomade là parcourant le Canada.
J’ai bu des oolongs, des fumés aussi, le matin, le midi ou le soir, qu’importe. Mais ils ont été infusés à la va-vite. Je ne veux pas dire par là que je n’ai pas pris de plaisir. Mais préparer la table, sortir un zhong pour l’occasion, mon nez de porcelaine et ma tasse à déguster, choisir un contenant à mon infusion, retrouver aussi l’envie de prendre le temps, pas juste celui de boire chaud le breuvage mais surtout celui de le préparer.
Mais je n’y tenais plus. Des amateurs de thé n’ont pas arrêté de me faire de l’œil, j’ai dû décliner une proposition des plus alléchantes en superbe compagnie (je pense à vous Francine, Olivier, et à vos proches). Je n’ai pas pu, prise par les objectifs du quotidien, un stress familial pour un petit loup et sa première rentrée scolaire, un stress de santé pour la vision du lutin qui a dû sortir par n’importe quel temps, soleil éblouissant comme temps très nuageux, avec des lunettes de soleil.
Je ne peux pas dire que le calme est revenu. Je suis encore en attente. Pourtant ce matin, je m’accorde un temps pour moi, un temps où je ne lis pas de pédagogie, un temps où je ne me consacre pas à mon sort professionnel, un temps pour marquer « pause ». Demain sera un grand jour pour une amie, de ces étapes que je souhaite à chacun, de celles qui marquent, qui aident aussi à passer à une autre marche sur l’escalier de notre vie. J’ai envie de faire une pause pour me recentrer, pour savoir que moi aussi je gravis mes marches, moins apparentes, plus souterraines mais si présentes.


J’ai choisi un thé vert de Chine, un Lu Shang Yun Wu de la province de Zhejiang, « thé des monts nuageux ».
Il pleut sur Paris et les nuages sur la montagne m’inspiraient… vue embrumée mais odeur d’alpage, odeur de renouveau. L’odeur sous la pluie est toujours là pour me donner de l’ivresse. La fenêtre est grande ouverte sur ce petit 11°C extérieur.


Et puis j’ai choisi une note de sud Bretagne. Francine est allée sur Guérande où j’étais il y a 1 mois. J’avais moi aussi été subjuguée par la maison de thé sur la place, devant les sculptures des métiers… Je n’avais qu’une envie reprendre une tasse céladon… ou mieux encore un zhong céladon. Le macareux n’est pas de cette région mais je l’ai acheté là-bas et j’aime à l’imaginer sur les côtes escarpées. Et puis dans mes oreilles Yann TIERSEN (et ses comparses dont les incomparables Dominique A et Neil HANNON). Une musique qui pleine d’embruns, je vois les bateaux, les vareuses couleur brique des hommes, les phares et le vent.


Oui pas très asiatique tout cela. La liqueur me rappelle à l’orient. Et là encore je constate que mon manque de pratique des quelques derniers mois pèse. Mon odorat est léthargique, mes papilles endormies. Quel plaisir de réexercer ces sens, une manière de se réapproprier les sensations corporelles.

Les feuilles sont petites, vert-bleutées et ont un parfum de rose et de pêche. L’odeur sur le couvercle et dans la tasse à sentir est beurrée aux tonalités de fleurs blanches. L’infusion est beurrée, tapissante, avec comme un goût de suc de chèvrefeuille.


Allez un peu de Yann TIERSEN pour finir:

Yann Tiersen - La veillée
envoyé par Quarouble. - Clip, interview et concert.

et une autre musique, encore

Yann Tiersen & Têtes Raides -La noyée
envoyé par Quarouble. - Clip, interview et concert.

lundi 14 septembre 2009

Sans rentrer dans la psychose...

... un petit dessin animé pour expliquer la grippe A aux enfants. Cela peut toujours servir.

De la grammaire émotionnelle, sans étiquette mais avec de la CNV

Il est impressionnant de constater ce que nous apporte l’acte de parenter. Nous apprenons au contact de nos têtes (plus ou moins) blondes de multiples manières.
Pour certains c’est reprendre les bases d’une langue étrangère, revoir les règles de grammaire… cela viendra. Je prendrais beaucoup de plaisir à reformer mes bases lésées par un manque d’adéquation à l’éducation.
Il y a aussi cet énorme travail sur soi, que certains parents laissent en suspend par manque de prise de conscience, par peur, devrais-je le dire… par fuite. Le fait d’accompagner un enfant dans la vie, au quotidien, renvoie énormément d’émotions, rappellent notre éducation, délogent nos faiblesses, traquent les irrespects vécus dans notre enfance. Ce travail m’a pris beaucoup de temps, d’énergie… et m’en prends encore. Il a entrainé des nuits et des nuits d’insomnie, me débattant contre mes propres démons, contre moi en diablesse, mi-animal traqué, apeuré, en souffrance, mi-dragon, hurlant, vociférant, lâchant de nombreux cris primales sortis alors trop tard, pas à propos (et surtout source d’une violence verbale gargantuesque). Je continue ce long chemin vers une parentalité plus respectueuse.


