jeudi 27 mars 2008

Education alimentaire: entre sensations et plaisir

Dans certains blogs, de mamans ou de lectrices (au sens de catégorie de blog), le thème de l’alimentation prend de la place. Lily m’avait interpellée avec sa glace à la vanille comme envie de partage entre cette enfant diabétique et ce marchand de glace ignorant la maladie de la petite. Clarabel remettait le couvert avec une sensibilisation des enfants au poids (surcharge ou anorexie). J’avais aussi été touchée par les commentaires découlant de ce dernier billet : entre une hyper sensibilité due à une souffrance (stigmatisée par un peu trop de poids), une volonté de sensibiliser les bambins grâce aux publicités, ou tout au contraire un refus farouche de ces publicités, destinées aux enfants, entre deux épisodes de leurs dessins animés préférés, comprises aussi entre d’autres pour produits trop sucrés. Lysalsys nous parlait aussi de cette focalisation qui pouvait dérouter les enfants. Mon parcours personnel et les peurs paniques de mon entourage pour moi et ma petite famille me donnaient envie de mettre mon grain de sel. Ayant suivi un schéma alimentaire assez mauvais, ayant perdu pied pour des raisons psychologiques (et peut-être pas que), ma grande peur était de le reproduire pour notre bout de chou. A 1 an ½ je ne peux pas dire ce que sera son avenir. Je suis pourtant persuadée qu’il y a bien une éducation alimentaire à promouvoir.

*source des facteurs déterminants à une prise de poids (source Sénat : dossier prévention )

Je me demandais si j’étais pour les démarches politiques sur la nutrition, contre la malbouffe et l’obésité. Pour ou contre les publicités : pour les 5 fruits et légumes par jour, contre le grignotage, contre le trop sucré, salé ou gras ? En fait, je suis persuadée qu’un réel apprentissage alimentaire, comme hygiène de vie, est à mettre en place dans les familles. Il s’agit d’une éducation parentale et culpabiliser les enfants ne provoque que des focalisations et problèmes.

Et pourquoi donc intellectualiser alors ? Parce que je suis une obèse et que je ne veux pas reproduire mon déséquilibre. Parce que ma maman lit ce blog et que je veux pouvoir lui mettre mes priorités bien en évidence, parce que je suis assez opposée aux méthodes conventionnelles et que je veux cheminer seule sans porter préjudice à ma petite famille qui attend que je cuisine au quotidien.
Je ne parlerais pas là des voies pour retrouver un équilibre alimentaire (cet autre billet) mais bien des principes que je souhaite mettre en place à la maison pour notre bambin (et nous).
  • un repas comme moment de convivialité, d’échanges et de partages. Un moment où les sujets qui fâchent sont abolis et laissent place à une envie sereine d’être ensemble (encore faut-il créer d’autres moments privilégiés de partage et de parole).
  • une éducation sur l’alimentation (pas de diététique pour les enfants, c’est pour les adultes !) mais bien une découverte familiale des produits, de la culture et récolte (si possible) à la manière de les préparer, de les cuisiner. Découvrir ensemble de nouveaux produits : un herbier à croquer par exemple


*source de la fleur alimentaire à faire avec des enfants
  • un apprentissage des goûts, les reconnaître et vouloir jouer aussi avec les saveurs : même au plus jeune âge

*source des saveurs sur la langue
  • une éducation aux sensations corporelles liées à l’ingestion de nourriture et les moyens pour les ressentir :
Soit manger lentement et de manière consciente, mâcher et mastiquer longuement pour les moyens.
Savoir reconnaître la faim (besoin d’énergie dont les symptômes sont les gargouillis, creux à l’estomac, fatigue), la satiété (sensation de plénitude provoquée par la disponibilité de l’énergie), l’appétit (sensation partiellement indépendante de la faim) et le rassasiement (en cours d’ingestion). Le rassasiement est le plus complexe : il apparait quand le plaisir gustatif disparait, mais pour que plaisir gustatif il y ai, il faut une ingestion sereine et lente.

