vendredi 23 octobre 2009

34

... ans
et un peu plus sereine.

lundi 19 octobre 2009

Les vampires de Londres présentés par les soeurs Wilcox

Le premier tome des « Etranges sœurs Wilcox », « Les vampires de Londres » de Fabrice COLIN a été d’une lecture continue, fluide et même bien captivante. Oui il s’agit d’un roman jeunesse, l’histoire offre des rebondissements, des drames et vaut sa lecture.



Amber et Luna sont deux sœurs, adolescentes. Nous les rencontrons se réveillant dans deux tombes distinctes. Ce ne sont pas les leurs et pourtant il a fallu casser le cercueil et déboucher à l’air libre de sous la terre de ce cimetière. Elles reviennent à la vie, comme dans tous les sens du terme, et déambuleront pour rentrer chez elles dans un Londres où Jack l’éventreur sévit. Elles cherchent ce qu’il leur arrive et ce qui s’est produit chez elles, leur maison incendiée, leur majordome mort, leur belle-mère envolée et leur père mort, à nouveau.

Elles sont prises sous la protection des Invisibles et découvrent des guerres souterraines encore plus mystérieuses et fatales que celles historiques que les manuels d’histoire relatent. Les Invisibles sont les membres d’une société secrète rattachée à la Reine Victoria et combattent pour la couronne contre les vampires. Parce que oui, les sœurs Wilcox sont devenues des vampires et, de par leur parentalité et leurs nouveaux pouvoirs, peuvent les aider dans leur lutte.

*esthétiquement, j’y ai vu les couleurs du film de Francis Ford Coppola, source photo

Le chapitrage aide à la lecture et l’histoire se fait haletante. En suivant la découverte de leur maladie et l’arbre généalogique des vampires, nous accompagnons Amber et Luna dans leur mission de reconnaissance vampirique en rencontrant avec délice des êtres fictifs ou historiques. Les Invisibles ont aussi des comptes à rendre à la couronne, une certaine crédibilité et efficacité à retrouver.

L’atmosphère de ce Londres, les quartiers visités comme Whitechapel, les lieux rencontrés (cimetière, vivarium, salle de médecine légale) donnent le ton. L’esprit est gothique et les personnages sont autant humains que vampires, goules, gobelins ou féériques. Les références sont nombreuses : Sherlock Holmes et son fidèle ami Watson sont présents, ainsi que Dracula. Abraham Stoker (Bram ?!), Lewis Carroll ou John Milton reprennent vie sous un angle presque différent. La péniche L’Inoxydable, quartier général des Invisibles, apparait aussi comme un lieu plein d’histoires.

« - Monsieur Holmes…
- Oui ?
- Quel genre de monstres sommes-nous devenues ?
Le détective toussota dans son poing.
- Tout être humain est un monstre en puissance, Amber. Mais je crois que ta sœur et toi êtes assez loin du compte. »
Elles sont devenues vampires mais de quel clan ? Du clan des Drakuls (descendants du conte Dracula), de celui des Nosferatu (du voïvode Orlock) et d’un des cinq autres. Et à quel blason (génération dépendant de l’importance du géniteur/mordeur) appartiennent-elles ? Avec la découverte de la reconnaissance féérique, vampirique ou humaine par le halo lumineux, la mise en pratique des pouvoirs vampiriques (animi) qui vont de la force surhumaine, l’indifférence aux températures, l’immortalité, la rapidité ou le pouvoir de contrôle pour n’en citer que quelques uns, il est à parier que les sœurs Wilcox ont encore de nombreuses missions surprenantes devant elles.

