mercredi 5 décembre 2007

Vos cabanes imaginaires

J’ai proposé le premier thème des Passeurs d'imaginaires (rappelez-vous, tout le monde peut être passeur pour un billet) en rapport à ce que proposaient déjà mes sœurs de pensées sur leur blog respectif : du sens, de la pertinence, de l’inter réaction, du dévoilement en rebondissant sur ceux des autres…
Ce thème des cabanes avait effectivement déjà été traité…je reprends ici les propositions antérieures au thème et les billets suivants. Comme le disait si bien Caroline, nous sommes ensembles dans nos cabanes.


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Une cabane pour se mettre à l’abri du réel ou une cabane comme une construction idéalisée :

La cabane est cet espace à l’abri des dangers. Zoéchiffon nous invite, dans ses petits héritages d’ailleurs, à connaître la cabane, construite par son père, en bambou contre les serpents au Cambodge et celle plus anonyme sur un Baobab, à l’abri des fauves et en promontoire pour les regarder s’abreuver.


*source croquis d’une cabane perchée

Les cabanes sont aussi ces constructions idéalisées, d’une architecture plus fragile, quasi artisanale ou tout au contraire très technique. Leurs édifications sont souvent personnelles, recherchées : des matériaux bruts, de récupération, naturels…une certaine idée de la fonctionnalité de l’abri. Ces espaces plus petits sont destinés à retrouver un équilibre. Etre au cœur de la nature permet un repos, une liberté, une mise à distance des comportements en société.
Les cabanes sont perchées dans les arbres, faites uniquement de paille, au bord d’un précipice etc…soit des endroits peut usités, à l’abri aussi des regards intempestifs. Envol de papillon, toujours en vol et les ailes déployées sur les créateurs en tout genre, nous offre des points de vue architecturaux et de design, que dire de ces cabanes sphériques perchées dans les arbres comme une boule de gui, ou celles comme des châteaux de paille dans un champ de blé.
Ce sont aussi ces cabanes utilitaires et rêvées, à flanc de colline, perchées, sur un pont, en paille comme un ballot, sorte de troglodyte, comme des tentes, en suspension, (un vrai condensé des billets postés avant le thème des cabanes des Passeurs d’imaginaires ! Le partage de l’imaginaire était déjà bien présent). Zoéchiffon nous proposait ses cabanes ballots pour ne pas courir après le temps


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Une cabane utile :

Elles ne nous ont pas fait rêver mais elles sont pourtant très importantes pour certains, elles demeurent avec leur fonctionnalité mais il est vrai qu’un refuge en montagne peut réserver beaucoup d’histoires. Et puis les cabanes aux oiseaux de Caroline sont elles aussi porteuses de tout un univers…des oiseaux prêts à se reposer …un court instants…sous ses fenêtres. N-Talo a, elle, reçu les confidences de certains volaties: des rêves d'espace et de cabanes en hauteur pour reconnaître que la sienne, de cabane, reste sa maison.
Les cabanes sont aussi de tous les jours, comme architecture éphémère à l’occidental, le plus souvent pour les vacances, mobile-home, caravane…et que dire d’une roulotte.


*source aquarelle Frédéric Rudant

Pour ma part, globetrotteuse en imaginaire, je pensais surtout cabanes habitats originaires, abris primitifs…
Quel plus beau dépaysement que vivre à la manière des peuples, loin de nos habitudes…mon imaginaire est alors rempli d’histoires de jungle, d’espaces à pertes d’horizons, de nature préservée.
Le « peuple des arbres » Korowai à Irian Jaya (Indonésie) me donnerait le vertige…mais avec un peu de courage, je pense que mon imaginaire se prendrait pour la cime des arbres et passant d’une à l’autre ramenerait toutes les aventures de la faune…regardez donc leurs cabanes (si vous voulez en savoir plus, c’est ici en anglais, la photo de dessous est prise de ce site


ou photo de dessus ).

Les peuls, eux, après m’être plongée dans leurs regards, après avoir été impressionnée par leur maquillage facial, j’aurais peut-être eu le droit à un thé et de longues discussions sous l’arbre à palabres mais aussi peut-être un peu de repos dans leur tente et leur case avant de continuer la grande marche à travers le désert.



*source tente peul et case peul venant d'un site dont je ne peux que vous proposer la lecture.

