jeudi 5 août 2010

Réflexions sur le bord de ma route

Je trouve la vie bien faite. Elle ne m'a pas toujours gâtée et je suis sûr que pour certains elle a même dû être terrible à vivre quelquefois. Pourtant elle m'a offert, même au plus fort des épreuves, des obstacles, des souffrances, de quoi surmonter mes peurs, de quoi aller de l'avant, de quoi grandir de ces moments. Je reste étriquée avec bon nombre d'angoisses (même de terreurs) qui pour certains ne sont rien que du quotidien mais...
A chaque nouveau pas accompli se découvre un bout de chemin que je ne voyais pas encore. Toute chose est arrivée quand j'étais prête: prête à affronter le pire, prête à une remise en question, prête à une autre réflexion. L'intertextualité dont je parlais ici et là sur ce média concernant la littérature et aussi une inter-relation avec les personnes, les réflexions autour. Je deviens plus sensible à tel discours, moins à ce dernier etc... Certains livres aussi prennent une nouvelle dimension à une nouvelle lecture, je suis plus disposée à l'entendre, à la lire.
Par moment ce sont des sauts plus loin mais c'est souvent à si petits pas que des fois j'ai envie de courir me trouvant lente, lente, si lente. J'aime me dire qu'il m' fallu passer là, puis là, à droite, à gauche, derrière, devant, sur ce côté, sur celui-ci, pour découvrir quelquefois que je tournais juste autour de quelque chose d'important pour moi.
Je n'ai pas peur de vieillir (si je garde ma tête et mes capacités de subvenir à mes besoins primaires) peut-être pour cela, pour ce cheminement de plus en plus clair, de plus en plus vaste (précis serais si présomptueux!). J'ai l'impression d'aller de l'avant sans savoir où j'arriverais mais c'est jouissif.

Tout est comme ça. Ce blog me permet de voir aussi le chemin parcouru depuis son ouverture, entre ce que j'écris et les partages des autres lectures ou des lecteurs.

Mes premières approches de l'éducation, des pédagogies, étaient loin d'être aussi ciblées que maintenant, je voulais juste un moyen en adéquation avec le fait de considérer mon enfant comme un être respectable, pas un futur adulte ou une minorité ou juste un potentiel (si ce n'est le meilleur de ce terme: la profusion de génie, de vie, d'énergie, d'amour qu'il est sans nous et que nous ne devons pas tarir). En prenant la première becquée de cette réflexion en sont arrivées d'autres, et encore d'autres et d'autres... de plus en plus claires (et si peu évidentes dans la pratique, si peu semblables à mes réflexes si stéréotypés et construits par une éducation (un manque ?!) et un passé. Je découvre des approches qui m'interpellent. Et même si mes lectures sur les enfants sauvages (nature, culture, éducation, lien social, pédagogie) ou sur l'autisme ne me servent pas au quotidien, elles m'ont apportée, je crois, mes plus belles amitiés.

J'ai cherché (est-ce du passé?) à fuir aussi en souhaitant vivre de par le monde, être une globe-trotteuse. Alors oui, partir rencontrer d'autres peuples, partager si possible leurs richesses culturelles et humaines, me connaitre et revenir. J'ai adoré l'ethnologie ou l'anthropologie dans mes études. J'avais l'impression d'être sensible aux minorités ethniques ou même normique (peuplades reculées mais aussi troubles du comportement), peut-être de cette sensibilité de gare (comme un roman de gare, pas très approfondie). J'ai toujours envie de regarder de leurs côtés sans vraiment prendre en compte que le travail est à faire ici. A considérer partir pour un temps dans un temple zen ou vouloir mettre à profit un temps de vacances pour faire du bénévolat dans un autre pays, j'ai oublié que je me fuyais. Il me faut des lectures, des échanges, des années pour considérer que, sûrement, la richesse humaine est autour de moi, à ma porte, dans ma famille (oui, oui même si certains m'ont paru être mes meilleurs ennemis!). Encore pire, certaines lectures, lues à un moment propice, "S'occuper de soi et de ses enfants dans le calme, bouddhisme pour les mères" de Sarah NAPTHALI, me poussent à considérer que se connaitre est aussi une affaire de présent, ce n'est pas un moment préparé ou sorti de la quotidienneté mais bien à chaque instant, devant chaque difficulté.
Je ne rechignerais tout de même pas contre un tour "de" monde.