Mais nos apprentissages sont aussi présents sur des manques. Avec le petit d’homme, j’apprends la grammaire émotionnelle. Je reprends ici le terme d’Isabelle FILLIOZAT dont je n’ai encore rien lu mais cette grammaire me plait dans ce qu’elle entraine de notions : connaissance et organisation, nouvel ordonnancement en fonction de notre objectif. C’est impressionnant de constater notre incapacité à distinguer nos émotions. Oui, oui, bien sûr la peur, la colère, la joie, la tristesse… mais n’est-ce que cela ? Bien-sûr que non. Nous avons un panel très large de sentiments. Mais j’ai toujours du mal à distinguer les nuances. Alors à chacun ses premières approches des sentiments.


Pour le lutin, des pictogrammes et images pour les sentiments de base qu’il peut rencontrer.

En support, je lui propose « Les sentiments » de Patricia GEIS et Sergio FOLCH.
Cela a été long avant qu’il comprenne l’histoire et la conséquence émotionnelle. Moi-même je ne trouvais pas le lien flagrant mais est-ce une faiblesse du livre ou un flou dans mes propres sensations. Ce livre propose une roue des émotions, permettant à l’enfant de dire ce qu’il est au moment où nous lui parlons.
Je regrette juste que les illustrations ne soient pas assez contrastées avec le fond coloré, visuellement c’est difficile de se concentrer. J’ai d’autres livres qui nous aideront à aller plus loin, d’autres proposent des histoires où les sentiments sont encore plus fins, ce sera pour plus tard.

Pour ma part, je lis « Les mots sont des fenêtres (ou ce sont des murs) » de Marshall B.ROSENBERG, entre autres.

Appréhender la communication non-violente CNV me permet d’apprendre à reconnaitre mes sentiments et de tenter d’y voir les besoins sous-jacents. De la théorie pertinente et de la pratique qui se fait attendre (par manque d’exercice ou de sérénité). La connexion entre besoins à satisfaire et communication sans jugements ni ordres est un apprentissage de tous les instants, qu’il me faut commencer, appréhender et continuer pour que le petit loup l’adopte aussi.

Les sentiments se sont plastifiés pour être manipulables et positionnables sur le réfrigérateur (ou ailleurs), sentiments satisfaits et insatisfaits. J’essaye de me familiariser avec les besoins de 9 familles différentes :
- Besoins physiologiques, bien-être physique ;
- Sécurité ;
- Empathie, compréhension ;
- Créativité ;
- Amour, intimité ;
- Jouer ;
- Repos, détente, récupération ;
- Autonomie ;
- Sens, spiritualité ;
Maintenant il reste à suivre les 4 étapes :
1/ observations des faits objectifs (sans jugement moralisateur, sans évaluation)
2/ sentiments, émotions et évaluation masquée
3/ besoins, valeurs et non envies ou désirs selon une stratégie
4/ demande qui va déboucher sur une action, stratégie, solution et non exigence

*source CNV

Et puis pour ne pas étiqueter notre loupiot, ne jamais lui laisser croire qu’il n’est que… pour ne pas l’enfermer dans un rôle au jugement de valeur, un livre pour se rappeler aussi, qu’en tant que parents, l’étiquetage est rapide, le manque d’écoute aussi. « Des mots plus légers » de Youn YOUNG-SEON et illustré par Jeun KEUM-HA, un vrai bijou !

Il est lent, timide, craintif, solitaire, meneur, maladroit, capricieux, déterminé…. un peu, par philosophie de vie, par grammaire émotionnelle différente et puis surtout avec poésie : les mots deviennent plus légers.
« Je dédie ce livre aux enfants qu’on n’écoute pas assez. J’espère toucher le cœur de tous les lecteurs, quels que soient leur âge, leur nationalité ou leur origine. Face à l’indifférence des adultes parfois trop occupés, les enfants ne parviennent pas à exprimer leurs sentiments et, peu à peu, referment leur cœur. Dites à ces enfants repliés sur eux-mêmes qu’ils ont le droit de crier : « Ecoute-moi ! ». Ensuite, écoutez-les. Leurs « maux » seront plus légers… »
Youn YOUNG-SEON.

