lundi 1 octobre 2007

Papiers de bonbons au goût d'enfance

Lily en parle et me l’a proposé en lecture. « Bonbons assortis » de Michel TREMBLAY m’a fait l’effet d’un caramel fondant en bouche (un soupçon de publicité en moins !).


Ce n’est pas l’accent québécois qui m’a séduite (je ne suis pas assez bonne comédienne pour avoir une idée de la musicalité de la langue, je reste un peu en difficulté pour comprendre…), mais un humour, la tendresse que porte l’auteur pour ses jeunes années, des situations bien campées, sa famille dépeinte avec amour et sans complaisance.


*source peinture: Catherine MARTINI (Béatrix m'avait donné l'eau à la bouche)
J'ai adoré ce passage, j'adore l'orage quand il est vécu ainsi...
Dans « Sturm und drang », l’orage gronde, les femmes s’enferment dans les armoires par peur des boules de feu zigzagantes dans la maison, les jeunes hommes font les fiers derrières les vitres des fenêtres et…

*source photo

« « Viens, Michel, on va aller voir ça ! »
Aller voir ça ? Où ça ? Quand même pas dehors !
Il se retourna et nous nous dirigeâmes à pas de géant vers la porte d’entrée de l’appartement. Je me mis à me débattre. (…)
« Arrête de te débattre comme ça, Michel, on s’en va voir un des plus beaux spectacles du monde ! »
Ca, un beau spectacle ? Mais c’était l’horreur ! C’était plein de boules de feu qui frôlent les jupes des femmes et qui brûlent tout sur leur passage ! Sans compter les fessiers ! Sans compter la senteur d’enfer ! La boucane ! Les flammes ! Un brasier ! Mon père m’emmenait dans un brasier !
Il ouvrit toute grande la porte ; une trombe d’eau tiède nous submergea d’un seul coup et je me dis ça y est, c’est là qu’on meurt ! (…)
« R’garde si c’est beau, Michel ! R’garde ça si c’est beau ! »
Beau ?
Mais c’était la fin du monde ! (…)
« Garde pas les yeux fermés comme ça….Ouvre-les. Pis regarde ça… »
(…) La pluie nous tombait dessus, les éclairs éclataient, suivies du tonnerre qu’on prétendait si dangereux, les arbres étaient secoués par un vent violent et produisaient un bruissement qui aurait dû me terroriser, mais plus rien ne semblait dangereux parce qu j’étais à vingt pieds du sol, dans les bras de mon père qui, par la seule force de sa volonté, faisait en sorte que rien ne m’arrive !
Rien ne pouvait m’arriver !
Protégé contre tout mal, rendu invincible par la présence de mon père qui affrontait la tempête au lieu de se cacher, j’étais l’enfant le plus heureux du monde.
J’étendis les bras dans la tourmente, levai la tête, ouvrit la bouche pour boire l’eau qui tombait du ciel. Comme c’était beau ! Mon père entonna aussitôt sa chanson favorite, Sous les ponts de Paris, dont il ne savait pas la moitié des mots et qu’il assassinait avec un évident plaisir.
C’était faux, pas très joli, mais c’était aussi le plus beau concert de l’univers.
Un temps assez long se passa avant que l’orage faiblisse, puis finisse par s’éloigner. Nous en vîmes toutes les étapes, tous les caprices, et lorsque ce fut terminé, mouillé jusqu’aux os mais visiblement ravi, mon père me dit avec un grand sourire :
« Jure-moé que t’auras pus jamais peur d’un orage électrique ! »

Dans tous ces récits, il reste de très belles images d’enfance : se réfugier sous la table pour écouter les conversations de grands ; être présenté à un ourson en peluche affreux et mal finis comme lors d’une première rencontre entre amis ; se rappeler être dans les bras de son père, tout jeune enfant, et voir la maison d’au dessus, avoir l’impression de voler dans ses bras sécurisants, répondre au téléphone accroché dans l’entrée juste pour dire : « « Chus dans les bras de mon père pis c’est la plus grande aventure de ma vie. ! » ; croire, enfant, que l’on peut acheter les hommes, ou leur âmes, et se rappeler qu’une grande personne propose de penser par soi-même…

12 commentaires:

Lily a dit…

Quel beau billet Vanessa !Merci !
J'ai retrouvé à la lecture de ton texte tout ce qui m'avait plu dans ce livre et les sentiments qui m'avaient submergée à l'époque...
Comme Tremblay parle bien de son enfance, et finalement de l'enfance en général...
Tu as raison, pour l'accent québécois, au début, on est un peu déconcerté et puis après, je ne sais pas, mais il devient presque familier..
Je n'ai pas encore eu le temps de poursuivre la découverte de cet écrivain.. Mais il est noté quelque part dans un coin de ma mémoire de lectrice.

BelleSahi a dit…

Oh il me plairait ce livre.
Par contre j'ai très peur de l'orage. Bonne journée !

maijo a dit…

Encore un magnifique billet, qui incite à découvrir ce livre dont tu parles avec tant de sensibilité. Je le note donc, pour une prochaine lecture.

Vanessa a dit…

Lily: oui de biens beaux moments de lecture, merci encore.

Bellesahi: c'est pourtant tellement beau quand on est en sécurité!

Maijo: oui les récits sont très très agréables...

beatrix a dit…

j'adore les bonbons et des comme ça..encore plus!

Vanessa a dit…

Beatrix: oui, ne petit recueil est vraiment tou doux!

Gachucha a dit…

Ce petit livre est un pur plaisir, tu peux continuer à découvrir Michel Tremblay avec d'autres titres comme "Un ange cornu avec des ailes de tôle" ...

Vanessa a dit…

Gachucha: bienvenue entre mes billets! Oui je te crois sur parole!

Michel a dit…

robe semble aussi belle que ton billet !

Vanessa a dit…

Michel: robe?

sylvie a dit…

ah! il est dans ma pal celui là. mais pas en bonne place. Merci pour ce petit rappel!

Vanessa a dit…

Sylvie: un beau petit moment pour se souvenir des tendres années et de ce qui fait l'enfance!