mardi 10 avril 2007

Une collection de silences


Par un soir de colère, je suis partie (sans claquer la porte mais le cœur battant la chamade) de notre appartement. Je n’y tenais plus.

Je suis allée me réfugier dans la librairie la plus proche, une librairie de quartier où il y a encore de petits mots laissés par les amoureux des livres sur les bouquins pour nous donner envie d’une immersion. Incapable de choisir quels livres acheter , j’ai déambulé devant les rayonnages, à lire tous les auteurs de livre en poche. J’adore les livres sous ce format. Ils sont peut-être moins précieux, faits d’une moins noble matière, mais ils sont plus proches de moi. J’ai moins peur de les abimés, je peux les lire en les tenant d’une main. La lecture en est d’autant plus solitaire, je suis seule à pouvoir lire les caractères, seule à savoir si ma lecture est licencieuse ou non car je peux cacher la couverture d’une main. Et autre caractéristique sublime, ils peuvent se couler dans mes poches.
Après mettre arrêtée devant les auteurs connus, essayant vainement de me rappeler quels autres auteurs me tentaient, j’ai demandé de l’aide au libraire : « Sachant que j’aime tel et tel auteur, pouvez-vous me conseiller trois livres de poche ? » Dans le lot, il y avait « Le musée du silence » de Yoko OGAWA.





Un jeune muséographe est embauché pour répertorier, classer et conserver des objets incongrus : objets du quotidien dérobés appartenant aux défunts du village. Nous entrons tout de suite dans une atmosphère pesante (froide ou étouffante) d’une société banale mais non sans secret. Des côtés pratiques liés à la réalisation d’un musée, nous passons par la vie saugrenue d’une société et l’enlisement dans un trafic pas très sain.

Ce roman pourrait être glauque mais la lecture est continue : comme le narrateur, nous recherchons quelque chose sans savoir de quoi il s’agit. Il est peut-être question de silence : un silence profond en soi quand tout autour est bruyant « Les prédicateurs sont à la recherche du silence, pas de l’interdiction de parole. Le silence doit exister en nous, pas autour. ». Une certaine recherche de plénitude, une reconnaissance de ce pourquoi nous sommes ici. Il n’y a pas de noms prononcés, juste des fonctions (la jeune fille, la vieille dame, le jardinier, la femme de ménage, le prédicateur…la ville… la place).
L’idée de transmission aussi m’a beaucoup touchée. Une transmission matérielle, émotionnelle, mais pas celle que nous croyons. L’objet destiné au Musée du silence n’est pas légué par la famille…il est « arraché » au défunt, comme si la seule mémoire possible d’autrui est ce que nous lui subtilisons et non ce que l’autre veut bien nous transmettre. L’objet est symbolique mais pas dans la représentation que nous nous faisons de son propriétaire mais dans celle qui perdure au-delà de la mort.

« En dehors du hall d’entrée, je voudrais détruire cette remise au bout de l’aile à l’est pour en faire un espace de repos avec un sofa. Cela donnera une couleur à la visite et permettra de se reposer de la « fatigue du musée ».
- Parce qu’on se fatigue en venant au musée ? Ce n’est pourtant pas un travail pénible.
Elle balançait ses jambes qui n’arrivaient pas jusqu’au sol.
- Oui, c’est vrai, la distance à parcourir n’exige pas une grosse dépense d’énergie. Mais un musée est source de tension nerveuse spécifique. Parce que c’est la confrontation, dans le calme, des objets exposés et des visiteurs. A plus forte raison si ces objets sont hérités des défunts. »


Une bonne résolution me reste après la lecture : ne m’occuper dans ma vie que de ce que j’ai acquis par moi-même. L’héritage, c’est peut-être cela, laisser aux autres le soin de conserver leurs passés et futurs fantasmés et ne partager que notre présent commun.

Pour avoir une idée de cette auteure, n’hésitez pas à lire l’avis sur un autre de ses livres de Katell ici et le très complet billet pour ceux qui voudraient se lancer à corps perdu dans son œuvre.