Ainsi même lent, il aura le masque d’un pingouin qui prend son temps, même difficile le masque d’un wapiti conscient des notions de santé mais incapable de manger ce qu’il faut, même musicien le masque d’une tortue dansante et swinguante peu à la voix peu musicale mais à l’oreille fine et le cœur emballé, même maladroit le masque d’une chenille incommodante pour les papillons avant de devenir elle-même un papillon. Un masque animalier à prendre, a laissé de côté mais juste un masque éphémère. Une manière de se présenter aux autres au jour d’aujourd’hui… en attendant plus d’écoute demain. Ces animaux se rajouteront au gorille de la colère (ou du T-Rex), animal de compagnie depuis la lecture continuelle de « Les colères » de Catherine DOLTO.

« La lecture d’un album illustré est une sorte de « conversation » avec les dessins. Un album aussi profond que le regard d’un ami avec qui l’on communique sans parler est un livre non seulement pour les enfants mais aussi pour les adultes qui se souviennent d’avoir été enfants. » (extrait de cette édition Flammarion, collection « petits matins » : Expression, exploration, intuition, émotion… »)C’est pourquoi ils prennent une place toujours plus importante dans notre bibliothèque commune.

Rajout du 27/10/2010: un autre livre très bien fait à partir de 9 ans "Au coeur des émotions", je vous en parle là.

vendredi 4 septembre 2009

Glaner les pieds dans l'eau, les papilles éveillées

Pendant les vacances, j’ai lu page par page, relu, ce livre véritable trésor en la matière.

« Glaner sur les côtes de Bretagne, Vendée, Charentes, Gironde » de Bernard BERTRAND, illustré par Pascal LE ROC’H m’a été conseillé par Colibri (spécialiste de cueillette de plantes comestibles et sauvages et, autre corde à son arc, amatrice de sa Bretagne).
Ce livre se répartit en tranches de milieu en fonction de la salinité et de l’immersion dans la mer. L’estran est la zone de balancement des marais, il peut être rocheux, vaseux ou sableux. Au-delà de l’estran : plage, dune, falaise et roche. Les marais côtiers. Pour chaque milieu, une présentation de très nombreux spécimens est offerte en double page avec la spécificité, un peu d’histoire, comment le reconnaitre, quand et comment le récolter et comment le déguster.
Parce que oui, sous des dehors de livre accompagnant le randonneur amoureux de la nature, c’est aussi un livre d’accommodements gustatifs des produits sauvages. Les algues, les mollusques, crustacés ou gastéropodes de l’océan Atlantique, les plantes le plus près des côtes ou des marais.

Cela offre de nombreuses autres perspectives à une balade sur la côte sauvage. De quoi, avec éthique et respect de l’environnement en suivant quelques commandements, se nourrir toutes l’année rien qu’avec ce que la nature nous offre à notre porte : locavore et glaneur. Mais il offre aussi d'autres découvertes, de la collecte des bois flottés aux coquillages pour la décoration, à une proposition d'alguier extrèmement tentante, et quelques portraits de métiers et d'hommes de terrain: paludier, restaurateur avec les algues, décorateur et bijoutier, ornithologue, éducateur ou historien...



J’ai profité de cette lecture et découvert la criste marine, la griffe de sorcière, l’obione, ai reconsidéré aussi toutes les perspectives de l’onagre, du plantain. Je n’ai malheureusement pas testé les petites bêtes…

même si quelques palourdes dégorgeaient leur sable dans une eau salée avant notre départ, que des coques et des cheveux de mer (algues et non bébêtes) ont été trouvés sur l’estran et que quelques crabes verts (assez gros pour passer à la casserole) se sont pris dans nos filets (les photos ne sont pas celles des gros crabes verts).


Ce livre est foisonnant et si Colibri et Anh, métisse de Bretagne, auteure du très bon livre de la cuisine de toutes les mers (avec influence asiatique) dont je parlais là, le recommandent que demander de plus : Colibri nous en parlait là avec une balade en Bretagne et un nombril de vénus, Anh nous en parle avec l’émerveillement autour de l’élément eau ici .

mardi 1 septembre 2009

Il rentre en classe

La première rentrée scolaire arrive bientôt. Et oui, le lutin n’a pas encore 3 ans et pourtant il va aller à l’école. C’est vrai que la question de la déscolarisation jusqu’à ses 6 ans (ou plutôt la scolarisation à la maison) s’est posée… un peu unilatéralement toutefois, le papa n’étant pas convaincu. Et pourtant jeudi matin il va aller dans une classe de 20 bambins.



