lundi 26 novembre 2007

Mes refuges: cabanes mentales, visuelles et corporelles

Je n’ai pas eu de cabane, n’ai pas rêvé d’en avoir une. J’avais juste envie de cet espace privilégié où les « autres » me laisseraient seule, faire ce que je voulais ou ne rien faire. Avec la maternité, les souvenirs me reviennent par flots entiers. Mais heureusement mes refuges d’adultes sont nombreux.
Petite avant mes 8 ans, je vivais chez mes grands-parents maternels et dans la maison il y avait un étage mansardé. Ce fut mon refuge ! Il y eu la télé aussi, regardée en cachette. Mais surtout cet espace, réduit, était sous les toits, à même la charpente et les poutres de soutien cassaient la vision. Moi, je me blottissais là où la hauteur du plafond était la plus réduite, dans les coussins, le stock de vêtements, entre ces poutres affublées de gravures botaniques entre autres : oiseaux ici, champignons là…Ce sont ces gravures qui me reviennent à l’esprit comme décor de mon imaginaire…une forêt profonde.


Je n’ai que rarement trouvé de refuge, je n’avais pas le droit de ne rien faire, mise d’office à l’extérieur…ou laissée là.

Entre mes 8 et 10 ans, ma mère et moi habitions un appartement au rez-de-chaussée. Il donnait sur la rue, en enfilade, avec comme premières pièces : la salle d’attente du cabinet libéral de ma maman, le cabinet en lui-même, la salle de bain et au dessus en mezzanine ma chambre (un espace lit en fait). Je ne pouvais pas me tenir debout, juste assise, elle était entourée de barrières contre lesquelles j’avais posé ma bibliothèque et mes petits objets. A ma tête une mansarde donnait au-dessus du cabinet. Espace exigu, dont le seul accès était mon espace. Là, ma maman y stockait ses objets revenus de voyage dont un gourdin entouré de dents de requins attachées par des cheveux de femmes de Cote d’Ivoire. Alors quand j’oubliais la proximité avec cet objet terrifiant, je repensais à l’accès facilité des autres, des voleurs, des méchants, des adultes, par la vitrine de la salle d’attente ou par les hublots au plafond (oui une partie de l’appartement n’avais pas d’étage au-dessus).
Est-ce qu’un refuge est nécessairement exigu ? Le plus déroutant maintenant est que je partais souvent sur ce faux toit et j’étais en sécurité. Troublant oui car toutes les fenêtres de l’immeuble donnaient sur ce jardin et ce faux toit mais j’y étais bien…je pouvais voir le mal arrivé. J’y emmenais la seule poupée offerte par ma maman, une marie-do que j’ai laissé, dans un passé sentimental, à une dame restée dans la nostalgie de son enfance (une poupée que j’ai rachetée, différente bien sûr, mais tellement importante…un prochain billet, c’est sûr ! Celle en photo n’est pas la mienne).

Je crois aussi que la cabane, cet espace à soi, cette géographie visuelle, cet endroit petit où nous nous baissons, est important aussi pour notre position corporelle : assise, en cocon, emmitouflée…j’ai souvent utilisé mon corps comme une carapace (encore aujourd’hui, mais c’est certain !) : en fœtus le pouce en bouche ou plus paradoxalement en lotus à plat (vous savez cette position des jambes, pied sur la jambe opposée, et en plus à plat ventre…mais pas comme cette dame : mes bras s’occupaient d’autres choses)

…une vraie gymnastique, une vraie position rien qu’à moi, j'avais l'impression d'être la seule à savoir le faire: une sorte de monde en harmonie avec moi.

Et vous qu’elle est la géographie de votre enfance ? et votre cabane corporelle ? Vous avez jusqu’au 31 novembre pour le thème de Passeurs d'imaginaires de novembre : les cabanes.

7 commentaires:

Lysalys a dit…

A plus d'un titre ton message m'a touchée... A nous aussi les cabanes étaient interdites et pourtant l'imaginaire des enfants est bien plus fort que la volonté écrasante des adultes : une cabane, cela peut être un refuge dans notre esprit, un moment volé sous une couverture telle une tente où le monde devient autre (une cabane comme nous en faisions malgré tout, petit larcin aux impératifs des grands, si précieux, unique, comme un cocon, comme ce cocon que tu as su créer...), parfois quelques branches posées ici et là dans une haie et tant pis si la cabane était détruite, nous pourrions toujours nous envoler et recommencer... Et puis cette image de ce grenier dérobé, mystérieux, pas poussiéreux, non comme un passage magique... Merci de ce message intimiste et magique lui aussi...

Vanessa a dit…

Lyslys: un moment volé oui...merci d'avoir écouté ce secret...

BelleSahi a dit…

Ma chambre et son grand placard en soupente ! Mais je préfére mon refuge d'adulte : ma maison !

Lily a dit…

Tu as tout à fait raison, la cabane va de paire avec une certaine position, un peu blottie, un peu en boule et si c'était ça en fait l'essence même de la cabane !
En tout cas ta mansarde me touche beaucoup, triste et belle tout à la fois !
Bonne fin d'APM Vanessa !

Vanessa a dit…

Bellesahi: ta maison comme une cabane d'adulte où je te vois très à l'aise oui.

Lily: merci...dommage que cette position ne me soit plus facile: elle me manque!

rose a dit…

Très beau texte ! Je suis très sensible à tes gravures botaniques (elles m'évoquent des images dans la classe de ma mère) et aussi à ta posture de lotus (une posture de concentration que j'aime bien pour lire - assise, car ta version me paraît effectivement bien à toi !)

Vanessa a dit…

Rose: merci de suivre mes divagations