*source Carl Von BERGEN (à l’inverse de cette peinture, il ne faut pas forcément finir son assiette)
  • une hygiène de vie dans l’ingestion que nous devons aux enseignements d’OKINAWA (longévité japonaise très bien expliquée ici).
Pratiquer le hara hachi bu (à ne pas assimiler à une restriction alimentaire comme beaucoup le font), soit une prise de conscience du rassasiement et choisir de s’arrêter de manger aux premiers signes avant la sensation complète…à force le corps permettra (sans intervention de la conscience) de s’arrêter à 80% de rassasiement et non 100%.
Pratiquer le kuten gwa, soit manger en petites portions en se resservant le moins possible.
Pratiquer le nuchi gusui, soit prendre conscience de notre besoin vitale de chaque composant de notre alimentation, comme si la nourriture nous soignait. Pour appliquer ces préceptes, il faut oublier notre éducation de finir notre assiette, de manger à heures fixes (le plus dur pour se retrouver en famille) ou de choisir d’ingérer une portion par quantité et non par sensation corporelle.

Vous avez vu je n’ai pas parlé de diététique : de légumes, de viandes ou de friandises. Pour moi, cela est subjectif et rentre dans une histoire familiale. C’est vrai que je ne suis pas forcément une carnassière, que j’aime énormément les légumes et les fruits, que je suis pour une ouverture du panel des aliments (graines germées, légumineux, protéines végétales, algues et fruits secs par exemple…comme nous le montre le livre de Alessandra BURONZO, « L’alimentation intelligente »).

Que par alimentation psychologique, j’aime le sucré à outrance (j’en parlerais encore plus dans le billet sur le déséquilibre). Il est vrai aussi que je regarde dans toutes les cuisines du monde, le végétarisme, la macrobiotique et la cuisine Tao mais le plus important est de réapprendre à connaître nos sensations corporelles et ce sont elles qui vont nous permettre de nous retrouver et de faire face à notre société de consommation (alimentaire).

17 commentaires:

Lysalys a dit…

Un billet extrêmement intéressant à bien des titres... Je vais aller approfondir quelques liens placés ici... Beaucoup de choses vraies, y compris sur la difficulté de bien manger...

n-talo a dit…

je ne connais pas la faim ! j'imprime cet article EXTREMEMENT interressant et je vais m'en nourrir ... il y a peut être une solution

Clarabel a dit…

Ton billet respire l'intelligence et dégage un grand calme, une sérénité qui avait échappé à ma (tentative de) discussion sur ce sujet.
Je crois que l'alimentation est un sujet douloureux, et qui renvoie à l'expérience de chacun, c'est très personnel.
Je suis d'accord sur bien des points concernant ton approche, mais c'est vrai qu'il est beaucoup trop tôt pour connaître ce qui déterminera l'avenir de ton fils. Toutefois, il commence sur d'excellentes bases !
Dans l'école de ma fille, chaque année, durant la semaine du goût, les enseignantes s'appliquent à inculquer ces jolies règles autour de l'alimentation, essaient d'ouvrir l'appétit, ou non disons les saveurs, et donnent les outils aux enfants (donc, aux parents, en toute logique) pour un bon équilibre.
C'est très difficile de généraliser, car si je prends le cas de ma fille, qui a bientôt 8 ans, c'est un vrai casse-tête. Petite, elle a souffert d'anorexie du bébé (très difficile à cerner) et cette maladie lui est venue de mon propre comportement (parce que j'ai également connu l'anorexie mentale). Bref, c'est une horreur ! Aujourd'hui je suis toujours anxieuse sur ce qu'elle mange, elle n'est pas gourmande, ni gourmet, mais elle ne craque pas pour de mauvaises choses. C'est dingue comme cela reste ancré en nous, ce souci de donner du bon, du nécessaire.
Voilà pourquoi j'accusais les spots de manger-bouger d'être trop accablants, sous peine d'harceler certaines têtes blondes bien trop consciencieuses. Car les messages ne touchent pas les personnes concernées. (Je pense)
Enfin c'est très difficile; le rôle de maman est compliqué, mais la maman aussi est trop vite pointée du doigt quand son enfant est difficile, elle est jugée mauvaise mère - consciemment ou non. La pression est totale, partout ! Quelle pitié !

Clarabel a dit…

(Désolée d'avoir été longue!)

