vendredi 4 janvier 2008

Tic-tac des sentiments

Ce petit livre m’était destiné depuis sa sortie… au dessus du gui, il me l’avait dit. Très attirée par les contes pour adultes, gothique, fantastique, onirique et poétique, « La mécanique du cœur » de Mathias MALZIEU me tentait énormément.



D’une lecture très rapide, rythmée et très imagée, ce livre a tenu ses promesses.


Jack est né le jour le plus froid du monde. Ce petit bébé à tête d’oiseau et grands pieds, a été porté à bout de ventre par sa toute jeune maman, venue en haut de la colline pour accoucher chez le Docteur Madeleine. Jack nait avec le cœur gelé, une horloge lui est greffée pour l’aider à fonctionner. Nous suivons alors cet enfant abandonné par sa mère chez cette accoucheuse. Ou plutôt nous suivons ce cœur fragilisé, qui doit à tout prix limiter les émotions fortes comme la colère, l’amour et le désenchantement amoureux : Jack, cloitré dans sa tour de bois en haut de cette colline aux suspicions de sorcellerie, souhaite connaître le monde, s’éprend, en ville, d’une chanteuse des rues, Miss Acacia, très vite introuvable, et n’a qu’une envie la retrouver et la conquérir.

*illustré par Joan SFAR bien-sûr!

Les personnages, à la Tim Burton, sont des plus attachants. Ils sont visuels, hors norme, un peu bohémiens. Et sous ses portraits à l’encre et aux ombres se dessine une vraie chaleur humaine pour les êtres laissés pour compte, différents.
Le Docteur Madeleine, maman d’adoption, accoucheuse clandestine, tenancière d’une pouponnière de fils et filles de catins (ou de jeune filles désœuvrées), horloger, chamane, sorcière, mécanicienne des cœurs et des âmes. Vieille jeune fille à l’étincelle dans le regard et au faux contact dans le sourire.
Et aussi ce clochard Arthur à la colonne vertébrale musicale, les deux prostituées chaleureuses, Luna et Anna, au cœur d’artichaut, enseignant au tout petit Jack des mots d’une sensualité encore méconnu, un hamster se retrouve avec un nom cher aux femmes : cunni…gus mon amour !
Cette demoiselle Acacia, aux allures d’arbres en fleur, petite donzelle sur talons aiguille, myope, « flamme sans lunette », qui se cogne contre les murs et le monde, danseuse et chanteuse de flamenco.
Ce Joe, ennemi intime, au corps tellement maigre qu’il ressemble à un arbre mort avec une chevelure de plume de corbeau.
Et puis l’horloger Mélies qui l’accompagnera dans son périple vers l’Andalousie, prestidigitateur, truqueur, horloger, docteur Love…prêt à réparer le cœur cassé de Jack. Le Jack l’éventreur rencontré dans le train.

Ce livre est à rapprocher de sa bande originale du même nom, Mathias Malzieu étant le chanteur auteur du groupe français Dionysos. Et derrière cette lecture, fraiche, onirique, enthousiasmante, les clins d’œil sont une petite cerise au-dessus de ce gâteau à la crème. Méliès, Georges, est le premier réalisateur aux effets spéciaux, truqueur, du cinéma. Jean Rochefort lui donne sa voix, dans le livre nous reconnaissons sa moustache, son œil pétillant, mais aussi un détail de son parcours. Il était du casting du film avorté « L’homme qui a tué Don Quichotte » de Terry Gilian où Jean Rochefort devait incarner l’homme de la Mancha lui-même…la conquête de l’Andalousie et les moulins avant…les patins à roulettes me donnent aussi l’effet d’un mode de locomotion à la Baron de Münchhausen… Un Arthur H en Arthur avec une voix rocailleuse...
Miss Acacia, vocalisée par Olivia Ruiz (muse et amoureuse de l’auteur), est vu comme une gourmandise, du chocolat… « La femme chocolat », titre d’un album de cette chanteuse, sans compter cet élan volcanique qu’elle a sur scène.
Joe a l’allure complète et la voix caverneuse de son interprète de la BO : Grand corps malade.
Alain Bashung propose un Jack l’éventreur concentré. Rossy de Palma une Luna érotico-sensuelle… « Michael, va te rhabiller ! ». Un Eric Cantona en Jack adulte, un peu désenchanté, mystérieux. Ce Jack, Mathias Malzieu/chanteur de Dionysos, petit, qui marche sur la tête des gens (en concert et non dans un train fantôme). Le cabinet de curiosité humain est complet…




L’histoire est belle, touchante, plein de poésie, comme ces œufs de poule devenus des souvenirs de beaux moments, ces bocaux de larmes, auxquelles on rajoute de l’alcool de pomme du jardin pour en faire un filtre de réconfort. L’amour dans ses états progressifs, le désamour, la différence, le trop plein d’amour (maternel) …voilà ce qu’il ya sous les lignes. Mathias Malzieu nous offre de très beaux mots, des formules magnifiques et une belle leçon sur la différence : « N’aie pas peur, mon garçon, tu apprendras très vite à effrayer pour exister ! » dit Jack L’éventreur. Mais la magie est ailleurs.



11 commentaires:

Virginie a dit…

Moi j'ai été un peu déçue par cette lecture, pourtant j'avais adoré Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi. J'ai un peu de retard dans mes critiques, mais ça va venir. En tous cas, merci pour ta proposition, mais il est déjà bien au chaud dans ma bibli;o)

Lamousmé a dit…

je l'ai meme mis en vitrine tellement il m'a plu!!! ;o)

Vanessa a dit…

Virginie: Ah et en quoi le premier était meilleur!

Lamousmé: je te comprends ;-)

sylvie a dit…

je l'ai lu pendant les vacances et j'ai beaucoup aimé; j'ai le Cd aussi!
merci pour la vidéo, je n'ai pas encore eu le temps de découvrir les clips..; celui-ci est très bon!
j'espère avoir le temps de rédiger un message sur ce titre dans pas longtemps...

Virginie a dit…

Eh bien, j'ai préféré Maintenant... parce que je pense qu'au moment où je l'ai lu il m'avait parlé, il touchait à quelque chose en moi, ce qui ne fut pas le cas de La Mécanique du coeur, et comme le style reste le même du coup ça m'a un peu déçue, parce que je m'attendais sans doute à autre chose. Mais j'expliquerai tout ça mieux quand je ferai ma critique;o)

Holly Golightly a dit…

J'ai touché ce livre dans une librairie parisienne, il y un moment. Je n'ai pas osé l'acheter de crainte d'être déçue. C'est bête. Ton billet me donne un regret. Je vais l'acheter et le lire. Merci, jolie demoiselle.

Vanessa a dit…

Sylvie: je suis impatiente de savoir ce qui t'a le plus plu!

Virginie: oui...j'attend ta critique.

Holly golightly: c'est un très beau conte mais je serais allée encore plus loin...il arrive vers chez toi d'ici peu ;-)

cathulu a dit…

Un univers très proche de celui de Tim Burton, on dirait .

Vanessa a dit…

Cathulu: oui, avec un peu de noir en moins (ils sont au final bien gentils tous les personnages de Malzieu!). Tu veux que je te l'envoie ce cerf-volant?

sylvie a dit…

j'ai fais un lien de ton très beau billet sur mon post!

Vanessa a dit…

Sylvie: merci...