Les toraja m’auraient conviée à une fête rituelle, et admirative, je serais sortie des maisons pour les dessiner et imaginer qu’elles prendraient la mer : elles sont si singulières


*source maison Toraja, Tongkonan
N’hésitez pas à lire ce billet concernant le peuple Toraja sur Détours des mondes (blog très très recommandable).

La yourte mongole me plait encore plus. Elle est portative. Je m’imagine à dos de cheval (de ces petits chevaux qui ressemblent à des poneys, plus bas de garrot, j’aurais un niveau de gravité plus près du sol)…un galop avec un chapeau fourré sur la tête, de très grands espaces, à perte d’horizon, du vent et une certaine idée du bout du monde…


*source illustration d’une yourte mongole


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Une cabane comme un espace de vie :

Les urbanistes ont repris le concept, l’ont débarrassé de l’imaginaire qu’il véhiculait….pour loger le plus grand nombre et superposer la construction et la fonction, tout devient utilitaire, l’espace est cher. Certains architectes se sont penchés sur le besoin fondamental de l’abri, de la survie des plus démunis, ici une proposition de Shigeru Ban :


*source de la cabane en carton

Comme nous le rappelle si bien Caroline, la cabane d’adulte est aussi un lieu de survie, une nécessité, une cabane d’indigence…et à fortiori d'humanité.

Il y a aussi ce retour à la nature, plus militant, affaire de moins pauvres le plus souvent. C’est aussi un imaginaire de bon sauvage. De vrais constructions, dites écologiques, se construisent : par exemple la maison vivante, le Fab Tree Hab' de Mitchell JOACHIM ou la cabane en pierre sèche.

Mais la cabane représente symboliquement tous les espaces réduits où nous nous sentons bien, en sécurité. Rose nous livre ses cabanes de vie, les lieux pour qu’elle soit elle, des bribes de cabanes d’enfance et des mets qui ne pouvaient être préparés que dans une cabane imaginaire. Je vous confiais mes refuges d'enfance et ma position corporelle cabanistique. Cathulu, elle, nous invite entre des pieds éléphants.



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Une cabane ou l’art de construire:

La cabane est aussi un imaginaire d’artistes, comme un objet de Land art.


*source abri rêvé de Nils udo et en couleurs

La cabane a inspiré beaucoup d’artistes, Florizelle nous convie à en suivre un dans son idée d’une architecture bancale : des cabanes démembrées mais pas si fragiles ... Une cabane d’architecte, de parents pour les enfants…


*source cabane d'enfants

Ici le nid pour les enfants de John Malkovitch proposé par Clare Wilks


*source de la cabane-nid

Mais pour chacun(e) d’entre nous, il fut d’abord question d’enfance. La cabane comme construction de son chez-soi, comme élaboration de son univers. Un monde fait de peu de chose, de draps, de branches ou des cabanes aussi artisanales, toujours autant éphémères mais plus finies. Lysalys nous parle de celles de ses filles, de leur construction enfantine, aidée par les adultes, et de cet espace de secrets, bien réservé à l'enfance. Béatrix, accompagnant la créativité des jeunes, nous montre leurs rêves éveillés, leurs créations, un autre blog nous rappelle aussi qu’il est question d’une vraie activité d'enfants .

Mais de cette construction manuelle, l’imaginaire collectif nous rappelle les maisonnées de contes de fée. Oui ces espaces plus petits que des châteaux, plus cosy, plus à la mesure d’une taille d’enfant. Un espace de sécurité pour les marmousets mais aussi les fées, les princesses. Sa marraine la Fée se rêve dans une chaumière de princesse, une créatrice par deçà le miroir, La Fille du Consul, y mettrait des bijoux et des miroirs magiques . Les illusrateurs ont été nombreux à proposer une architecture de cabanes, de maisons de contes de fées, Béatrix nous le montre .


*source illustration Hundertwasser ici

Pour certaines, les cabanes sont aussi des attrapes enfant ! Je mettais mon doigt encore plein de sucre sur la façade de certaines, Florizelle nous montrait la sorcière sans sucre et Maijo nous fit peur avec sa cabane qui court pour nous récupérer grâce à ses pieds de poule , brrr...


La cabane est-elle une géographie de l’enfance ou une géographie de leur imaginaire ?


*source illustration Gyo Fujikawa

Lily nous confie que la maison de poupées est le lieu où son imaginaire prenait forme. Lamousmé rappelle que ces constructions de guingois proposaient d’elles-mêmes un univers imaginaire, par exemple Térabithia (et elle sait de quoi elle parle, cette hôtesse des mondes imaginaires !).