J'ai entamé mes découvertes de bizarreries gustatives pour le plaisir de manger. Je comble encore, je fuis encore mes émotions... fuir ou ne pas savoir qu'en faire, ou culpabiliser de les avoir: enfin ne pas accepter qu'elles soient miennes, éphémères et constructives si elles m'apportent autre chose. Alors j'avais pris le parti de contrecarrer l'esprit familial: je suis devenue dévoreuse, de vie, d'amour, de temps, de moi, de nourriture. Il me fallait encore plus de découvertes, encore plus de produits et de la nouveauté, de la différence. Ma rébellion n'a pas été aussi éloignée de ma famille en fait car je reprends certaines transmissions ou bribes d'idées (quelques éléments japonais de macrobiotique, des plantes sauvages, des huiles essentielles). Je m'évertue encore à me trouver plus rigoureuse, plus précise, moins dilettante et surtout plus "crédible" parce que plus renseignée mais c'est sûrement encore une impolitesse. Après quelques découvertes, de celles que l'on note tout de suite pour être originale, je découvre que j'ai envie d'aller plus loin. Que cette simple divagation de plaisir gustatif m'appelle vers une autre réflexion, elle plus intense, concernant beaucoup plus mon cheminement personnel.
Ainsi je viens encore de lire un livre qui me parle, que je lis comme si je l'attendais: "La nature nous sauvera, réponses préhistoriques aux problèmes d'aujourd'hui" de François COUPLAN. Je parlerais surement en détail de ce recueil d'entretien mais ce qui m'a touchée c'est ce concours de circonstances qui me font l'avoir lu, encore un: cette curiosité pour nos belles mauvaises plantes, ce délai entre le début de la curiosité et mes différentes approches pour en faire autre chose qu'une activité de snobisme passager (lectures, réflexions, balades vaines, recherches, prises de contacts et même début de partage savoureux). Mais aussi ce début de recherche plus autarcique. Non, non je suis encore accrochée au confort, pas contre le camping en terrain naturel (et non dans un camping) mais encore bien contente de trouver du papier toilette. Je continue à me renseigner (à défaut de pratiquer tout) sur les moyens de répondre soi-même à ses besoins (du moins alimentaire): faire son pain, jardiner son potager, faire ses laitages ou yaourts mais aussi cueillir et glaner. Et voilà que ce livre arrive dans mes mains! Il est question de bon nombre de travers de notre humanité découlant de l'agriculture. Mais c'est surtout une incitation à reprendre pied, à redécouvrir la nature, pas la part de campagne que l'on confond souvent avec la nature mais bien celle profonde, apeurante, non soumise. Se familiariser, vivre avec elle, en obtenir des réponses (aux besoins mais aussi aux questions, aux peurs). J'aime cette approche de la transmission plus qu'écologique: spirituelle. Les présupposés: commerce équitable, tourisme éthique, ONG mais aussi découvertes de la nature volent en éclats. La critique, les réflexions se font abouties et sortent du carcan joliment écolo-chic. J'y ai trouvé de nombreuses voies de réponses pour mes ambitions de vie et pour mes approches de l'éducation à la vie, à la nature soumise à l'humain, aux besoins et aussi à la nature authentique. Un lâcher prise que j'aimerais découvrir, pratiquer au quotidien. Hier je n'aurais lu qu'une position, soumise à débats et qu'une ouverture sur la dégustation de végétaux sauvages!

Dans le même esprit, pour être différente mais aussi me trouver, je fouinais vers toutes les sources de spiritualité ou de bien-être possible, une sorte de consumérisme aussi. Alors au fond de ces pérégrinations restent des envies persistantes, comme une sorte de kama yoga (mettre sa spiritualité dans la trivialité des actes quotidiens) ou plus simplement une hygiène de vie, alors je découvre le shiatsu (et les makkho-oh) mais aussi une forme de spiritualité bouddhique, une envie d'hygiène presque yogique (enfin sur certains points, je rappelle que je suis encore une jouisseuse, gourmande, grassouillette, faible et pas encore très volontaire).

A suivre... ou pas

4 commentaires:

Flo Makanai a dit…

Oumf! Quelle densité dans tes vacances, quels pas de géants en toi!!! Chapeau Vanessa, je suis admirative!
Je reste quant à moi dans le montage de meubles Ikéa pour les chambres des filles, la satisfaction primaire de l'organisation qui se met en place de la façon la plus pratique possible, le bonheur de faire des plaques de tomates confites au four à conserver pour le coeur du prochain hiver, et je rêve à mon futur potager... très terre à terre la Flo!!
Franchement, je t'admire beaucoup.

Vanessa a dit…

Flo Makanai: aoutch, j'écris, j'écris ce genre de billet fleuve un peu trop ... et pas assez... (enfin peu humble quoi) et une fois sur deux je le publie sans le retirer... je me livre et j'ai du mal à lire les commentaires sous ce genre de billet.
Le tien me fait chaud au coeur... parce que tu me connais (un peu), parce que tu lis entre les lignes (aussi beaucoup) et parce que ton regard est affectueux et jamais jugeant. Merci de me croire meilleure que je ne le suis... mes mots sont aussi là pour me persuadée, pour aller de l'avant...
J'adorerais faire des tomates confites et préparer aussi la chambre ikea du lutin (d'ailleurs le papa devrait s'en charger au retour). Belles pensées à toi, aux filles et au papa.

Sand a dit…

Bah dis donc ! Bravo :-))) Il m'a mis une de ces patates ce texte !! Je vais d'ailleurs eteindre mon ordi sur tes mots, garder le profit jusqu'au bout.

merci et a bientot Vanessa !

Vanessa a dit…

Sand: merci beaucoup d'y avoir lu du peps, c'est avec grand plaisir que je le partage avec toi... et cela me réconforte sur mes prises de parole (euh d'écrits).