*oeuvre photographique de Dave Mc Kean

jeudi 5 avril 2007

Impudeur ou mise en scène

Dans la vie, il ya des soubresauts, des étincelles de lucidité…même un blog (du virtuel en fait) peut toucher la vraie vie.

Je n’ai jamais connu l’insouciance et je crois que l’on peut me définir comme émotive. Je suis toujours très touchée par les hommes (non je ne vous parle pas du genre masculin mais de la nature humaine), leurs forces, leurs faiblesses (surtout les écorchures car ce sont celles qui font le plus souvent grandir).
J’ai écrit par le passé mes états d’âme, mes maux pour ne pas les envoyer dans la figure des autres (même si cette étape a du être franchie plus d’une fois…c’était vital !!). En commençant ce blog (il y a si peu de temps en fait), je ne voulais absolument pas me découvrir d’un fil… garder ma carapace… montrer si possible de belles choses qui me trottaient dans la tête sans jamais dévoiler qui se cache vraiment sous le masque. Je suis une anonyme. J’ai cru que ce que je pouvais raconter, sous forme d’anecdote, n’intéresserait personne… que je pouvais être tout simplement. Je n’ai pas un seul instant pensé que ceux qui me connaissent vraiment (dans la vraie vie) liraient ses billets. En fait, c’est un peu cela. Je peux donc être moi-même, tout en étant une autre.
J’ai choisi de ne pas être impudique avec mes souffrances… j ’aime pourtant cela : les mettre en mots me permet de ne plus laisser seul mon corps porté les maux…. mais ce n’est pas l’endroit… et peut-être plus le moment. J’ai une grande admiration pour les personnes qui se livrent (tout en renforçant leur carapace) pour nous offrir de la sincérité, du trouble mais tellement de vérité.

La représentation que nous offrons aux autres par ces effets de style blogistique est des plus fragile. En repensant à la vraie Vanessa et aux autres « amies d’impressions quotidiennes de ma vie virtuelle », celles qui se cachent sous leur nom d’emprunt, je voulais rendre un hommage à l’effeuillage émotionnel.
****
Un court métrage m’avait fait une forte impression il y a quelques années : Emilie Müller de Yvon Marciano datant de 1993. Pas d’image si ce n’est la photo de l’actrice principale, Véronika VARGA, fabuleuse.


L’histoire décrit les bouts d’essai de casting d’une comédienne. Elle doit déballer son sac et tout de suite nous sommes intrigués, happés par sa fraîcheur, sa spontanéité, séduits…Elle se dévoile… beaucoup...ou peut-être pas tant que cela.

Piochant dans son sac à main, elle doit expliquer la présence de tous les objets le contenant, voici quelques extraits : tout est succulent.

« - Ah…une bague. C’est un très vieil ami qui me l’a donné, c’était à sa mère qui est morte. Je n’ai jamais pu la mettre.
- Pourquoi ?
- Parce que c’est trop lourd à porter. »


« - Euh… un petit carnet pour noter.
- Pour noter quoi ?
- Oh une histoire, un bout de rêve, une phrase que j’ai lu dans un livre. Je passe ma vie à noter. C’est une manie absurde.
- Pourquoi absurde ?
- Parce que ça ne sert à rien. Ce qui compte vraiment, c’est inutile de le noter on s’en souvient. »


« - Dites moi : est-ce que vous aimez séduire ?
- Franchement je crois pas.
- Mais on aime tous séduire, non ?
- Euh… moi c’est plutôt le désir de l’autre qui me séduit.
- C'est-à-dire ?
- Oui, dès qu’on me montre un peu d’intérêt, un peu d’attention, je n’y résiste pas. Je voudrais faire autrement mais je ne peux pas, c’est plus fort que moi. »

« - …des gens que j’ai aimé, je cherche toujours à les revoir. J’ai toujours besoin de savoir ce qu’ils font, ce qu’ils sont devenus. Même si je ne les vois pas pendant des mois. Le fait de simplement savoir qu’ils sont là, quelque part. Que là où ils sont ils sont bien et qu’il suffit d’un signe pour qu’on se retrouve. Vous pouvez pas imaginer, c’est… c’est important. En cherchant à effacer quelqu’un de sa vie, c’est finalement un peu de sa vie qu’on efface. Et puis la vie fait déjà tout pour séparer les gens alors… »

mercredi 4 avril 2007

Bataclan d’éclats, d’éclairs et d’éclaircies

En regardant de plus près la bibliographie de l’auteur Frédéric CLEMENT, beaucoup de ses livres m’avaient déjà tentés. Mais voilà, je me suis lâchée sur celui-ci : « Le Luminus Tour et son bataclan d’éclats, d’éclairs et d’éclaircies ».