Ici les cabanes à doudous de notre petit loup !


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Une cabane pour rêver, philosopher ou créer :

La cabane est effectivement ce lieu où nous sommes de retour vers soi, séparés des contingences matérielles mais aussi plus à même de prendre le temps de penser, à soi, aux autres, au monde.
Certains ont pensé la cabane comme « lieu théorique » de l'"expérience de pensée" ou encore « lieu psychique » (formule de Freud) en se basant sur le livre de Gilles A. Tiberghien « Notes sur la nature, la cabane et quelques autres choses ».
D’autres, pour les besoins d’un film « Eloge des cabanes », ont fait le voyage vers elles. Il s’agit bien là d’un cheminement spirituel où le matériel est précis, fonctionnel ou futile comme le montre ce petit vade-mecum de la cabane. Sans oublier nos ermites historiques que sont Diogène ou Thoreau et leurs cabanes.

La cabane aussi peut être une certaine idée de notre position au monde, à dieu. Florizelle nous rappelle qu’au-delà du souvenir de la traversée du désert, la cabane de Soukkot est un piège de lumière où l’éloge de l’ombre manifeste une présence.

Les cabanes d’enfant deviennent des cabanes de créativité adulte. Caroline nous mettait sur la voie du lieu d'appartenance des poèmes. Mais oui, il s’agit bien d’un espace pour adulte, d’un espace où nous pouvons être nous-mêmes et se laisser aller à la créativité, comme un atelier, celui de ma tante . Une cabane pour l’écriture ou un sujet : l’écriture de Angèle PAOLI nous en dévoile le sens profond dans "Enfant, elle adorait les cabanes" : « Elle prenait le temps de savourer les délices de leurs petites et savantes cruautés. » et réitère ici.


Et si la cabane était tout cela à la fois, le message laissé par Envol de papillons le laisse croire…


*source photo de la cabane Fjord choisie par Envol de Papillons, son vrai rêve d'enfant

« J'aime beaucoup ce thème que tu as ainsi choisi, d'enfant (je ne pouvais m'arrêter d'en construire des que l'occasion se présentait, de branchages en foret, de draps dans ma chambre, de lignes tracées sur le sable à la plage, rêvées et merveilleuses dans mon esprit, j'imaginais le soir avant de m'endormir une cabane dans les arbres ... que je retrouvais plus tard en lisant Le Baron perché
...à adulte (un endroit protégé, réinventé, comme un nid pour l'esprit, libre et bienveillant... un vrai fantasme, un lieu rêvé) elles ont grandi en même temps que moi, de mon imaginaire et de mes jeux d'enfants, à des découvertes lors de voyages, de lectures
... et maintenant par ton blog, elles jalonnent ainsi ma vie comme des petites enclaves qui me rappellent sans cesse l'enfant que j'ai été et que je porte encore en moi ... un symbole de liberté sur lequel on peux projeter ce qu'on veut (nos rêves, nos fantasmes, nos pensées, notre idéal ou notre humanisme comme l'a si bien écrit Caroline et sa fenêtre sur la cour ici »

Caroline met les lignes directrices de ce passage de la cabane dans les arbres, pour enfants ou ermites, à celle de l’écrivain ou du poète…l’esprit nomade, la philosophie de vie, le repli sur soi et une certaine exposition d’elle : ses « fenêtre sur la cour » sont sa cabane d'écriture.

Béatrix reprend l’imaginaire de liberté, de sécurité derrière les cabanes : vivre dans les arbres pour se préserver du réel comme Alice aux pays des merveilles ou Le baron perché, vivre dans les arbres pour choisir son réel/imaginaire, ou pour ne pas être atteint par les prédateurs, une idée qui perdure selon les périodes et les pays, dits primitifs ou dits civilisés, de l’ermite à l’écrivain. Le livre « Graines de cabanes » que je présentais pourrait résumer cet élan vers cette construction rêvée, fantasmée ou réelle : une ouverture vers l’imaginaire enfantin et adulte, une porte ouverte vers le monde et les autres, une curiosité et une envie de se préserver.

En tous cas, comme le dit Béatrix, la cabane est un hommage à la lecture, à l’enfance et aux amitiés..
Merci de tous vos partages : Béatrix, Envol de Papillons, Caroline, Maijo, Rose, Lamousmé, Lysalys, Zoéchiffon, Lily, N-Talo, Cathulu, Sa marraine la fée et son double…et Florizelle par-ci par-là inconsciemment.


