mardi 20 mai 2008

Oui petit d'homme, le vent

Bon, pour tout vous dire, notre petit loupiot (son âge est tout en bas de cette page) ne regarde pas la télévision... mais il adore les clips musicaux de danse ou de dessins animés.
Je n'ai pas de fascination pour l'univers Disney, j'aime sa diversité moins sa miévrerie assez régulière. J'ai, par contre, énormément d'intérêts pour ses sources artistiques. Cependant quelques passages musicaux, entre autre de ses films/dessins animés, reviennent à la demande intense du petit d'homme..."core, core"... mais oui mon amour, encore.
Alors parce que sa demande est assez fréquente, j'en mets certains sur ce média (plus accessible... oui bon ouvert très souvent dans la journée), pour lui... et puis aussi pour l'enfant en moi (avec sa part d'innocence ou d'insouciance présumée)... et peut-être pour vous.

Un peu de Pocahontas, pour qu'il peigne en mille couleurs l'air du vent ....

Des exercices sur la voie de l'encre

Comme je vous l’ai précédemment dit, je tente de (re)trouver un état serein et de cheminer sur la voie de l’encre. « Avec son chemin du thé, elle est sacrément en déroute celle-là », pourriez-vous vous dire ! Et bien justement, je crois que tous ses chemins font partis du même… un ressourcement intérieur, un état de concentration, de méditation (future), une unification de mon corps et de mon esprit…et cela passe par l’alimentation, le thé comme art de vivre, la calligraphie, le Ki, le sumi-e etc…

Avant de vous proposer un billet plus complet (et plus personnel) sur le sumi-e ou voie de l’encre, j’avais envie de vous donner quelques bribes ici et là, pour pourquoi pas délier les mains de certains, être moteur de ce mouvement de broyage de l’encre et avoir l’impression de ne pas être seule.
Oui, oui je vous devais un billet sur les quatre trésors du cabinet de travail (papier, pinceau, pierre à encre et bâton d’encre). Je pense qu’il verra le jour quand le bâton d’encre sera sorti en plus de mes pinceaux. J’espère bientôt.

Le sumi-e, voie de l’encre, est une technique de dessin monochrome japonais à l’encre, anciennement appelé suiboku-ga, prise de Chine par les moines bouddhistes au 14ième siècle. La technique du pinceau est identique à la calligraphie : il faut s’occuper à l’exécution des traits, à la simplification pour trouver la vitalité, et non à la recherche des éléments extérieurs comme la couleur ou la composition. Alors pour ceux qui veulent pratiquer car ils ont déjà exercé leur coup de pinceau et acquis leur Ki, voici des exercices vidéos, étapes par étapes…

Je les ai trouvées sur un superbe site, Le Japon chez vous, mais dans un ordre pas facile à retrouver…et j’aime les enseignements de Kazu Shimura, pour ce rapport à notre occidentalité (son sumi-e est un peu plus réaliste alors pour les débuts c'est mieux) ! Je ne peux que vous engager à lire son site de suibokuga et sumi-e (en anglais) dont les images ci-jointes sont tirées:


Alors voici les 23 leçons :
n°1 pour débutants
n°2 oiseau et érable
n°3 scarabée et aubergine
n°4 pivoine
n°5 tigre
n°6 lys
n°7 chien technique Tarashikomi
n°8 iris
n°9 chrysanthème
n°10 camélia
n°11 rose
n°12 poisson
n°13 orchidée
n°14 belle de jour
n°15 nuage
n°16 hortensia
n°17 mer et crabe
n°18 prune
n°19 couper un chat
n°20 geisha en kimono
n°21 cerisier en fleurs
n°22 moine zen à la sieste
n°23 dernière leçon (Cross terrine de sumi-e)

pour vous donner une idée, aubergines et scarabée


Passeurs d'imaginaires un permier bilan

Comme vous avez pu le remarquer, les billets reprenant vos participations aux Passeurs d'imaginaires ne sont plus dans le délai que je souhaitais... Vous faire partager vos univers, tenir la porte ouverte de vos imaginaires, me plait toujours autant. Seulement ces billets sont plus difficiles à offrir. J'y mets le plus possible de nouvelles fenêtres, de nouveaux liens, j'essaye de vous proposer au mieux une balade dans vos ressentis mais aussi une autre lecture.