C’est vrai qu’à la sortie de la lecture, les personnages rencontrés, fictifs ou réels, ont pris une densité que nous aimerions croire vraie. J’ai hâte de me replonger dans mes lectures de jeune femme : les Conan Doyle, Bram Stoker, Lewis Carroll et de découvrir enfin ce « Paradis perdu » de John Milton. C’est peut-être cela ma plus grande satisfaction de lectrice : voir dans ce livre mille et un passages d’intertextualité entre ce roman jeunesse et d’autres lectures de Polar, Thriller ou de fantastique/gothique et y inventer une trame commune. Sans compter qu’une lecture musicale peut suivre… Holmes nous convie à l’écouter au violon jouant Mendelssohn, Bruch, Brazzini, Kreutzer ou Pisendel

J’aime à croire aussi à ce clin d’œil à Benjamin LACOMBE et des amants papillons dont parle Lily. N’hésitez pas à lire son billet et celui de Clarabel enthousiasmée. Fabrice COLIN est un auteur « jeunesse » à suivre, j’avais beaucoup adhérer à son « syndrome GODZILA », la lecture de la « Saga Mendelson », elle, continue doucement. Merci encore Lily pour la découverte de cet auteur et la lecture de cette nouvelle oeuvre.
NB : qui veut une soupe au sang, un black pudding et un sorbet cassis pour un « repas de solidarité »… Hum… les deux derniers, pourquoi pas en fait !

Rajout: Malice y voit une première approche du genre avec énormément de références et Emmyne est restée sur la réserve (à l'inverse d'une autre saga: La malédiction d'Old Haven). Un lien très vampirique sur ce billet, très très bien fait pour ne pas s'arrêter au Twilight et surtout profiter de ce roman, destiné aux jeunes, pour ne pas arrondir tous les angles des caractères et des caractéristiques vampiriques. Une manière de garder la profondeur d'un univers. C'est ici chez Vladkergan.

lundi 12 octobre 2009

Compter ou dénombrer ?

A la première année de maternelle l’objectif est de connaître le 1, le 2, le 3 (et pourquoi pas le 4 et le 5), cela m’a paru peu. Compter jusqu’à 5 ! Les objectifs me semblaient bien légers. Mais là je ne pensais qu’à la « litanie des nombres » : 1, 2, 3, 4, 5 !
La chaine numérique n’est pas la même chose que dénombrer, soit utiliser les mots/nombres pour quantifier. Pour aller plus loin et mieux appréhender les 5 compétences à maîtriser selon GELMAN et GALISTEL, je vous renvoie sur ce lien très bien fait. Et là, il est vrai que le passage de cette suite de noms, même dans un ordre précis, même maîtrisé, doit laisser la place à une connaissance logico-mathématique.

Les chiffres, les nombres ne sont plus inconnus pour le petit d’homme et même il prend plaisir à aller jusqu’à 10 au moins une fois par jour.


La suite des mots/nombres est arrivée très vite grâce au livre « Le livre à compter de Balthazar, A la poursuite du lapin brun » de Marie-Hélène PLACE et Caroline FONTAINE-RIQUIER dont je parlais rapidement là avec les autres de cette collection « aide-moi à faire seul ».
L’histoire entraîne Bathazar et sa peluche vivante Pépin dehors, à la poursuite d’un lapin brun. Ils vont rencontrés deux yeux, trois nuages, quatre poules etc… le chemin continue et à chaque page, le comptage se fait en posant le doigt sur le livre, jusqu’à 10. Et puis une indication de 100. L’interaction est aussi très jouissive pour l’enfant qui, à la suite de l’accompagnant, suit la forme des chiffres et des nombres. J’aime ce livre qui inclut dans l’histoire les chiffres, les nombres mais aussi des liens de prononciations « 10 biscuits », « 6 chauve-souris », des indices biologiques (les lapins ne pondent pas d’œufs) ou des manipulations fondatrices de Montessori (ranger du plus grand au plus petit des tournevis).


« Les chiffres de Balthazar » de Marie-Hélène PLACE et Caroline FONTAINE-RIQUIER, bien que plus théorique, ont été là aussi pour appuyer la compréhension.

A relire encore et encore pour cette logique de prononciation et ces gestuels, j’en parlais là.

La vie courante a fait le reste. Une manipulation de poupées russes, mes matriochka bleues, où le but était de retrouver les têtes dans un ordre décroissant, a laissé libre court au comptage final.

Les mains suivent aussi, nombre de bouchées lors des repas etc…

Mais pour l’instant, rien ne nous confirme la capacité du loupiot à bien catégoriser en compté, non compté, à l’abstraction des qualités intrinsèques des objets. Ce n’est donc que le début.

