jeudi 23 octobre 2008

Dites 33!

« Quand je pense au go… Un jeu dont le but est de construire du territoire, c’est forcément beau. Il peut y avoir des phases de combat mais elles ne sont que des moyens au service de la fin, faire vivre ses territoires. Une des plus belles réussites du jeu de go, c’est qu’il est prouvé que, pour gagner, il faut vivre mais laisser vivre l’autre. Celui qui est trop avide perd la partie : c’est un subtil jeu d’équilibre où il faut réaliser l’avantage sans écraser l’autre. Finalement la vie et la mort n’y sont que la conséquence d’une construction bien ou mal bâtie. C’est ce que dit un des personnages de Taniguchi : tu vis, tu meurs, ce sont des conséquences. C’est un proverbe de go et un proverbe de vie.
Vivre, mourir : ce ne sont que des conséquences de ce qu’on construit. Ce qui compte, c’est de bien construire. Alors voilà, je me suis donné une nouvelle astreinte. Je vais arrêter de défaire, de déconstruire, je vais me mettre à construire. »
(extrait de « L’élégance du hérisson » de Muriel BARBERY)

Dites 33 ! …33…33 ! J’ai 33 ans aujourd’hui et enfin je construis. En réaction, encore et pourtant, plus seulement spécialiste du comblement des ruines mais bâtisseuse. Je ne suis pas une tacticienne, il y aura des combats mal menés, des constructions bancales, peu droites… mais les murs progressent, les escaliers sont installés… ma vie est belle. Je me prendrais encore les pieds dans les tapis… mais j’aime tout de même des moments où tout est molletonné, doux aux sens, au cœur et à l’âme alors tant pis, je prendrais plus de temps…

mercredi 22 octobre 2008

Yuja cha... un thé dans un bocal

Par cette saison, le thé est une boisson encore plus courante dans notre logis… encore plus, mais comment faire plus ? Et bien si un chouilla plus. Et le matin j’aime nous faire un yuja cha. Oui, oui, pour toute la famille, le petit lutin de 2 ans y compris. Un thé traditionnel coréen bien particulier. Le connaissant sans avoir été vraiment présentés, lui et moi, j’avais cru mal lire en reprenant un bocal (un thé dans un bocal ?! Vous voyez déjà… ?!). Mais ici point de Camellia Sinensis, le thé traditionnel coréen dont il est question est une infusion à base de yuja (yuzu en japonais ou you zi en chinois).


*source récolte de yuja. Et si vous voulez le préparer chez vous après récolte, c’est en coréen ( ?!)

Cette gelée d’écorce de yuja, mêlée à de la mélasse et du miel, se dilue dans de l’eau chaude et donne une infusion pleine de vitamine C revigorante pour les temps hivernaux : elle aide à lutter contre les maux de gorge, les toux, les rhumes, à renforcer la beauté de l’épiderme et aide l’organisme à lutter contre la fatigue ou le surmenage. En résumé, la médecine coréenne vous propose plusieurs « thés » en hiver et c’est ici. J’ai cru comprendre aussi que cette base en gelée pouvait aussi servir de boisson froide en été, un hwachae.



Alors, je sors mes tisanières coréennes en céladon. En espérant plus tard leur proposer un thé, de celui du camellia, pour qu’elles se patinent, se gorgent les pores… en attendant, pour pas être laissées seules inusitées sur l’étagère, elles prennent le chaud, deviennent douces et arrondissent les angles d’une saison où le soleil et sa lumière nous manqueront. Un thé en gelée de yuja redonne de la couleur dans la tasse, au moins.
Je m’imagine rentrer dans une maison de thé coréenne et être envahie des effluves de thé mais aussi d’agrumes, de jujubes, de gingembre etc… il parait que dans ces lieux le thé n’est pas forcément la boisson la plus proposée.

J’ai pensé à Francine et ce billet qui devait être pour dans quelques jours trouve une nouvelle saveur en considérant le matcha au yuzu dont elle nous parle… il faut oser ! Et cette « infusion de thé », Francine : te tente-t’elle ?

mardi 21 octobre 2008

Près du four et douce-amère dans Paris

Parce que j’aime beaucoup ce qu’elles font, parce que leurs recettes n’est pas forcément ce que je viens chercher chez elles… un billet à la manière de Patoumi, La Mangue, Les chéchés … et un clin d’œil à Rose (je n’ai pas son talent pour lier littérature et festin, repas dominical oblige).