Pour aller plus loin quelques bibliographies, sur les cabanes en pleine nature, les maisons/cabanes d'enfants, l’architecture et la forêt et une très belle proposition de déambulation où il faut lire entre autres les 4 thèmes dans histoires de cabanes…

Mais je voulais vous laisser avec une trace d’imaginaire : et si nous perdions la clef de nos cabanes… Florizelle nous montre la voie à suivre ....

Edit du soir: les participations retardataires ont été rajoutées, soit celles de Cathulu et de N-Talo. Il ya t-il d'autres participations que je n'aurais pas vues?

19 commentaires:

rose a dit…

Merci pour ce billet-bilan passionnant qui nous offre plein de nouvelles lectures. J'aime beaucoup l'illustration de soulier-maison !

Vanessa a dit…

Rose: de rien...oui j'aime beaucoup mais l'histoire est moins belle: la femme donne un fessée à chacun de ses très nombreux enfants avant de les laisser rentrer à la maison...

cathulu a dit…

ça y est j'ai enfin trouvé le temps...
On entend de drôles de bruits sur ton blog ! :)

caroline_8 a dit…

Merci Vanessa de nous avoir toutes réunies dans ta cabane. On ne s'y sent aucunement à l'étroit et on en ressort enrichies de toutes ces belles rencontres et expressions sur ce sujet vaste et si ancré en l'humain. Tu t'en es très bien sortie!

Vanessa a dit…

Cathulu: voilà, j'ai rajouté ta participation...
des bruits... en tous cas je n'arrive plus voir les commentaires laissés... demain cela ira surement mieux!

Caroline: merci

zoechiffon a dit…

c'était passionnant ,Vanessa !!!
Bravo !!!! un bel éclairage sur toutes nos cabanes et celles d'ailleurs ......
faillait s'accrocher because pop up
porno ;;;but quand je revenais sagement à ma lecture ,c'était encore meilleur .....je m'en vais me faire une cabane sous couette là maintenant
tout de suite !!!

Vanessa a dit…

Zoéchiffon: alors pas découragée, tant mieux! Bonne nuit!

maijo a dit…

Quel magnifique billet, qui rend si bien hommage à l'imagination et à la créativité, aux rêves d'enfant et d'adulte.
Je suis heureuse d'avoir participé à ce projet qui te tenait à coeur et dont tu t'es si bien sortie.
Bises et rendez-vous est pris pour l'hiver.

Vanessa a dit…

Maio: merci..alors à nos imaginaires de saisons!

Florizelle a dit…

Dis donc, Vanessa, c'est un véritable village de cabanes que tu as construit pour nous accueillir : je suis très impressionnée pour ton exploit !

Vanessa a dit…

Florizelle: il a fallu un petit effort pour toutes les reconstruire ici... Très bonne journée

Béatrix a dit…

Vanessa je suis admirative de ce bel article, merci pour tous ces gentils liens..c'est très complet comme billet j'aime aussi beaucoup le land art et cette magnifique photo de Nils Udo..je suis contente de retrouver cet artiste chez toi..voila c'était un petit momnent de pause et de repos en passant chez toi avant de repartir.bisous et merci Vanessa.

Vanessa a dit…

Béatrix: merci et oui Udo propose de très beles choses.

Envol de papillons a dit…

Tres beau travail, Vanessa, ce partage entre toutes ces cabanes ... un tres joli moment à lire ton billet ... échange, sensibilité, humanité ... vivement ton prochain billet de passeuse d'imaginaire !!! Merci !

Vanessa a dit…

Envol de papillons: merci de m'avoir donné envie!

Lysalys a dit…

Un véritable travail ce billet ! :) Bravo.
La cabane qui m'a le plus surprise : celle à la cime des arbres ! Mais comment font-ils pour ne pas avoir le vertige ?!!! Merci Vanessa.

Vanessa a dit…

Lysalys: de rien... oui un vrai vertige!

Holly Golightly a dit…

Un très beau billet et beaucoup de travail pour le réaliser, à n'en point douter. Je me vois bien sur la cime des arbres... Beaucoup de poésie en toi, jolie demoiselle.

Vanessa a dit…

Holly golightly: un peu d'effort pour beaucoup de pousses d'imaginaire et c'est le principal!