samedi 29 septembre 2007

Warum ?

Avec les propositions de lectures de Lily, je me suis reprise au goût de la lecture, du moment volé au temps de la journée, à l’esprit qui voyage sans avoir le confort optimal (le rugby aide, hi, hi…).
Cela me rappelle mes nuits passées à lire avec une lampe de poche sous mes couvertures. Je n’avais pas le droit de lire chez ma maman. Une perte de temps par rapport au sommeil réparateur et à l’action, en extérieur, fortifiante.
Erreur dans tous les sens : éducatif, je me suis vautrée dans la lecture (comme dans un vice à fortifier, à encourager…mais je ne savais pas quoi lire….) ; psychologique, certains livres permettent de palier aux manques, de se construire, se reconstruire, aller de l’avant ; intellectuellement, ils permettent d’ébaucher une architecture mentale autre que celle inculquée par l’éducation nationale, pour trouver une place même hors norme.

Voici donc une lecture de plus en une journée : « Le maître de lecture » de Chaïm POTOK, qui chez un autre éditeur est "Le maître de trope" titre plus pertinent à mon goût.

« - Pourquoi ? Bafouilla-t-il.
Il avait employé le mot « warum ». »

Chaïm POTOK a l’avantage de nous proposer une éducation juive tout en ne pêchant pas par intellectualisme. Ce petit livre se lit ainsi, comme le retour à la mémoire collective d’un peuple, ici d’un homme le « War professor », spécialiste des conflits, pro-guerre, connu pour disséquer les tenants et les aboutissants, les causes, les liens.

Il s’agit ici de cet expert, Mr Walter, qui s’est mis en tête d’écrire ses mémoires. Il va trouver l’aide d’une auteure de fiction, voisine depuis peu, pour fouiller dans ses souvenirs, faire écrouler les remparts que sa mémoire a édifiés, peut-être par instinct de survie. La clef de voute se révèle être sa vie à 13 ans, lors de sa préparation à la Bar Mitsva, fête du passage à l'âge adulte du jeune juif ..
« - Je crois que le bélier d’Abraham est toujours bélier dans le buisson, dit-elle d’une voix douce.
Il se retourne vers elle.
- J’en suis persuadée
- Un bélier dans le buisson ?
- Oui très certainement. »

L’homme, arrivé à la fin de sa vie, cherche ce qui se cache en lui, ce bélier sacrifié à la place du fils d’Abraham, Isaac, pour le D-ieu d’Israël…un sacrifice humain remplacé.
« - Partez du degré zéro de la mémoire, lui disait-elle d’une voix basse, insistante.
- Le degré zéro ?
- La plus petite parcelle de souvenir.
- Ah la plus petite…
- Du souvenir involontaire qui éclate comme un éclair. De la mémoire qui vous entoure comme une aura ?
- Ma quoi ? Mon aura ?
- Quand je dis « Benjamin Walter », qu’est-ce qui vous vient immédiatement à l’esprit ?
- Immédiatement ?
- Instantanément.
Un long silence, une recherche désespérée, chaotique.
- Pourquoi ?
- Pourquoi quoi ?
- Le mot « pourquoi » me vient à l’esprit. »



*source image

Alors, autour de plusieurs cafés accompagnés de petits gâteaux trop sucrés, chez cette voisine, laissant sa femme malade alitée seule dans sa maison à côté, Mr Walter se remémore pendant quelques nuits son professeur de Trope, son maître de lecture de la Thora, de la musicalité des textes saints (Trope: 1. Figure de rhétorique par laquelle un mot ou une expression sont détournés de leur sens propre. 2. Nom d’un signe musical chez les Hébreux). Sa conscience revient.

Je suis restée sur ma faim, tout est dit sans que l’essentiel n’apparaisse, les liens arrivent, la causalité d’une vie est découverte mais la prise de conscience ne permet pas d’élucider les profondeurs du personnage, attaché aux arbres, enraciné grâce à eux, ni de se positionner sur les causalités des persécutions.
Pour aller plus loin, je vous propose d’aller voir la réponse du pédagogue Philippe MEIRIEU au philosophe Alain FINKELKRAUT sur la rédemption pédagogique à la question juive ici: nous avons alors les deux positions possibles .

2 commentaires:

Béatrix a dit…

et bien je ne l'ai pas encore lu et je trouve qu'il a l'air si beau que ce serait dommage..je le note bien vite..

Vanessa a dit…

Beatrix: il peut arriver chez toi pour un vol ... de cerf-volant.