Le temps a changé et ma saison préférée a pris le relai… fini les marrons, les feuilles mortes les remplacent et crissent sous nos pas. Je suis encore entre parenthèse, sans travail, sans recherche réelle, sans enfant (dans la journée) et sans ambition professionnelle… entre parenthèse et pourtant en construction… complète, à petit pas et pourtant à grandes enjambées.
Les jours se suivent et ne se ressemblent pas, le frimas me fait regarder en l’air… j’y vois ces pigeons détestables enfin à une distance qui me plait.

Ces petits rats des airs me sont pourtant nécessaires… la capitale leur appartient aussi et la carte postale ne serait pas complète sans eux, comme la Venise de Holly Golightly. Je les déteste parce que pustulants, aux difformités de plus en plus visibles, cannibales (un sandwich au poulet ne les gêne pas !). Ou est-ce Patrick SUSKIND qui me laisse un goût amer pour ces volatiles qu’enfant j’appréciais, pour courir derrière et pour les ridiculiser lors de leur parade amoureuse. J’aime ces promenades aux buts désintéressés, ou juste pour lécher les vitrines des librairies, fureter devant des maisons de thé qui paraissent non admises au public, où il faut pourtant ne pas hésiter à entrer.


Alors en ramenant la poussette vide et en suivant la lune, je me balade dans le Paris que j’aime, en passant dans le parc, sous les taureaux ou les corbeaux.


J’aime particulièrement ces derniers, charognards aussi mais plus honnêtes que les pigeons. Ils sont aussi la part belle d’une atmosphère, entre le halloween merchandising et une saison de plus en plus morte, première étape plus sourde du cycle de la vie

Je fais un repas entre anciennes collègues où par discussion et silence, je confirme ne rentrer dans aucune case… bohème sans l’être, femme au foyer sans l’être, artiste sans… pourquoi faut-il mettre une étiquette à tous ? Pourquoi est-ce indispensable ? Pourquoi le système n’aime que les personnes constantes. Alors pour noyer ma gêne, je me promène, rêve et continue mon petit chemin, entre lecture, réflexion et blogosphère… plus silencieuse, plus spectatrice, simplement admiratrice. Je laisse fonctionner mon four…

Avec une Tarte aux poireaux et à la purée de noix de cajou de Makanai
4 poireaux
240g de farine
1 cuillérée à soupe de germe de blé
200g de tofu soyeux
85g de purée de noix de cajou + 1.5 cuillérée à soupe
La recette est
Et pour consoler la famille des tracas quotidiens mon premier Clafouti(s) aux raisins roses (suivi d’autres parce que si bon) de la même Makanai (oui, oui, une semaine où j'ai bien fouiner chez elle)
Une très belle grappe de raisins
4 œufs
100g de sucre
80 g de farine
1 cuillérée à soupe de purée d’amande blanche ou de noisette
1 cuillérée à soupe d’eau de fleur d’oranger
¼ de litre de lait de soja
La recette est

Pour le reste, heureusement, il y a de douces pensées, des déambulations artistiques qui valaient le détour : la Chine de France (le prénom, pas le pays !), dont je reparlerais, des moments de pur bonheur avec une tante, un matcha accompagné d’un namagashi (cette fois-ci un Aki Kaze) dans une atmosphère sous un bouquet de plantes sèches et près d’une tablée de frères avec leur mère.

"Aki Kaze Vent d'Automne
Les susuki sont des graminées hautes sur tiges. Elles font partie des mythiques Nanakusa, les sept fleurs sauvages qui fleurissent en automne, thème récurrent de la peinture japonaise. Le Aki Kaze forme un ovale rose pâle en pâte de riz glutineux dômyoji, fourré à la pâte d'azuki blancs et estampillé au fer chaud d'un motif de susuki couchés par le souffle du vent. "

Et puis ces promenades de week-end en famille à travers un Paris, d’une carte postale à une âme plus bohème. En passant, un tout petit parc donnant sur une place et une pensée pour Chrixcel.


Cela permet d’oublier la pluie et mes crises d’hystérie dans le métro. Et de redémarrer la semaine, dans le cahier et la lecture de la prose d'un élégant hérisson. Je continue aussi à remplir un colis en partance, aux effluves de thé et à trouver des détails partout, partout près à m’émerveiller
Un chat dans une caisse à (…)erb(..)


ou à me donner le vertige (intentions éducatives ?).

mercredi 15 octobre 2008

Cauchemars en blanc de papier et noir d'encre

En suivant François PLACE, cette fois-ci loin des géants, mais plus près des mangas, vous savez... ceux du grand peintre japonais HOKUSAI, ses « dessins au fil de la pensée » dont je reparlerais bientôt… une conversation fictive entre Hokusai et un élève, Tojiro:

Pour apprivoiser l’encre, il faut puiser une eau sans brindilles, ni poussières. Pour faire de l’encre noire, il faut une eau filtrée, limpide.
« - Regarde comme cette encre est belle. Tu comprends, maintenant, pourquoi il me fallait de l’eau claire ? L’eau c’est la clarté du jour et le blanc du papier. Le noir, c’est le velours de la nuit et l’encre satinée du pinceau. Si tu sais faire correctement de l’encre, tu n’auras plus jamais peur des cauchemars…
- Peuh, je ne fais jamais de cauchemars !
- Crois-moi, petit moineau, celui qui sait apprivoiser le blanc du papier et le noir de la nuit peut dessiner tous ses rêves et ses cauchemars…
- C’est vrai, demande Tojiro ?
- C’est ce que je fais depuis que j’ai ton âge. »

(extrait du livre roman-dessiné, « Le vieux fou de dessin » de François PLACE)

*source "L'esprit de Dame Oiwa en lanterne brûlée" de Katsushika Okusai (lien à lire pour une légende à cette illustration)

Après il ne reste plus que du papier de riz à avoir sur soi… et un yatate coincé à la ceinture, très pratique pour une vie nomade

*source yatate

lundi 13 octobre 2008

J'aime leurs émotions

Parce que certaines (Malice, Arlette ) m’ont fait l’honneur de me présenter dans la liste des blogs qu’elles aiment. Parce que j’aime vous emmener dans des lieux choisis. Voici cette fois-ci quelques chemins de murmures, où il est question d’effeuillage émotionnel…vous vous rappelez Emilie Muller


*source Tamara de LEMPICKA

Dans le désordre :
La boite à sardines, pour la pudeur, l’air de ne pas se dévoiler tout en nous offrant entre deux recettes beaucoup d’eux, de la grâce, des atmosphères, de l’intimité et des couvertures sur les épaules de la vie.
La théière nomade, pour cette générosité dans la passion du thé. Pour ces dévoilements d’une vie bien remplie avec ses parts de doutes, ses joies, ses peines, ses humeurs et l’humble attitude de son hôtesse si généreuse.
Le zhong nomade, pour ce parti-pris d’être lui-même, d’offrir aussi une vision de sa passion pour le thé mais aussi des réflexions, une spiritualité aigre-douce, les rugosités de la vie.
Le petit boudoir de Lamousmé, pour cette impudeur, cette mise en scène du désir, de l’amour… parce qu’elle nous présente une femme libre, vivante, vibrante, effrontée
Fenêtre sur la cour, pour ces moments d’écriture, ces cahiers ouverts, mais aussi les mises en valeurs de femmes, de peinture, de créativité
Les roses de décembre, pour tout ce qu’il y a : des réflexions poussées, du cran, des partis-pris… de la générosité
La crique de Siréneau, pour tous ces moments intimes ou fictifs, pour cette pensée précise, au scalpel, pour cette émotion et une vision aigue de la vie

Et puis si vous voulez d’autres chemins, je vous indiquais 6 choses sans importance me concernant et mes liens virtuels pour les satisfaire. Et puis, mes coups de cœur pour la réflexion, pour la créativité, pour la découverte du thé comme breuvage spirituel, pour les coups de cuillère et tous les autres liens que je n’ai pas encore mis en avant dans les moments de vie, l’ailleurs, la parentalité et notre bien-être (ou celui des autres)…
J’aime beaucoup de mondes virtuels, beaucoup de vous… et vous, vers quels chemins souhaitez-vous nous emmener ?

Carnet de vie, d'écriture, de créativité

Devenir parent m’a mise dans un désordre complet : les questions fondamentales me revenaient en tête comme une spiritualité du quotidien. Ce fut aussi un moment de très grande énergie. Une énergie qu’il faut canaliser ou laisser jaillir. J’ai eu du mal.
En lisant « Elever son enfant autrement » de Catherine DUMONTEIL-KREMER dont je parlais , j’ai retrouvé cette déculpabilisation des parents que j’avais lu aussi dans « L’allaitement de mon enfant, toutes les clés pour un allaitement réussi » de Marie-Dominique LINDER et Catherine MAUPAS (rappel: à mettre dans les mains d'une maman même non allaitante). Mais en plus, j’ai pu aller de l’avant sur une obligation que je m’étais faite : travailler sur moi pour que le petit d’homme ne soit pas un pansement sur mes maux, du présent et du passé.