Je voulais aussi rappeler le plaisir de manger, tout simplement, et voici un billet de Patricia pour décomplexer et faire sienne la doctrine 'Manger en paix' : http://macuisinerouge.canalblog.com/archives/2008/03/18/8367151.html

Clarabel a dit…

Flûte, ça coince ! Re-voici donc :
http://macuisinerouge.canalblog.com
/archives/2008/03/18/8367151.html

lily a dit…

Que j'aime l'herbier à croquer, c'est une très belle et bonne idée (les schémas de ce style aident beaucoup les enfants qui mémorisent avant tout en visualisant, pour Matthieu par exemple, c'est le genre de support idéal et dieu sait comme la nourriture lui pose de problèmes !).
Je note bien sûr les influences japonaises que j'aimerais approfondir..;
Chère Vanessa merci pour ce beau billet sur un sujet ô combien difficile.... La nourriture est tellement chargée "d'affectif", d'émotions. Je partage tout ce que tu dis.
Comme Clarabel, j'ai connu l'anorexie par sursaut, frôlant le pire parfois. J'ai changé, à la force du poignet, mais il en reste certainement pas mal de choses et de traits tout au fond de moi.

La Trollette a dit…

Quel joie et quel soulagement de lire que non, finir son assiette n'est PAS une obligation!
Les campagnes ministérielles m'horripilent, ce ne sont rien d'autres que des injonctions aussi porteuses de confusion et d'angoisse que le fameux "finis ton assiette" ou "si tu ne manges pas tes légumes, t'auras pas de dessert"... la voie est ouverte à manger plus que ses besoins.
Les messages obligatoires dans les publicités sont juste une façon de se donner bonne conscience tout en continuant à nous inciter à manger n'importe quoi n'importe comment.
Et je ne dirais rien sur la diabolisation d'un aliment ou d'un groupe d'aliment pour mieux nous fourguer des produits issus de l'agro-alimentaire...

Clarabel > ça veut dire quoi pour toi, "craquer pour de mauvaises choses"?

rose a dit…

C'est très intéressant... je ne réfléchis pas encore en terme de transmission, mais je suis sensible aux injonctions contradictoires présentes dans les pubs et les diverses campagnes et j'aime beaucoup les pistes de réflexion que tu proposes.

Béatrix a dit…

Je suis très touchée par ton article que je trouve très bien construit..difficile pour moi de m'exprimer à ce sujet Vanessa..mais mes enfants depuis bébés goûtent et mangent de tout, font eux-mêmes parfois la cuisine avec bonheur..il y a toujours eu chez moi une totale liberté, des propositions en douceur, je n'ai jamais rien imposé mais offert et tout est devenu très naturel au fil du temps..c'est un challenge que j'ai mené comme un jeu avec eux et je peux dire aujourd'hui qu'il est gagné..et tu verras qu'il en ai de même pour le reste..la lecture, l'école..les échanges..quand une maman propose avec douceur et beaucoup d'amour..tout passe, tout se transmet et se construit..je pense que tu es sur la bonne voie avec ton petit bout et puis tu découvres avec lui et c'est important..Je te souhaite mille bonheurs avec lui Vanessa.

Clarabel a dit…

La trollette,

"craquer pour de mauvaises choses", comment l'expliquer ? C'est difficile, il faudrait que tu voies ça sur place ! ;)

En fait, j'ai une fille qui mange très peu, mais vraiment peu. Et finalement cela ne me pose plus de problèmes, parce qu'elle ingurgite ce qui est essentiel à son équilibre alimentaire. Parce que j'en connais d'autres qui ne mangent pas, mais qui vont se jeter sur un paquet de biscuit, des gâteaux, des bonbons etc. Ma fille en mange aussi, mais elle n'en est pas folle non plus.
De même elle n'aime pas ce qui est mcdo, coca, tout ce qui englobe la 'junk food'.
Ce n'était pas notre volonté non plus de lui montrer du doigt que c'est mauvais, non c'est une question de goût. Parce qu'on adore les frites (les vraies!) et la pizza aussi !!! :)

Est-ce que j'ai pu me faire comprendre ?

Vanessa a dit…

Lysalys: au moins j'ai essayeé de mettre tous les quelques points.

N-talo: oui c'est dur à la trouver cette petite bête-là...pour la retrouver, il faut reconnaitre la sasiété et le rassasiement, beau programme, non?!