Nous suivons un certain Monsieur Luminus dans sa quête de couleurs et d’éclats de lumières pour confectionner la plus belle des robes pour l’anniversaire de 3 lustres (un lustre=5 ans) de sa fille.

Et nous voici partis dans des souvenirs d’enfance : le magicien d’Oz, Alice au pays des merveilles, Merlin l’enchanteur, Peau d’Ane, Peter Pan entre autre. J’avais au début pensé qu’il manquait des illustrations de ces personnages fabuleux mais j’oubliais l’importance de notre imaginaire.

Par des impressions photographiques, des petits éclats de dessins disséminés deci-delà, un vocabulaire fouillé d’adulte…des nuances dans chaque action, chaque vision, chaque couleur… Frédéric CLEMENT nous ouvre tout droit d’autres portes.
Un conte, une poésie…mais aussi et surtout un réinvestissement de notre imaginaire par des bribes de merveilles. Rencontres réelles dans notre temporalité d’adulte avec l’épouvantail du magicien d’Oz, le Chat de Chester, la gardienne de la forêt de Brocéliande, J.M.BARRIE, la sirène serpentine…. Reprise de l’imaginaire dans l’ethnologie, soupçon de moments de vie poétisés, faune réinvestie dans le fabuleux. Utilisation des objets ou effets imaginaires : la montre du lapin d’Alice au pays des merveilles, une parcelle des escarpins de Doroty du Magicien d’Oz.


Que dire, si ce n’est que ce livre, ce rêve, ce voyage, cette quête, nous ouvre plusieurs lectures…une belle histoire, de la poésie sur des moments fugaces et un retour dans le pays de l’enfance avec le bagage, l’intellect et l’imaginaire d’un adulte sous le bras.



N’hésitez pas à lire l’avis de lectures sentinelles, du Grimoire de Virginie et le superbe billet de Holly golightly qui m'a laissé la primeur et celui de Lily .
Pour vous plonger dans la poésie de cet auteur, je vous conseille son blog où les mots, comme des pétales de fleurs, vous emportent avec eux dans le vent, le temps et l’imaginaire.

mardi 3 avril 2007

Un quartier d'orange de trop?


Un livre prêté comme un objet précieux, d’une personne qui m’est chère, avec comme introduction à la lecture : « Ce livre va faire écho en toi », une angine infectée carabinée, un homme parti pour la nuit et un petit d’homme dormant paisiblement à côté, et voilà un livre dévoré, le suc me coule encore sur les lèvres.
« Les cinq quartiers de l’orange » de Joanne HARRIS



Une soixantenaire revient dans son village d’enfance avec comme seul héritage un livre de recettes de cuisine tenue par sa mère. Et voilà que défile une enfance en tant de guerre, une éducation à la dure (la maman élevaient ses enfants comme son verger avec amour sans le montrer, comme on taille les arbres fruitiers pour qu’ils donnent, à maturité, le meilleur d’eux-mêmes). De la bonne cuisine comme seuls moments de répits dans l’univers familial et entrecoupé par les malaises de la mère. Le carnet de recettes apparait alors comme une véritable clef pour comprendre les histoires internes, les secrets de famille, de village et les sentiments enfouis.
Des questionnements sur l’héritage réel, les liens mère-fille, l’innocence cruelle de l’enfance, les tragédies intimes et « historiques ». Merci Astrid de m’avoir poussée à cette lecture, incisive et pertinente pour que je tente d’arrêter de me débattre avec mon passé.


