mercredi 19 mars 2008

Frugalité par le Gunpowder et le Da Hong Pao

Je débute les dégustations de thés. Mes termes sont mauvais, mes impressions confuses. En tous cas, ces moments de thé sont des instants de vraie sérénité. Je dirais même de frugalité. Par ennui, il m’arrive de manger. Oh non pas des mets de gourmet mais bien des produits trop riches, trop raffinés, trop artificiels. Depuis peu, je me prépare un thé…et le déguste. Le petit loup d’un an et demi vient respirer avec moi : les feuilles de thé sèches (le thé), puis le couvercle, le liquide et enfin les feuilles mouillées (l’infusion). Je lui offre aussi la possibilité de s’humecter les lèvres pour faire comme moi. Pas d’excitant si ce n’est l’excitation du partage.

Je regarde les sites et blogs dédiés au thé, je lis les amateurs éclairés, les apprentis maîtres de thé, et je regarde tout le chemin à parcourir. J’ai l’impression d’entrainer mon odorat et mon goût mais ne sais pas si mes sensations sont les bonnes. Un long travail d’apprentissage. Alors entre deux lectures, pendant une pause, je prépare un thé, je fouille chaque fois un peu dans les documents sur la manière de procéder pour savourer…et me laisse aller. Ma théOthèque risque de se remplir de thés plus précieux encore.

Voici donc deux dégustations de novice : un thé vert Gunpowder et un oolong Da hon Pao, à chaque fois, je prends le formulaire de dégustation proposé par Tea Master pour noter…à l’inverse de ma première dégustation de Lapsang , je l’extrapole maintenant dans le compte-rendu par méconnaissance (trop de blancs dans le formulaire).


Voici une photo de la troisième infusion de ce Gunpowder, thé vert de Chine. Je n’ai pas d’indice sur mon achat. Je l’ai fait infuser au zhong (un vrai plaisir, merci encore Flo). J’ai utilisé environ 2g de thé (soit une poignée qui remplit la surface du fond du zhong). J’ai mis de l’eau froide sur les feuilles sèches et le reste en eau chaude et ai vidé cette première infusion le plus vite possible. Après, j’ai remis 1/3 d’eau froide et 2/3 d’eau bouillante.

Les feuilles sèches sont très roulées, en toutes petites boules brillantes (une vraie “poudre à canon”), de couleur vert de girs comme argenté. Elles ont une odeur comme sucré.
Novice, pour moi, la fin de l’infusion, après avoir remué de temps en temps mes feuilles dans le liquide avec le couvercle, se situe quand le liquide a pris de la couleur et le couvercle une odeur. L’odeur de rhubarbe m’est venue à sentir le couvercle…peut-être parce que le matin même j’avais tronçonné quelques tiges…un souvenir olfactif similaire. Le liquide a une couleur jaune/vert clair et il sent les herbes, le vert. Son goût aussi rappelle les herbes fraiches, il est moelleux, pas acide mais a eu une once d’amertume en arrière bouche à la première infusion. Les autres infusions ont conservé son goût sans l’amertume. L’infusion (feuilles mouillées) était faite de feuilles larges mais coupées, d’un beau vert. J’ai fait 3 infusions avec ce thé que j'aime pour sa fraîcheur.

Pour le Da Hong Pao, Oolong de Chine, d’aujourd’hui même technique que pour le Gunpowder… Le thé a une odeur très sucré, de fruits rouges, ses feuilles vont d’un vert à un brun rouge et sont légèrement flétries et torsadées avec quelques présences de brindilles. L’odeur du couvercle après l’infusion était boisée et marine. Le liquide, avec une odeur un peu muscadée et de fruit pas mûr, d”une couleur jaune légèrement orangé, très moelleux et comme boisé, pins ou épices. Les feuilles mouillées gardaient une odeur de fruits rouges et étaient vertes et brunes. J’ai fait quatre infusions d'un thé que je découvre avec grand plaisir, de curiosité et de goût.

mardi 18 mars 2008

Livres aimés, livres partagés...de Bretagne

Maijo a eu la superbe idée de ce livre voyageur. J’aime ses livres qui partent pour des lectures diverses, si subjectives, et qui donnent au livre une vie supplémentaire. Mes cerfs-volants ont cette volonté, vivre au-delà de ma bibliothèque, pour être aimé, dépréciés mais connus. Ce recueil de nouvelles bretonnes, Nouvelles de Bretagne, Danevelloù Breizh, sur la librairie ou les libraires donne un beau panel de différences littéraires avec tout de même quelques points communs : bien sûr les livres mais plus encore l’amour de leur contenu. Loin d’être le portrait de lecteurs compulsifs, il s’agit bien de passion, de lectures de vie : une certaine sagesse ou transgression.


Sol invictus de Fabien Lécuyer
Un café Librairie L’air du Temps est le théâtre d’un héritage par les mots, les livres et des photos…entre un thé, un café ou un grog. Un vieil homme livre sa vie par bribes, sans émettre un mot. Cette nouvelle, par le sentiment, la justesse, est un vrai petit bijou : la première lecture est « sentimentale », la seconde peut être politique.