Il est prêt. Dès le début, même à la Maison Verte dont je vous parlais là , il partait à la découverte des autres dans d’autres pièces, en rampant ou en marchant, pouvant passer près d’une heure en confiance à partir du moment où il me voyait passer la tête une fois de temps en temps. Il regarde le monde et les gens, marque un arrêt devant les personnes, que nous ne fréquentons pas assez souvent (timidité simulée ou juste temps nécessaire avant de s’apprivoiser à nouveau), et puis créé sa propre relation jusqu’à vouloir partager même les moments clefs.
Comment être prêt ? Suffit-il de cette autonomie, de cette ouverture vers les autres ? « Françoise Dolto affirme que l’enfant est prêt à aller à l’école lorsqu’à la maison, il est capable de « s’occuper tout seul, jouer tout seul, parler de tous ses agissements, jouer et fabuler avec ses ours, ses poupées, avec ses petites voitures… » (extrait de « Lorsque l’enfant parait, tome 1 »). L’enfant peut être prêt à s’intégrer à une collectivité d’enfants s’il a déjà acquis une certaine autonomie, qu’il se sent sécure et qu’un élan irrépressible le pousse à aller vers autrui et à découvrir le monde. » (extrait de « Accompagner ses premiers pas à l’école », article de Angélique TRIPODI pour le magazine « Grandir Autrement » n°15)
Alors oui, il est prêt, constamment loquace, spontanément partageur de ses découvertes et très demandeur d’activités. De celles qui le recentrent, le stimulent.

Avons-nous choisi la bonne école ? Le postulat pédagogique est celle d’une école publique, la maîtresse parait très motivée et très chaleureuse (au point d’envoyer des cartes de vacances aux enfants). Il apprendra à parler en public, à attendre son tour et à écouter, à vivre en collectivité. Il n’a pas été question d’autres apprentissages mais là n’est même pas la question. J’aurais aimé le mettre en école Montessori, lui permettre jusqu’à 6 ans, de se former seul (tout en étant accompagné, guidé) aux premiers apprentissages. L’aider à comprendre que les méthodes sont individuelles et qu’il est capable d’avoir le déclic de la compréhension et de la solution sans aide d’un adulte. Mais l’école est trop chère.
Je devais aussi me former à cette pédagogie. Je comptais alors pouvoir pallier aux faiblesses de notre lutin ou simplement l’aider à faire seul. Seulement le contexte n’est pas assez favorable à cet investissement de temps et d’argent juste pour accompagner le petit d’homme dans la scolarité normale. Je continue donc mes propres recherches, lis, fouine, achète, construis… je suis toujours en retard, je manque d’organisation, de méthode (et de matériel). Je pense que cela restera longtemps un manque dans mon épanouissement personnel et de maman, mes réflexions me portant très très souvent vers ces attitudes alternatives d’éducation et d’apprentissage, mais les conditions de vie ne laissent pas toujours le choix : c’est un investissement trop important sans débouché professionnel assuré.

Alors il va rentrer à la maternelle publique. Je ne le garderais pas avec moi. Et malheureusement c’est mieux. Malheureusement parce que mes failles de maman sont nombreuses. Si persistantes, si enfouies, si larvées aussi. Je manque de temps pour me construire et rattraper mon temps de vie perdu à survivre. Deux motivations s’affrontent sans me laisser de repos : prodiguer une éducation attentive, affectueuse et estimante… et m’occuper de moi, de ces questions qui me paraissent plus essentielles que de ramener de l’argent à la maison, de « tricoter ma vie », recoudre les points manquants. La résilience de Boris Cyrulnik est encore trop fraiche.
J’ai l’impression d’avoir été maman avant d’être prête à l’être. Prête du fond du cœur oui, prête de ce temps à devenir quelqu’un. Il est arrivé au bon moment, par choix. Mais si incomplète de moi, si demandeuse d’attention, de supports.
Il va aller à l’école parce que je suis encore incapable de lui prodiguer de la vraie présence autant qu’il lui en faut. Je manque de repères, entre autre éducatifs, je manque d’organisation pour permettre la compatibilité d’un temps pour moi (même restreint mais construit) et une vraie attention à lui.
Les moments spontanés de présence, de « soutenance » sont très nombreux mais la journée totale, répétitive sur une semaine, me laisse épuisée, culpabilisante et vide.

Il va rentrer à l’école et je vais revenir au travail. Encore, pas forcément à contrecœur, mais insatisfaite de ne pas avoir choisi ma voie avec confort. Allez, normalement ce seront de très bons moments, épanouissants et nouveaux. Je me prépare et je prépare le lutin à sa première rentrée, cela passe aussi par se laver les mains et s'essuyer le derrière (et le devant).