Une tulipe comme offrande de la mort

J’aime ces livres « pour enfants » qui parlent de thème fort et offrent une autre perspective, un regard si ce n’est neuf tout du moins poétique et stimulant. La mort est un sujet qui m’interpelle et que j’aime retrouver.
Quand j’avais parlé du « Kimono blanc » et de « La visite de la petite mort », je savais déjà que le livre dont j’ai envie de vous parler était une merveille.


« Le canard, la mort et la tulipe » de Wolf ERLBRUCH est de ces livres qui vous poussent à suivre un auteur. Envoutant !


Il est question de ce canard qui un jour découvre que la mort le suit. Mais depuis quand ? Est-ce son tour de mourir ? La mort apparait comme un personnage squelettique mais pas désagréable. Le canard et la mort deviennent amis, ils se baignent ensemble ou grimpent à l’arbre. Ils sont l’un pour l’autre attentifs, à la surprise de cette mort peu habituée à être réchauffée.



J’aime beaucoup cet album pour cette vision de la mort, pas glauque, pas mièvre, un peu taquine, qui remet les choses en place : elle sait parler de l’acte de mourir « Elle parlait si facilement du sujet » et rappelle les lois de la vie. C’est la vie qui se charge des accidents, la mort, elle, annonce juste le déclic. Aux questions du canard, elle ne répond presque pas par des mots, lui laisse ses illusions, paradis, enfer, solitude. Oui bien-sur l’étang sera seul ou plutôt ils n’existeront plus l’un pour l’autre. En fait, son attitude moqueuse en dit plus.
Le graphisme est magnifique, ERLBRUCH donne vie à sa mort : un crâne, presque mutique si ce n’était la ligne du sourire et du contentement. Mais est-ce que la mort peut parcourir autant de temps avec chaque préposé. Pas si sûr, elle est presque triste quand le moment est venu. Le canard par son attitude corporelle marque nos différentes appréhensions de l’acte de mourir : un étonnement, un dégoût ou une réticence, une reconnaissance, un partage, un laisser-aller.


Cette histoire amène le sujet, délicat mais si fondateur d’une sagesse de vie : celle d’appréhender la mort comme une autre forme de vie, comme toujours là comme notre ombre, avec son présent: une tulipe. Sylvie nous offrait une très belle approche de cet apprivoisement là .

Du souffle

Avec l’ouverture d’autres pages qui reprennent, un peu, celles que j’ouvrais là, je me perds. Mes assiettes du jour (et les recettes) sont maintenant ailleurs, elles prennent place, s’annoncent et ne sont pourtant pas entourées, enroulées de mots, de plaisirs de partage, de vivant… ce sont des assiettes l’une après l’autre et mon humeur n’arrive pas encore à y trouver une place. En attendant vous pouvez suivre les plats :
Mousseline de carottes aux lentilles corail
Blinis de pommes de terre (à sucrer ou saler)
Nems vietnamiens de crabe doucement sucré
Riz au citron presque indien
Flan de patate douce doucement sucré
Mousse au chocolat sans chocolat mais aux olives noires
Poisson froid, sauce à l’œuf et au citron
Salade de champignons sauce acidulée
Café blanc libanais, aussi pour enfants
Croissants aux épinards, fromage frais et lardons
Flan de lait de riz, badiane et mauve
Soupe de céleri-branche et branche de brocoli
Flan de crudités
Brocoli à l’italienne
Cœurs d’artichauts et fèves fraiches
Salade de fruits de mer, légumes et jus de raisin
Quiche aux poireaux, purée de noisettes et lardons
Seiches Malaisiennes
Haricots verts et poulet indonésiens
Calamars farcis au brocoli, jambon et pignon
Gâteau aux pommes ashkénaze