Libre stance ! de Bernard Trébaol
Un monde où les mots, les livres, la personne est cloisonnée. L’homme est alors pris dans une ivresse vers un monde meilleur, où la lecture n’est pas qu’un médicament, pour le trouver il passe la frontière du convenu et trouve dans les mots, les livres et les cahiers de brouillon toute la genèse d’une révolte : « nous sommes en mal de lecture idéale. » qu’elle soit romans, essais ou autres…

Tír na nóg de Sylvie Rouch
Correspondance entre deux « minorités », un breton et un allemand homosexuel pendant la seconde guerre mondiale et la montée du nazisme. Où la vie est aussi décevante que la vraie se veut en lecture, ouvrir une librairie comme un refuge, comme une évasion et une voie pour vivre : « L’île de l’éternel printemps » de son vivant.

Sous le sable de Jacques Thomassaint
Un survivant, déserteur ?, part à la recherche de la dernière librairie, un trésor sous le sable. Une quête d’un monde en soi.

Mort à Denise de Patrick Pommier
Un passionné de polars, qui fait rentrer ces tomes ici et là, dans sa librairie mais aussi ses bibliothèques, escaliers etc…, veut se libérer de sa femme qui n’aime pas ses livres ni son obsession pour les polars. Il cogite, reprends les crimes de ses œuvres préférés, le mobile est trouvé mais il lui reste à choisir l’arme et le contexte. Il est possible de faire un crime parfait, si parfait qu’il est inattendu.

Le stagiaire de Sylvie Le Bras
Un stagiaire dans une librairie comme un éléphant dans une boutique de verre : pas à sa place et si brut. Une vraie ode à la lecture comme acte de foi, une mise à la portée de tous et non un symbole de cloisonnement intellectuel.




*source bibiothèque: photo de Galiléo

Vous éloignant, de René Péron
Un libraire, spécialiste des cultures orientalistes, nous donne envie, nous fait découvrir des tomes, des langues quasi-mortes, nous appelle aux archives. Il superbe illustration des expertises littéraires, des amoureux des auteurs, pas simplement pour noter que tel livre est lu mais bien qu’il a été transmis. La mort d’une librairie comme la mort d’une sagesse, très loin des livres médiatiques...plus dans l'esprit d'une bibliothèque que d'une librairie en fait...passeur...

An treizher-levrioù de Jean Le Clerc de la Herverie
J’ai su en lisant les avis bloguistique que le titre était le Passeur de livres…pour une apprentie passeuse d’imaginaire, j’aurais aimé lire le breton…un beau résume du receuil que ce titre!


Les avis sont nombreux : normal, ce livre est un livre voyageur aux amarres diverses. Les voicis : celui de Maijo bien sûr avec un extrait des travaux d’aide libraire du Stagiaire, une expertise bretonne d'Yvon, Yueyin, Sylire avec des extraits de Mort à Denise et Le stagiaire, La bibiothèque du dolmen, Katell à l'avis pertinent bien sûr, Bellesahi et les polars, Bladelire, Lucy et Majanissa. Merci encore Maijo!

lundi 17 mars 2008

Halava et être bleu

Pas encore prête à vous laisser le message sur les animaux féroces (enfin un qui vaille la peine d'être soit plus qu'un résumé des participations), je vous laisse avec une douceur du week-end. Elle me vient d'un livre de cuisine indienne traditionnelle aux origines douteuses. Il s'agit en effet d'une édition donnée par une connaissance qui voulait se délester d'une oeuvre de Bhaktis.

J'y prends de superbes recettes et y laisse les préceptes...voici ma version de cette recette avec une illustration similaire à celles présentes dans le livre:



Halava bleu (version pistache avec juste une allusion à Krishna):
250g de semoule
150g de sucre
100g de beurre
7 ou 8 abricots secs
70g de pistaches
3/4 de litre d'eau

Mettez à bouillir l'eau et le sucre. Rajoutez les abricots secs, en tous petits cubes, dès le début, s'ils sont vraiment secs, dès que l'eau bout autrement. Réservez sur feu éteint.

Dans une casserole à fond épais, faites dorer la semoule, les pistaches concassées et le beurre pendant 15 minutes environ à feu doux en torunant régulièrement et en faisant attention à ce que la semoule ne brunisse pas. Incorporez le mélange avec l'eau doucement en réduisant le feu au maximum et tournez rapidement pour éliminer toute apparition de grumeaux.

Quand la semoule a absorbé toute l'eau et se détache des paroies, éteignez et répartissez la pâte dans un plat à gratin pour le manger chaud ou froid (froid il devient facile de le couper!).

samedi 15 mars 2008

Soupe à l'oseille, printemps et amour

Pour le potage à l'oseille de l'amour de Rose, je propose une recette, assez savoureuse, de soupe...à l'oseille, mais pas seulement.