Clarabel: oui, c'est bien compliqué d'être une maman qui essaye de ne pas transvaser son problème à ces enfants. Je ne sais pas ce qu'il deviendra, mon bout de chou, j'aimerais qu'il ai envie de tout goûter...et aussi que'il me dise non pour certaines choses pour affirmer son goût (il parait que cela vient tout seul avec l'âge!). Mais dans ce billet je n'ai fait que donner mes idées sans aller plus loin dans le débat, avec les commentaires reçus, je pense que j'aurais pu aller plus loin.

Et oui ce lien est sacrément bien sur la déculpabilisation!!! Oh oui si importante cette déculpabilisation!

Vanessa a dit…

Lily: merci...oui beaucoup d'affectif, de besoin de donner de l'amour, de besoin de ne pas déplacer les problèmes...je ne suis que dans les débuts mais je persiste à croire qu'en l'amusant à chercher et fureter, j'y arriverais. Pour les données japonaises, c'est extrèmement instructif (et j'en reparlerais) mais c'est aussi source de confusion chez certains car indiqué comme un régime stricte quand ce n'est qu'une hygiène de vie...je t'en causerais plus avant seule à seule si tu veux.

La trollette: ne pas diaboliser un groupe d'aliments, manger de tout et ...NE SURTOUT PAS ETRE OBLIGE DE FINIR SON ASSIETTE... bon sur la totalité je ne suis qu'en apprentissage (tout le monde me connaissant dans la vraie vie le sait, non ;))) ).

Rose: merci d'avoir jeté un oeil sur ce billet, ce ne sont que des lignes directives laissées par frustrations des peurs et des angoisses familiales qui me sont envoyées dans la figure au quotidien.

Vanessa a dit…

Béatrix: oui, sujet si imbriqué en chacun de nous, bien faire, se désaisir de notre manière de se nourrir pour bien les nourrir. Je pense que oui, du moment qu'il y a de l'amour tous les problèmes peuvent être dissipés, avec beaucoup de patience.

Clarabel: et oui, de mauvaises choses ou de bonnes choses, des choses interdites ou moins présentes... il y a tellement de culpabilisation!

Virginie Gervais-Marchal alias niniegm a dit…

Il faudrait que je le lise celui ci!

Vanessa a dit…

VGM: oui pour en parler après.

nick a dit…

Très interessant, très vrai, ton article. Je suis entièrement d'accord. On ne peut rien forcer (comme le dit Tao.) Vouloir le végétarisme, consommer strictement bio, une hygiène de vie impéccable... tout ça est quelque part une volonté de maîtrise qui n'est pas naturelle.
Nos doctrines soi-disant bienfaisantes sont souvent les messages de maketing déguisés en bonne conscience. Hélas dans notre société actuelle, même une cause le plus pure a ses racines dans les publicités... Nous respirons l'air pollué, mais nous ne pouvons pas arrêter de respirer, c'est la réalité... S'il y a une chose fiable, C'EST DE FAIRE CONFIANCE À SON PROPRE COPRS, ET L'ECOUTER ATTENTIVEMENT CE QU'IL RÉCLAME. Notre corps est intelligent, doué à survivre (dans une condition normale, il ne fait que ça ). L'éducations n'est pas de transmettre les infos mais de leur MONTRER comment on écoute et respecte ses besoins justes.
Je n'ai pas d'enfant, et ne peut pas dire grande chose à propos, mais une remarque:
Il est bien de traiter les enfants comme une personne entière et intelligents. Au lieu de les faire manger séparemment au menu "spéciale enfant", laisse les participer à la même table que des adultes (tout en surveillant) et donne leur des occasions de regarder comment les adultes (de bonne manière, bien entendu!) mangent. C'est ça, le vrai apprentissage, une bonne éducation ne passe pas par la parole mais par la démonstration, l'action.
V anessa,continue la courageuse ton combat (sans bruit, sans slogan et sans cesse)

Vanessa a dit…

Nick: éducation aux sensations corporelles... oui, mais j'ai du mal à les retrouver alors je me rééduque aussi... Quant aux menus, nous mangeont la même chose et la plupart du temps, moins c'est "enfant" et plus cela lui plait... surtout faire un tour dans la cuisine.
Merci de ta vision et de tes encouragements!