Mes lectures sont archivées aussi. Une à une, elles arrivent sur cet autre lien que je souhaite de partage. Elles se succèdent elles-aussi, de manière anachronique, sans but, si ce n’est de toutes les retrouver. Il manque ce soupçon d’âme que je mettais entre les billets, il manque cette spontanéité du moment. Vite, vite, il me faut trouver mes marques… au fur et à mesure j’aimerais y mettre des billets de qualité, peut-être un peu différents de ceux qui me viennent spontanément ici.

mardi 6 octobre 2009

Il a 3 ans

Je n’ai pas de souvenirs de mes 3 ans. Ou si, mes souvenirs de la toute petite enfance se résument à un homme m’embrassant avec une barbe toute piquante mais dont je cherchais la piqure : mon père, barbu, m’embrassant, mort avant l’âge de mes 2 ans.

Alors que retiendra notre petit d’homme de cette période. Sûrement rien, si ce n’est les souvenirs entretenus par les photos et aussi reconstruits par sa mémoire, du faux et du vrai entremêlés. J’imagine que cette non-conscience des faits sera pourtant un fondement de son évolution, de son développement. Les bases d’une confiance en lui, d’un respect de lui-même et d’un sentiment de sécurité affectif. J’espère.

Aujourd’hui il a 3 ans.


Se rappellera-t-il de ses courses poursuites avec les vagues ? De ce cheval monté à cru ? De ses premiers pas de patinette ? De ce vélo ? Se rappellera-t-il des livres qu’il nous faut relire tous les soirs pendant un mois jusqu’à ce qu’il passe son dévolu sur un autre ? Se rappellera-t-il de sa première rentrée scolaire ? De sa première maîtresse, Mélanie et son accompagnante Agathe ? Se rappellera-t-il de ses premiers copains, à la crèche et à l’école : Matéo, Umberto et Zacharie… ou encore, pour les premiers noms qui reviennent de l’école : Alexandre, François, Cloé, Mélissia, Mathurine, Camille ?

Se rappellera-t-il de nos difficultés à être parents, notre impatience en week-end, nos coups de colère, notre épuisement ? Se rappellera-t-il de nos débordements d’amour ? Se rappellera-t-il de ce respect que nous parvenons, quelquefois, à lui octroyer (bien peu souvent par rapport à notre volonté) ? Se rappellera-t-il de tous ses apprentissages quasi ritualisés, un peu Montessoriens aussi ?

Moi je m’en rappellerais. De ses 1 an, de ses 2 ans.
Je me rappellerais de cette oppression à être mère, de cette impression d’avancer mais de ne plus avoir de disponibilité à soi.
Je me rappellerais des moments sans parole, des moments de réconfort, des moments de premiers apprentissages où je lui disais en bas d’un escalier « Tiens toi bien, trésor, et vas-y ! » Je me rappellerais de ce tas de sable, ancien château fort de plus grands que lui, abandonné aux retardataires des plages, véritable Mont-blanc pour lui où, aidé la première fois, il a grimpé pour crier « Victoire ! » en levant les bras.

Je me rappellerais de ces premiers pas en cuisine, sur son escabeau, collé à moi, les mains dans la farine ou chipant ça et là, une ou deux Piccolini, un quartier de pomme, une tagliatelle de courgette, crus. Je me rappellerais des premières nuits blanches quand la fièvre l’a touché et où la parole n’était pas encore là pour nous soutenir dans l’aide que nous aurions pu lui fournir. Je me souviendrais des heures et des heures à penser que je suis en retard sur les propositions de découvertes que je lui fais. Sa soif d’émerveillement est à son comble et attend d’être, un peu, étanchée.
Je me rappellerais des lectures du soir si attendues. Est-ce aussi pour cela qu’il les aime ? Le plaisir d’être accompagné dans un imaginaire, de partager la fiction et le moment tendre et le plaisir de voir maman heureuse.

Il a 3 ans. Il grandit, se forge pas à pas son identité, s’éloigne du cocon pour y revenir si vite : il ne prend pas encore son envol, il se lisse juste les ailes, conscients de ne pas être nous. C’est beau de le voir partir (même un tout petit peu).
Il est notre plus grande aventure : éprouvante, déstabilisante, constructive, épanouissante, spirituelle. Notre plus grand amour aussi.