Il y a travail sur soi et … travail sur soi. Je ne néglige aucune thérapie, du corps, de l’âme, de l’esprit ou du mental… je crois même que certaines étapes de la vie sont si délicates (voire si douloureuses) qu’il nous faut être aidé. J’ai beaucoup plus pris le pli d’approfondir des approches reliant le corps et l’esprit, l’haptonomie (dont je parlais ) ou le shiatsu (que je vis comme tel, si, si), je dois avouer aussi un certain scepticisme sur les thérapies qu’elles soient psycho ou psycha, ou encore cognitives. Et puis il y a tellement de thérapies possibles, n'est-ce pas ? Mais voilà, il reste ce mental (petit parasite va !), à ne pas confondre avec l’esprit… j’y reviendrais en parlant d’un livre qui m’a marquée « Le guerrier pacifique » de Dan MILLMAN.
Ne sachant pas à quel saint thérapeute me vouer, j’ai trouvé une alternative des plus attrayantes dans le livre de Catherine DUMONTEIL-KREMER dont je parlais plus haut. Il s’agit d’une technique d’art-thérapie, autre forme de psychothérapie. La plume (stylo ou souris) me démange… cela se voit, non ?! Et j’aime dessiner autant pour le plaisir des formes que pour le geste lui-même de mettre de la couleur, une trace de graphite argilée, de créer un point, une ligne, une courbe, une perspective ou un chaos. Alors c’était déjà une base solide. De plus, je n’avais pas besoin d’offrir ma confiance à un expert, parce que l’expert se sera moi. Et oui, c’est l’idée du journal créatif.
J’ai suivi en cela le livre « Le journal créatif, à la rencontre de Soi par l’art et l’écriture » d’Anne-Marie JOBIN, art-thérapeute.

Si vous ne savez pas ce qu’est l’art-thérapie, n’hésitez pas à lire ici. Oui, nous connaissons tous les propriétés relaxantes ou au moins réfléchissantes (comme dans un miroir) de nos écrits au jour le jour dans notre journal. Cela permet de remettre à plat certaines idées, certains troubles du quotidien.

Là, le journal créatif ajoute un plus, l’usage du dessin autant que de l’écriture permet de mettre en avant une part de notre émotionnel. Les techniques, alliant rapidité d’exécution, perte de repère, mises en perspective et utilisation de la main non dominante, nous donnent accès à notre mode intuitif et aident à nous nettoyer du verbiage mental et du jugement de beauté qui, certaines fois, nous paralysent. Un journal intime, un carnet de croquis, mais aussi et surtout un journal de bord des émotions, des turbulences, des points faibles et des solutions personnelles. Il s’agit là d’une méthode dynamique, à la portée de tous, qui allie épanouissement personnel et soutien, voire guérison, lors des grandes émotions de la vie.
Le sujet du livre est aussi bien plus spirituel qu’il n’y parait. Derrière une nouvelle démarche de « développement personnel », le parti-pris est donné à la créativité comme acte fondateur de la vie. La créativité est alors un principe de santé, comme le confirme ce billet. Une nouvelle approche de l’art est aussi envisagée, en suivant Betty EDWARDS dont je vous parlerais, l’art, ou plutôt le talent, n’est plus une forme de privilège. Enfin, notre rapport à la quête de sens et au monde apparait différent. Loin de nous disperser, le journal créatif permet de nous recentrer sur nous pour être ouvert aux autres et au monde (et non de nous regarder le nombril).


Les techniques sont nombreuses et permettent de ne jamais se laisser aller à la peur de la page blanche : dialogue, caricature, écriture en folie, spontanée, diagramme, brainstorming, mandala, barbeau. Le journal créatif est aussi bien un journal intime du quotidien, qui choisit aussi d’autres regards sur soi, qu’un moyen créatif de passer les grandes étapes de la vie….ainsi le livre est coupé en deux : une démarche personnelle et intuitive de l’utilisation des techniques et un accompagnement précis pour des questions et des blocages, voyez plutôt. En attendant d’autres billets plus en profondeur, vous trouverez un avis intéressant et pertinent ici et vous pouvez lire ce qu’en dit Anne-Marie JOBIN sur son site.


Pour ma part, cette démarche, ne serait-ce que l’écriture spontanée tous les matins pendant 20 minutes, me permet d’avoir les idées claires et moins embrouillées par mon stress de la vieille. Mon carnet est devenu celui de l’écriture et du dessin, spontanés. Un petit clin d’œil à Miss fenêtre sur la cour et sa maison d'écriture. Et puis Caroline va même plus loin, elle vous dévoile que nous nous sommes vues et que nous avons parlé créativité, la mienne, la sienne... ce fut, d'ailleurs, Caroline, un merveilleux moment, pas très ethnique, c'est vrai, mais intense!