J'aurais du mal à vous fournir le dernier en attente dans ce mois-ci, pauses obligent. Et je sais que la vie ne me permettra pas toujours de répondre aux mieux à vos attentes. Alors cette initiative perdure, avec votre enthousiasme, mais avec un thème pour deux mois, ce qui me laisse aussi le temps de repartir reposée sur une autre mise en bouche de vos univers.


En attendant, voici toutes les propositions des 6 derniers mois, vos propositions, vos mots derrières les persiennes des miens....

Le projet d'être passeur d'imaginaire était celui-ci

Le 1er thème proposé, les CaBaNes, vous ont inspiré vos cabanes imaginaires, entre être à l'abri du réel ou construction idéalisée, cabane utile, espace de vie, art de construire, endroi pour rêver, philosopher ou créer

Le 2nd thème proposé, les HiVers, vous ont inspiré vos hivers imaginaires, entre source de contemplation, allégorie des fêtes de fin d'année, appel à plus de chaleur humaine, source d'or blanc et fascination enfantine.

Le 3ième thème, les GranDs-PareNts, vous ont inspiré vos grands-parents imaginaires, entre nostalgie, les nouveaux dynamiques et indivualistes, transmission, ressources d'une construction identitaire, durée de vie et hors du temps.

Le 4ième thème proposé, les AniMauX féRoCes, vous ont inspiré vos animaux féroces imaginaires, entre animaux sauvages, nuisibles, interprétation de l'homme ou du monde, humains et imaginaires d'enfant.

Le 5ième thème proposé, les MéTiErS, vous ont inspiré vos métiers imaginaires, entre vocation d'enfant, tradition à perpétuer, métier insolite, passion ou utopie de refaire le monde.

Le 6ième thème proposé, les JArdiNs, vous ont inspiré vos jardins imaginaires, entre paysage, spiritualité et voyage.


Ce projet est le votre, vous êtes les seuls à le faire vivre...merci!

lundi 19 mai 2008

Chasseur et protecteur de l'enfance

Il est très agréable de constater que certaines lectures sont plus riches qu’il ne semble en apparence. « Le chat qui venait du ciel » de Takashi HIRAIDE est un petit livre largement autobiographique qui pourrait se lire comme une histoire plate, uniquement intéressante pour un de ses héros, le chat Chibi.

Un couple habite une maison louée, en voisinage d’un grand pavillon japonais traditionnel occupé par les propriétaires, entouré d’un immense jardin. Le chat du voisin vient par hasard chez eux, libre à jamais, et le couple adopte ce visiteur du quotidien qui rythme leur vie. Le déroulement des jours, des saisons et des années entre cette maison, le grand pavillon laissé à l’abandon suite aux vicissitudes de la maladie et de la mort, le jardin et le nouvel appartement.

Mais voilà, il s’agit de bribes de vie d’un poète et les personnages se retrouvent bien plus nombreux que nous pouvions le croire. Le chat, bien sûr, « J’avais même fini par croire qu’il était sensible aux métamorphoses invisibles du vent ou de la lumière», mystérieux, évanescent, visiteur éphémère du foyer de l’auteur.
Mais aussi ce jardin majestueux, à côté, en attente de l’attention d’un homme prêt à s’occuper de lui ou cette sente en zigzag, « le passage de l’éclair », chemin délimitant le voisinage et cloisonnant ces quelques maisons du quartier complet.
Et la maison occupée par l’écrivain est une véritable « boite noire qui ne reflète que les éléments essentiels », une maison japonaise aux panneaux de papier translucides ou opaques, mobiles ou fixes, aux ouvertures qui donnent accès à la lumière ou au vent. La vie s’y voit à l’intérieur et à l’extérieur, par le truchement des fenêtres, des fusuma (cloison mobile tendue de papier épais) ou des shôji (cloison coulissante dont le fin grillage de bois est tendu de papier) et le passage des vivants dans la sente. La tradition apparait avec ces rites : une pièce, anciennement dédiée à être un pavillon de thé, permet par sa fenêtre ronde d’admirer la lune… J’aime cette image d’habitat poétique, où l’intérieur et l’extérieur sont imbriqués, l’humain et la nature, les saisons, les contes aussi. J’ai eu une fugace hilarité en pensant à cet auteur en prise avec la contemplation du lapin battant la préparation de mochi et ne peux pas m’empêcher de penser à cet autre chat, sans nom, se battant, lui, avec le mochi confectionné .