« L’un de vous aurait-il ramené des oranges dans la maison ?

Nous faisions non de la tête en silence. Les oranges étaient chose rare. Il nous était parfois arrivé d’en goûter une. Nous en apercevions de temps à autre au marché d’Angers – de grosses oranges d’Espagne à la peau épaisse criblée de fossettes et d’autres coupées en deux, à la peau fine, des sanguines venues du sud qui révélaient leur chair meurtrie toute violacée. Maman passait aussi loin que possible de ces stands comme si la simple vue des oranges la révulsait. Une aimable dame, sur le marché, un jour, nous en donna une à nous partager. Maman nous interdit de pénétrer dans la maison. Il nous fallut d’abord nous laver les mains, nous brosser jusque sous les ongles, nous les enduire d’huile de mélisse et de lavande. Et même après tout cela, elle affirma déceler encore une odeur d’orange. Elle laissa les fenêtres ouvertes pendant deux jours jusqu’à ce que l’odeur eût enfin disparu. Bien sûr, les oranges qui provoquaient ses crises n’existaient que dans son imagination. Leur odeur annonçait ses migraines et, quelques heures plus tard, elle était allongée dans l’obscurité avec un mouchoir aspergé d’huile de lavande sur le visage et ses pilules à portée de sa main. J’appris plus tard qu’il s’agissait de morphine. »
Rajout du 18/07/07: Lily, attisée, nous parle de cette lecture ici et .

lundi 2 avril 2007

Charlotte A.CAVATICA m'a prise dans sa toile


« Le monde de Charlotte » est un film sans vraiment d’originalité. Une suite des « Babe » (petit cochon doué de parole dans une ferme, destiné à devenir du jambon). Je vous conseille tout de même de regarder ce film du coin de l’œil pour un personnage en image de synthèse : Charlotte A.Cavatica, l’araignée. Superbes ballets lors des confections de ses toiles sur un fond sonore de Danny ELFMAN et aussi des manières et un esprit littéraire…je ne vous dis que cela.

Ce film est une adaptation du conte de Elwyn Brooks WHITE : le vrai plus, il m’a donné envie de me plonger dans l’original avec les illustrations de Garth WILLIAMS pourquoi pas.





A vous tous mes « salutations ».

Totoro et noiraudes de Miyazaki

J’ai enfin vu « Mon voisin Totoro »
j’ai beaucoup aimé même si le peu d’actions m’a laissé un peu sur ma faim. Mais comme tous les films d’animation de Hayao Miyazaki, il s’agit tout de même d’un film plein de fraicheur, de poésie. J’aime ce monde que seuls les enfants peuvent voir et que certains adultes côtoient et respectent sans plus y avoir accès.

* dessin de Totoro et des petites filles sur le camphrier pris

Les lutins Totoro seraient même issus en partie de l’imagination des enfants : leurs noms seraient nés d’une déformation du langage de Méi, la petite fille : Torolo veut dire Troll en japonais et Totoro voisin et leur aspect visuel viendraient des dessins d’enfants. Je trouve l’idée excellente : un monde parallèle d’esprits de la nature visible que par les enfants et recréé par eux.

Les noiraudes, ou Susa-atari ou Makkurokurosuke, sont de petites boules de suie mais peuvent être aussi une métamorphose du réel : le passage des rêves au réveil, du jour à la nuit : une accommodation des yeux à l’obscurité. Je les avais adoré dans « Le voyage de Chihiro ». Elles ont d’autant plus d’attrait qu’elles me rappellent un tableau que j’adore : « L’araignée souriante » d’Odile REDON.


J’aime l’idée aussi que ce genre de film est fait pour les enfants mais aussi pour les adultes, pour vous en persuader allez donc lire une analyse des détails du film et des références (à ne lire qu’après avoir visionner le film !!!).
J’aime aussi me réapproprier les œuvres, les faire miennes : alors ces exemples d’exploitations artistiques de ce film sont bien tentants.

Pour vous laisser impreigner de l’atmosphère c’est chez Katell ici. Décidemment Katell, tes billets m'inspirent.