Soupe à l'oseille des amoureux:
pour 2 personnes:
1 grande poignée d'oseille ou environ 60g
1 petit poireau
1 topinambour
1 courgette
de la noix de muscade
2 cuillérées à soupe d'amarante
près d'1 litre d'eau
1 cuillérée à soupe d'huile de sésame
du sel

Faites revenir le poireau et le topinambour, avec sa peau si elle est fine, coupés en très fines rondelles dans l'huile. Une fois dorés, recouvrez avec l'eau. Laissez cuire 10 minutes.

Rajoutez la courgette en dés avec sa peau. Laissez cuire jusqu'à ce que le topinambour soit bien fondant. Mixez la préparation.
Remettez au feu en ajoutant l'amarante et faites cuire encore 10 minutes. Incorporez l'oseille finement ciselée (je le fais comme le persil: aux ciseaux dans un verre) pour terminez la cuisson en 5 minutes. Râpez de la muscade et salez selon vos gôuts.

Cette soupe légère, acidulée, avec une pointe de noisette (le topinambour) et un petit côté croquant par l'amarante, nous fait croire que le printemps est arrivé. Dans la bouche, il y était!

vendredi 14 mars 2008

Du charnel en peinture

Que ce soit les livres voyageurs, les swaps ou les rencontres (en vrai), les échanges sont nombreux. Flo, lors de son passage sur Paris et notre rencontre en vrai en coup de vent (de tiramisu !), m’a laissé des livres voyageurs. « Radeau » d’Antoine CHOPLIN en fait partie.


Je ne savais pas encore que je lirais ce livre qui, dans les mots d’un(e) autre, m’avait touché… impossible de me rappeler qui en parlait. Mais c’était une belle histoire de tableaux !

Nous suivons Louis, en mission pour le Musée du Louvre pendant la seconde guerre mondiale. Il emmène en camion les originaux des tableaux pour les mettre à l’abri des Allemands. Il ne doit pas s’arrêter en chemin, éviter tous les distractions. Mais une jeune femme, pieds nus, Sarah, marche sur le bas côté de la route…elle ne demande rien, aucune aide et ils se trouvent.

L’un se veut dans une dimension collective, de la fuite, des directions de vie, l’autre ne souhaite être nulle part puis juste regarder devant elle. La vie et l’amour sont comme des peintures : le couple comme un « caillou », seul objet délimité, dans ce monde insaisissable et cette vie en mouvement, l’amour comme tableau de vie. « Bien mordre dans leur histoire. Sa façon à lui de le faire, tous les soirs. En y ajoutant les épisodes de la journée. Les autres couleurs advenues. En s’efforçant de tenir en respect l’offensive des gris (…) »
Et la peinture garde une place principale dans toute l’œuvre de cet auteur. Le conflit entre peinture et réalité fut le premier sujet de discussion des personnages. L’art est-il une pâle copie de la réalité ? Sans émerveillement possible malgré une œuvre magnifique ? A l’inertie possible, l’auteur (par son héros) impose le charnel. Superbe notion qui voudrait que même les artistes occidentaux (à rapprocher de mon billet sur la peinture asiatique et du prochain sur la cosa mentale) peuvent se dessaisir de cette envie de rendre compte du réel de manière minutieuse, d’oublier les perspectives, lumières, couleurs, est de digérer le sujet, de le peindre en ressenti en nous invitant dans leur souffle créatif (à ne pas confondre avec le Qi….). « Et si ce n’est à le faire avec de la couleur et des pinceaux, du moins à se représenter les choses à notre manière. A refuser le contour des apparences, à en bousculer le dessin avec l’unicité de notre regard à nous. A nous tous. Vous voyez comme les portes s’ouvrent. »
Quelle belle idée aussi que cette sortie de tableaux de maîtres sur le champ d’à côté : une histoire de restauration d’art, de conservation dans les meilleurs conditions climatiques, alliée à une fête du ressenti par rapport à l’art.
Le "Radeau de la méduse" de Théodore GERICAULT en devient un tableau-phare : quelle est la meilleure représentation de ce drame ? Quelle serait la notre si nos mains répondaient à notre cerveau avec génie ? du politique avec cet abandon d’hommes, le cannibalisme et la mort, le sauvetage….



Un personnage reprend les propos de Dante « Alors la faim l’emporta sur les moyens » pour conclure la vision du tableau…

J’ai aimé ce livre, d’une lecture très rapide, pour tous ces moments dans le temps, hors de lui mais si emprunt de vie. Il n’y a pas beaucoup d’actions, le rythme est comme la lecture d’un tableau. Il ne faut pas vouloir y regarder une analyse de mœurs ou une vue de la guerre…il s’agit bien là d’une contemplation faite par deux êtres sur le radeau de la vie. Il s'agit aussi beaucoup de ressenti par rapport à l'art (lire ici)…. Merci Flo pour cette lecture venue bien à point.

Au chaperon rouge et à son loup

Pour trois demoiselles et un vieux monsieur aux yeux d'enfant!
(...parce que mes mots ne seraient pas appropriés...)




gravures de Salvador DALI "Alice in Wonderland" prises ici, et

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