*source d’un lapin (usagi) et son mochi sur la lune

Ou encore la vision de ce chat, venant dans la salle de bain pendant le bain de l'écrivain, qui devient le Sansuke (désigant autrefois le domestique chargé de chauffer l'eau du bain public ou encore de frictionner le dos des clients) "qui rince le dos et s'enfuit à la première goutte...".

Et puis ce rythme de vie, ce destin humain, est à lui seul un être à part. « Machiavel, dit-on, concevait le destin de la façon suivante : la Fortune règne sur plus de la moitié de la vie humaine, l’autre moitié, ou plutôt ce qu’il en reste, tente de faire front et c’est ce qu’il nomme virtù (…) « virtù », qu’on pourrait rendre à l’aide de vingt mots ou plus – courage, vertu morale, génie, habilité, bravoure, persévérance, élan-, ou encore « nécessité » (…). ». Un geste spontané, dans sa répétition, devient comme allant de soi. Un déménagement, un changement de cap professionnel, une transmission (à défaut d’enfant), sont des équilibres à trouver, des attentes et des silences, même dans l’écriture : en parlant d’un de ses amis écrivains l’auteur nous dit, « Il n’avait presque rien publié. Les êtres nobles ne songent pas à écarter les autres pour s’ouvrir un chemin. Il devait lui sembler que les temps allaient dans le sens d’une mise à l’écart des purs. »

Sous ses airs de nonchalance, de nostalgie, c’est une pensée pour l’ancien Japon, loin du béton, et de la poésie au quotidien : capturer un éclair (j’y reviendrais), faire de la géométrie pour ailier l’œil et le ressourcement, la consolation, choisir la liberté humaine et animale (qui comprend le fait de ne pas faire d’enfant).

Tout est déclenché par ce chat, Chibi, mi diablotin, mi dieu :
« Je me suis alors souvenu d’un passage du Nihonshoki décrivant le dieu de la chasse : Au pied d’un arbre à côté du puits, devant le portail, se tient un beau visiteur. Nul ne peut se douter qu’il n’appartient pas au commun des mortels. S’il venait du ciel, il aurait le visage céleste. Celui qui vient de la terre doit avoir un visage de la terre. Il était d’une telle beauté, serait-ce lui qu’on nomme Soratsuhiko ? ». Petit animal devenant fou pour des squilles, comme un enfant ou un animal sauvage…

*source neko et squilles de Benjamin SIEGEL

Et puis rien ne finit avec lui, si ce n’est que le chat (neko en japonais) est le protecteur de l’enfance au Japon…à vous de savoir lire entre les lignes si cela vous chante !

Vous voulez d’autres mises en bouche : Katell vous ouvre la porte de cette poésie, Arlette nous y parle de fragilité de l'instant et de non possession, Cathulu poursuit et ici, et encore vous aurez d’autres chemins de lecture.

dimanche 18 mai 2008

Odeur d'orage normand

Une odeur revient chez moi comme une parenthèse ... entre moi et la nature, entre moi et mon enfance: c'est celle de l'orage. Malgré les catastrophes climatiques que nous pouvons retrouver dans notre actualité, j'ai pour ce phénomène naturel une forte fascination: j'aime les éclairs, le tonnerre, le changement rapide du ciel, ténébreux, lourd, épais, des nuages dansant, rampant et détalant, le soleil qui réussit à imposer peu à peu ses rayons, cette stratification du ciel... les couleurs ne sont pas les mêmes, j'ai l'impression de prendre des cours de Clair-obscur et la lumière est impressionnante juste après, non comme une lumière de bougie à la De la Tour mais un pan, une fenêtre sur le paysage... qui s'agrandit au fur et à mesure.
*source Georges De La Tour

J'ai eu l'occasion de partager le spectacle avec notre petit loup: au départ, brume, épaisseur nuageuse et blanche....




puis plic, ploc, plic, ploc, plic, ploc et baoum, baoum... lui dans mes bras, en Normandie, à sentir l'épaisseur de cette odeur





et sa fraîcheur nouvelle, un moment intense comme j'en rêvais, vous vous en souvenez ...


samedi 17 mai 2008

Un choc de cauris féminins et sénégalais

Grâce au Swap Afrilire organisé par Bladelor et surtout à Emmyne qui m’a gâtée, je suis rentrée par la fenêtre dans une maison en deuil, celle de l’héroïne d’ « Une si longue lettre » de Mariama BÂ. J’ai suivi les confidences de Ramatoulaye à son amie Aïssato et ai découvert un monde : la condition féminine au Sénégal.

Que c’est intimidant d’arriver là, de lire les mots d’une autre, cette femme fictive, si réelle pourtant, que j’imagine être la femme dans la norme là-bas.

Ce livre, fort, épistolaire, reprend le parcours d’une vie féminine, du moins dès son adolescence. Le choix d’un mari comme l’aboutissement social, familial et sociétal d’une communauté : un choix de raison et non de cœur. Une éducation traditionnelle, religieuse, amène les jeunes pubères à se vouer à être la femme, une des femmes, d’un homme.


*source cauris

J’aime les avis masculins placardés qui reprennent une biologie instinctive comme prétexte : « J’ai vu un film où les rescapés d’une catastrophe aérienne ont survécu en mangeant la chair des cadavres. Ce fait plaide la force des instincts enfouis dans l’homme, instincts qui le dominent, quelle que soit son intelligence. Débarrasse-toi de ton excès de sentimentalité rêveuse. Accepte la réalité dans sa brusque laideur. » Quel grand écart entre cette aventure extraordinaire, si forte en spiritualité et en vie (j’y reviendrais), que ce drame humain et ce prétexte à la polygamie consommée.

La condition féminine du Sénégal traditionnelle m’est transmise de plein fouet: élevée dans l’élan de l’Islam, pour rendre honneur à son mari, en étant convenable, en restant dans sa caste, nourricière et mère. Etre une femme et accepter les autres femmes de son mari, les charges financières qu’un soutien de famille, mâle, doit à celle d’où il vient, se soumettre au tour (séjour réglementé du polygame dans la chambre de chaque épouse) et au déshonneur en cas de rupture conjugale de son fait. Par l’histoire de son amie, l’émancipation de la femme, comme le passage de l’Afrique traditionnelle à une Afrique plus moderne, plus féministe, apparait et traine derrière elle tous les « déshonneurs » des traditions. Etre jusqu’à sa mort la femme de, perdre sa personnalité à la mort de son mari, cela aussi m’apparait bien loin de nous.

Alors ce passage entre deux Afriques apparait, autonome par rapport aux actions et idées des anciens colonisateurs, amis intéressés. Une réévaluation à la hausse d’une société et de ces individus qu’il faut liée à l’éducation : « Nous sortir de l’enlisement des traditions, superstitions et mœurs ; nous faire apprécier de multiples civilisations sans reniement de la nôtre ; élever notre vision du monde, cultiver notre personnalité, renforcer nos qualités, mater nos défauts, faire fructifier en nous les valeurs de la morale universelle (…) »

Les livres semblent des aides, des tuteurs, des supports : « Tu eus le surprenant courage de t’assumer. (…) Tu t’assignas un but difficile ; et plus que ma présence, mes encouragements, les livres te sauvèrent. Devenus ton refuge, ils te soutinrent.
Puissance des livres, invention merveilleuse de l’astucieuse intelligence humaine. Signes divers, associés en sons ; sons différents qui moulent le mot. Agencement de mots d’où jaillissent l’Idée, la Pensée, l’Histoire, la Science, la Vie. Instrument unique de relation et de culture, moyen inégalé de donner et de recevoir. Les livres soudent des générations au même labeur continu qui fait progresser. Ils te permirent de te hisser. »

Ce livre parle aussi de l’amitié, si riche, si précieuse, ici décrite comme émotion plus forte que l’amour. Il retrace aussi quelques éléments de l’éducation familiale des enfants comme une condition féminine et amène une réflexion sur les traditions et le religieux.
Une très belle lecture pour aller encore plus loin dans le rapport des traditions à nos états de vie, à nos réflexions sur l’éducation, à nos ouvertures amicales. Merci encore Emmyne. Vous en voulez encore plus, aller donc lire le superbe billet d'Arlette et ici. Malice nous ammène à une autre lecture, aussi sur la condition des femmes...